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Entretien avec Olivier Morattel, éditeur

Ecrit par Valérie Debieux 28.03.14 dans La Une CED, Entretiens, Les Dossiers

Entretien avec Olivier Morattel, éditeur

 

« Je souhaite me battre pour donner la liberté d’écriture au plus grand nombre comme d’autres le font pour la liberté de parole », Olivier Morattel, éditeur

 

Valérie Debieux : Olivier Morattel, qu’est-ce qui vous a donné l’envie de créer votre propre maison d’édition en 2009 ?

 

Olivier Morattel : Ce passage à l’acte est dû au fait que je me suis rendu compte qu’après avoir exercé pendant plusieurs années les fonctions d’attaché de presse et d’agent littéraire, j’ai eu envie d’aller plus loin, de franchir une étape supplémentaire dans le domaine du livre, en créant ma propre structure. Et j’ai également pris conscience que ce métier d’éditeur, que je connaissais un peu à travers mon travail d’attaché de presse envers les « Editions Castagniééé » pouvait pour la première fois réunir mes compétences de financier, de conseiller en communication et de gestionnaire de projet tout en y ajoutant ma passion pour la littérature.

Valérie Debieux : Être éditeur est un travail de tous les instants, surtout pour vous qui le pratiquez comme un artisan et qui effectuez, seul, tout le travail éditorial (décision de publication, saisie des textes et mise en pages de ceux-ci, discussion de la présentation des ouvrages, diffusion en librairie, la presse et le public) ; de surcroît, une fois le livre paru, vous accompagnez vos auteurs. Quel bilan dressez-vous après cinq ans d’activité et quels sont vos souhaits pour l’avenir ?

 

Olivier Morattel : Ecoutez Valérie, je tire un bilan très positif de mon métier d’éditeur, car j’ai l’impression, à mon niveau bien entendu, de défendre la culture en général et la littérature en particulier. Vous savez le livre est le premier accès à la culture et je suis fier d’être l’un de ses ambassadeurs. C’est clair aussi que ce métier est un sacerdoce ! Il faut tellement d’énergie et d’enthousiasme pour publier un ouvrage… Et juste pour compléter votre présentation de mes activités, je voulais vous dire que je m’occupe aussi de retravailler les futurs textes que je vais publier, avec leur auteur. Mes souhaits pour l’avenir est de réussir à dégager assez de revenus pour engager une collaboratrice administrative.

 

Valérie Debieux : Afin de permettre aux auteurs de mieux cibler l’envoi de leurs manuscrits, pouvez-vous nous dire, en quelques mots, ce que vous recherchez ?

Olivier Morattel : Concernant les textes que je reçois, je suis très sensible à trois éléments fondamentaux : le style, la fluidité et la force des idées exprimées. Bien entendu, l’histoire est importante, mais elle ne prime pas sur ces trois jugements.

 

Valérie Debieux : Quelles sont vos influences littéraires et quelle est votre « bibliothèque idéale » ?

 

Olivier Morattel : Mes influences littéraires sont relativement variées, mais je suis avant tout un lecteur passionné de Sartre, Dürrenmatt, Camus, Baudelaire, Carver, Le Clézio et Houellebecq.

Les 10 livres que j’emporterai sur une île déserte sont :

1) Mars, de Fritz Zorn

2) Le premier homme, de Camus

3) Voyage au bout de la nuit, de Céline

4) Désert, de JMG Le Clézio

5) Les mots, de Sartre

6) Un singe en hiver, d’Antoine Blondin

7) Je est un autre, de Maurice Zundel

8) Les particules élémentaires, de Houellebecq

9) 1984, de George Orwell

10) Le Procès, de Kafka

 

Valérie Debieux : Le livre électronique, que cette notion se réfère au texte numérisé ou à l’appareil permettant de lire ce document numérisé, fait parler de lui, lors de manifestations du livre ou dans les médias. Quelle est votre perception de cette technologie et de ses applications ?

 

Olivier Morattel : Plusieurs de mes publications sont disponibles en format ePub car je pense que le livre électronique n’est pas à négliger ! Néanmoins, je reste un passionné du livre physique qui est pour moi un objet artistique. Ainsi, comme vous avez pu le voir, je soigne particulièrement la présentation de mes publications et tous mes livres sont imprimés soit en France, soit en Suisse par des maîtres imprimeurs qui privilégient le facteur écologique.

 

Valérie Debieux : Vous préparez actuellement la sortie de deux ouvrages, l’un qui sort en Suisse, « Le corps déchiré » par Fabienne Bogádi, et l’autre qui sort en France, Belgique et Canada, « La Combustion humaine » par Quentin Mouron. Pouvez-vous nous en parler un peu ?

