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Éphémérides créatives. Baudelaire, Halberstam, Beckett, Heaney

le 28.05.18 dans Chroniques régulières, La Une CED, Les Chroniques

Éphémérides créatives. Baudelaire, Halberstam, Beckett, Heaney

 

9 avril : Charles Baudelaire : « Ce qui est créé par l’esprit est plus vivant que la matière »

Le 9 avril 1821, naissance du poète et écrivain français Charles Baudelaire (mort le 31 août 1867)

https://fr.wikipedia.org/wiki/Charles_Baudelaire

Nous lui devons une des plus belles œuvres poétiques avec Les Fleurs du Mal, recueil de 163 poèmes pour sa version définitive (1868) où l’on trouve, par exemple, Les Correspondancesoù Les parfums, les couleurs et les sons se répondent, ode à la synesthésie [1] (du grec syn, avec (union), et aesthesis, sensation) qui est un phénomène neurologique par lequel deux ou plusieurs sens sont associés. Elle peut constituer une source d’inspiration et de créativité pour qui en est pourvu(e).

A lire cet Entretien avec Daniel Tammet : De la synesthésie à la poésie :

http://le-cercle-psy.scienceshumaines.com/entretien-avec-daniel-tammet-de-la-synesthesie-a-la-poesie_sh_30772

De plus, bien avant qu’Einstein ne dise « L’imagination est plus importante que le savoir », Baudelaire l’évoquait comme la Reine des facultés :

« Elle est l’analyse, elle est la synthèse ; et cependant des hommes habiles dans l’analyse et suffisamment aptes à faire un résumé peuvent être privés d’imagination. Elle est cela, et elle n’est pas tout à fait cela. Elle est la sensibilité, et pourtant il y a des personnes très sensibles, trop sensibles peut-être, qui en sont privées. C’est l’imagination qui a enseigné à l’homme le sens moral de la couleur, du contour, du son et du parfum. Elle a créé, au commencement du monde, l’analogie et la métaphore. Elle décompose toute la création, et, avec les matériaux amassés et disposés suivant des règles dont on ne peut trouver l’origine que dans le plus profond de l’âme, elle crée un monde nouveau, elle produit la sensation du neuf ».

De même, bien avant Picasso qui n’a eu de cesse de le répéter que « Dans chaque enfant il y a un artiste. Le problème est de savoir comment rester un artiste en grandissant », Baudelaire est allé plus loin en écrivant que « Le génie, c’est l’enfance retrouvée à volonté ».

« Le beau est toujours bizarre. Je ne veux pas dire qu’il soit volontairement, froidement bizarre, car dans ce cas il serait un monstre sorti des rails de la vie. Je dis qu’il contient toujours un peu de bizarrerie, de bizarrerie non voulue, inconsciente, et que c’est cette bizarrerie qui le fait être particulièrement le Beau », Charles Baudelaire.

 

[1] Pour approfondir la synesthésie, on pourra consulter les sites suivants :

Le site de Vincent Mignerot : http://synestheorie.fr/

Du côté Wikipédia :https://fr.wikipedia.org/wiki/Synesthésie

Synesthésie, expression subjective d’un palimpseste neuronal ?,par Jean-Michel Hupé dans Médecine/Sciences 28 pp 765-71 (2012) :

http://cerco.ups-tlse.fr/pdf0609/hupe_jm_12_765.pdf

Et pour l’imagination :

Imaginaire et créativité : éléments pour un bilan critique, par Odile Dosnon (Pratiques n°89 mars 1996) :

http://www.pratiques-cresef.com/p089_do1.pdf

 

10 avril : David Halberstam :« I don’t think money stirs creativity » [1]


Le 10 avril 1934, naissance du journaliste et essayiste américain David Halberstam (mort le 23 avril 2007)

https://fr.wikipedia.org/wiki/David_Halberstam

Herbert Meyers et Richard Gerstman ont interrogé vingt personnalités créatives dont David Halberstam pour mieux comprendre leur processus créatif [1]. On y apprend toutes sortes de réflexions de ce dernier :

« Je pense qu’une personne créative est quelqu’un qui est mal à l’aise dans un cadre conventionnel et ne peut pas vraiment y bien fonctionner. […] Quelqu’un qui doit comprendre les choses par lui-même et ensuite établir des limites qui sont personnelles plutôt qu’institutionnelles. Avec la créativité, il y a un haut niveau d’individualisme et vous devez faire confiance à votre instinct. Vous avez un sixième sens de comment faire les choses, où vos talents intellectuels et émotionnels se combinent pour vous donner un cadeau que les autres n’ont pas. Même lorsque vous faites des choix, vous ne réalisez pas que vous faites des choix […]. Cela arrive parce que vous pensez intuitivement. Il s’agit de maximiser le choix personnel et la liberté personnelle et de savoir que vous avez des compétences un peu inhabituelles. Et vous voulez protéger et maximiser cette compétence ».

« Faire la seule chose que vous faites bien est important dans le processus créatif. Vous voulez faire des choses dont vous savez que vous êtes doué et que vous n’allez pas avoir beaucoup de chances de les faire. Je pense que c’est probablement vrai de beaucoup de gens créatifs. Pour eux, la créativité est souvent une chose du genre tout ou rien. Lorsque les gens dans le processus créatif mettent la main sur ce qu’ils aiment, ils sont féroces, non seulement parce qu’ils font quelque chose qu’ils aiment, mais parce qu’ils ont une idée du peu d’options qui existent. En effet, ils réussissent élégamment à cette chose ou échouent lamentablement à tout le reste ».

« I think that if you’re naturally creative, you end up doing it because you cannot do anything else », David Halberstam

 

[1] Creativity Unconventional Wisdom from 20 Accomplished Minds, by Herbert Meyers and Richard Gerstman :

http://www.palgrave.com/br/book/9780230001343

 

13 avril : Samuel Beckett :« Tu n’as cessé d’essayer ? Tu n’as cessé d’échouer ? Aucune importance ! Réessaie, échoue encore, échoue mieux »

 


Le 13 avril 1906, naissance de l’écrivain, poète et dramaturge irlandais d’expressions anglaise et française, Samuel Beckett (mort le 22 décembre 1989)

En 1969, il reçoit le prix Nobel de littérature pour « son œuvre, qui à travers un renouvellement des formes du roman et du théâtre, prend toute son élévation dans la destitution de l’homme moderne ».

https://fr.wikipedia.org/wiki/Samuel_Beckett

[a] « Tu n’as cessé d’essayer ? Tu n’as cessé d’échouer ? Aucune importance ! Réessaie, échoue encore, échoue mieux ».

A travers divers éléments, on peut appréhender le processus créatif d’un écrivain, l’œuvre d’abord, par exemple Sturlaugsdóttir [1] explique que la pièce Rough for Radio II, qui a été écrite en français, puis traduite en anglais et diffusée pour la première fois en 1976, est un monodrame qui parodie l’acte créatif à travers l’esprit de l’artiste divisé en quatre personnages, expliquant que « Beckett lui-même a lutté avec sa propre créativité et a trouvé le processus créatif ardu ».

Une approche plus approfondie et relevant de l’étude génétique peut aussi nous éclairer comme l’explique Habibi qui a étudié « l’utilisation créative que Samuel Beckett fait de ses ‘Notes de Psychologie’ en tant qu’outil scientifique cruciale à la compréhension de son œuvre L’Innommable » [2].

« Alors qu’il prétendait être “dans le noir” au sujet de son processus créatif, les lettres de Beckett démontrent son implication à plusieurs niveaux dans la réalisation de son travail ». C’est un peu la conclusion d’un projet de grande envergure de proposer pas moins de 15000 lettres de l’écrivain s’étalant sur une soixantaine d’années [*].

Enfin, sa vie peut aussi nous apporter des indices, ainsi comme le rappelle Célia Costeja [**] au sujet de ce livre [4] écrit par « Didier Anzieu, qui traite autant de lui-même en tant qu’ouvrage en construction, que de son objet véritable : l’écrivain Samuel Beckett et son processus créateur si particulier, enclenché à l’arrêt volontaire d’une psychanalyse avec le jeune Wilfred Ruprecht Bion à la Tavistock Clinic de Londres, en 1934 et 1935 ».