 

Olivier Morattel : Avec plaisir ! Le roman Le corps déchiré de Fabienne Bogádi raconte l’histoire de Rose, qui, abandonnée par son père et délaissée par une mère égoïste et immature, grandit dans le béton d’une cité proche de l’océan. Elle y rencontre un jeune homme, aussi beau que pervers, qui l’amène à subir un viol collectif. Pour survivre, elle se terre dans une solitude profonde, uniquement entrecoupée par le travail, la marche et la peinture. Mais les fantasmes et les cauchemars qui l’assaillent depuis le viol sont puissants et font leur œuvre en elle. Rose finit par se dédoubler… Le corps déchiré est un roman sombre, haletant et tragique, écrit dans une langue lumineuse et flamboyante qui offre un contraste saisissant avec le propos du livre. Le lecteur est ainsi entraîné dans une atmosphère gothique et ambiguë. Ce livre va être disponible le vendredi 7 mars 2014 en Suisse et le 6 mai 2014 en France, en Belgique et au Canada.

La Combustion humaine est le troisième roman de mon auteur phare, Quentin Mouron, qui, à 24 ans seulement, est en train de donner un nouveau souffle à la littérature francophone. Ce livre est donc déjà sorti en Suisse l’automne passé et Bernard Pivot qui l’a lu et analysé pour une émission de la Radio Télévision Suisse, a trouvé que ce roman était drôle, « exotique » et intéressant et il a félicité Quentin pour son courage d’écrire un tel ouvrage à son âge… Ce roman étonnant raconte donc la trajectoire de Jacques Vaillant-Morel, éditeur genevois, engagé dans une lutte pour la survie – et la reconnaissance. Immergé tardivement dans le « milieu littéraire », Morel s’y trouve comme un poisson dans l’eau : confortable et en sûreté, pour autant qu’il ne remonte pas à la surface, qu’il n’échoue pas à l’extérieur… Solitaire, il évite les contacts humains. Internet et les réseaux sociaux se révèlent des alliés précieux, lui permettant de finaliser un livre et de le promouvoir sans sortir de chez lui. Mais La Combustion humaine est aussi une comédie, mettant en scène le milieu littéraire, avec ses mesquineries, ses rancœurs et ses luttes intestines. Auteurs, éditeurs, libraires, journalistes, personne n’est épargné. Le regard de Vaillant-Morel est aussi lucide qu’impitoyable.

 

Valérie Debieux : Combien d’ouvrages prévoyez-vous de sortir en 2014, et combien de manuscrits recevez-vous en moyenne par an ?

 

Olivier Morattel : En général, je publie entre trois et quatre ouvrages par année, car je veux vraiment pouvoir accompagner mes auteurs dans leur périple. Cette année je vais peut-être pour la première fois sortir 5 bouquins ! Au niveau des manuscrits, j’en reçois environ 300 par année… Et comme je suis seul pour l’instant, je n’arrive pas à tous les lire assez rapidement. Mais je vais revoir mon organisation pour remédier à cela.

 

Valérie Debieux : Je vous laisse le mot de la fin et je formule tous mes vœux de succès pour votre maison d’édition qui est très belle et qui publie des textes de haute facture.

 

Olivier Morattel : Tout d’abord je vous remercie Valérie de m’avoir donné la parole et également de défendre aussi bien la littérature à travers « La Cause Littéraire », et pour conclure je citerai le grand poète portugais Pessoa qui a écrit cette phrase magnifique : « La littérature est la preuve que la vie ne suffit pas ».

 

Entretien mené par Valérie Debieux

 

Olivier Editeur Morattel : http://www.morattel.ch/

Précédentes publications :

– Stéphane Bovon : Gérimont (septembre 2013)

– Jon Ferguson : La Dépression de Foster (septembre 2013)

– Eléona UHL : Sans elle (mars 2013)

– Daniel Fazan : Millésime (octobre 2012)

– Quentin Mouron : Notre-Dame-de-La-Merci (août 2012)

– Quentin Mouron : Au point d’effusion des égouts (juillet 2012)

– Jean-Louis Kuffer : Chemin de traverse (avril 2012)

– Pierre Yves Lador : L’enquête immobile (août 2011)

– Daniel Fazan : Vacarme d’automne (mai 2011)

– Jon Ferguson : 30 ans de réflexion (mai 2010)

– Pierre-Yves Lador : La Guerre des légumes (mai 2010)

– Frédéric Valloton : Mémoire d’un révolutionnaire (novembre 2010)

 

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A propos du rédacteur

Valérie Debieux

 

 

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Valérie Debieux a été Directrice adjointe, rédactrice et responsable de la communication sur les réseaux sociaux (septembre 2011-juillet 2014)

Rédactrice et responsable du secteur littérature suisse

Ecrivain et traductrice littéraire née en Suisse en 1970

Membre de l’Association des Amis de Jean Giono: http://www.jeangiono.org/


Le site de Valérie Debieux :

www.lagalerielitteraire.com