« L’art a toujours été ceci – interrogation pure, question rhétorique moins la rhétorique », Beckett.

 

[1] Theatre of the Skull. Rough for Radio II by Samuel Beckett, by Sigurlaug Sturlaugsdóttir (B.A. Thesis, 2011) :

http://skemman.is/en/stream/get/1946/7369/19723/3/BA_thesis_Sigurlaug_Sturlaugsdottir.pdf

[2] A Genetic Study of Samuel Beckett’s Creative Use of His ‘Psychology Notes’ in The Unnamable, par Reza Habibi (Thèse 2015) :

http://bora.uib.no/bitstream/handle/1956/10012/133547039.pdf;jsessionid=152578799E918EC46738A6BF281CB213.bora-uib_worker?sequence=1

[*] The Letters of Samuel Beckett :

http://english.emory.edu/beckettletters/index.html

[4] Beckett, par Didier Anzieu :

http://prod.gallimard.fr/Catalogue/GALLIMARD/Folio/Folio-essais/Beckett

Avec un bref résumé [**] ici :

http://www.parutions.com/pages/1-1-123-4239.html

[**] Rencontre de Didier Anzieu avec les trajets et l’œuvre de Samuel Beckett, par Olivier Douville :

https://sites.google.com/site/olivierdouvilleofficiel/articles/didier-anzieu-samuel-beckett

 

13 avril : Seamus Heaney :« If you have the words, there’s always a chance that you’ll find the way »

 


Le 13 avril 1939, naissance du poète irlandais Seamus Heaney (mort le 30 août 2013)

En 1995, il reçoit le prix Nobel de Littérature pour son œuvre singulière « caractérisée par sa beauté lyrique et sa profondeur éthique qui fait ressortir les miracles du quotidien et le passé vivant ».

https://fr.wikipedia.org/wiki/Seamus_Heaney

Ici [*] Liam Heaney rappelle que Heaney décrit le processus créatif dans les termes suivants :

« The achievement of a poem, after all, is an experience of release. In that liberated moment, when the lyric discovers its buoyant completion and a timeless formal pleasure comes to fullness and exhaustion, something occurs which is equidistant from self-justification and self-obliteration ».

Dans ce chapitre [1] Kim Lasky « attire l’attention sur ces exemples d’endroits où les écrivains articulent l’étrange processus symbiotique impliqué dans l’écriture, où la pensée critique se nourrit intimement de la pratique créative ». Et de préciser « qu’il ne s’agit pas d’expliquer ou d’interpréter le travail, mais de réfléchir et de commenter le processus. Les poètes contemporains offrent davantage d’exemples. L’essai de Seamus Heaney Feeling into Wordsparle d’une variété d’influences personnelles et littéraires sur son développement en tant qu’écrivain, y compris le dialecte d’Ulster de son enfance et la poésie de Gerard Manley Hopkins. La pièce reflète le travail d’autres poètes y compris Wordsworth et Robert Graves et comprend une lecture de son propre poème Creuseren considérant les aspects du processus d’écriture que Heaney distingue comme “technique” par opposition à “artisanat”. La technique, suggère Heaney, implique non seulement “un poète avec les mots, sa gestion du compteur, du rythme et de la texture verbale, implique aussi une définition de sa position envers la vie, une définition de sa propre réalité”. C’est cette “définition d’une position” qui est au cœur de la poétique ».

« Hope is not optimism, which expects things to turn out well, but something rooted in the conviction that there is good worth working for », Seamus Heaney

 

[*] Heaney, L. F. (1993). Heaney’s « Otter of Memory ». The Canadian Journal of Irish Studies, 19(2), 13-19 :

http://www.jstor.org/stable/25512967

[1] Research Methods in Creative Writing, Edited by Jeri Kroll, Graeme Harper :

https://he.palgrave.com/page/detail/Research-Methods-in-Creative-Writing/?K=9780230242661

 

Jean-Marc Dupont

 


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