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entretien avec Marie Ferranti - Marguerite et les grenouilles

Ecrit par Valérie Debieux 13.05.14 dans La Une CED, Les Dossiers, Entretiens

entretien avec Marie Ferranti - Marguerite et les grenouilles

 

Avec Marguerite et les grenouilles, Marie Ferranti nous invite à effectuer un voyage en Corse, sa terre natale, et elle nous présente St-Florent, son village, un lieu unique aux saveurs sublimes, colorées et enchanteresses. L’auteure nous dépeint la beauté de son île avec une plume sensible et élégante. Son texte, d’une profonde tendresse, constitue un vibrant hommage à toutes celles et ceux qui incarnent St-Florent, au passé comme au présent.

 

Valérie Debieux : Marie Ferranti, à la lecture de votre roman, j’ai été très touchée par le soin et le souci du détail avec lesquels vous avez dépeint les personnages de votre récit. Certains d’entre eux sont vos amis, d’autres le sont devenus. Vous avez parfois mêlé fiction et réalité, « La Cumparsita » illustrant ce propos. Qu’est-ce qui vous a incitée à travailler sur ce projet ?

Marie Ferranti : Le hasard, comme souvent. L’intérêt d’un ami pour l’histoire du château de Fornali et de son premier propriétaire Warden Chilcott. Et l’étonnement que son nom soit encore familier à beaucoup de personnes. Je ne voyais rien de ce que j’avais sous les yeux. J’ai donc ouvert les yeux, cherché, et, de fil en aiguille, Marguerite et les grenouilles se dessina…

 

Valérie Debieux : Vous souvenez-vous de votre première visite à St-Florent ?

 

Marie Ferranti : Il y a très longtemps. Vous suiviez la route de Bastia qui zigzague à travers le vignoble et tout soudain, vous longiez la mer et le golfe s’ouvrait devant vous. Inoubliable.

 

Valérie Debieux : Vous avez enseigné la littérature française pendant de nombreuses années, quel a été l’élément déclencheur qui vous a mis sur les sentes de l’écriture ?

 

Marie Ferranti : Les livres des autres. Le désir de faire un livre. L’impossibilité de ne pas le faire.

 

Valérie Debieux : Vous aimez les paysages de Corse, chaque ligne s’en ressent. On vous imagine, sans difficulté, au milieu du maquis, au bord de la mer, ou dans un petit village, pinceau dans une main, palette dans l’autre, en train de fixer sur la toile la beauté de votre île. S’agit-il là d’un propos sans fondement ou vous arrive-t-il de peindre réellement ?

 

Marie Ferranti : J’aurais adoré être peintre. J’ai la passion des images depuis toujours. Aquarelliste, quel rêve ! Mais, non, je ne peins pas. Je ne peins qu’en rêve, ou dans mes livres…

 

Valérie Debieux : Votre précédent ouvrage, « Une haine de Corse », qui narre une histoire véridique mettant en scène Napoléon Bonaparte et Charles-André Pozzo di Borgo, vous a valu le Grand Prix du Mémorial de la ville d’Ajaccio. Combien de temps vous a-t-il fallu pour écrire cet ouvrage à caractère historique ? Et qu’est-ce qui vous a incitée à le faire ?

 

Marie Ferranti : Cela m’a pris trois bonnes années de lecture et encore ai-je dû me limiter. On pourrait y passer une vie. Ce qui m’y a incitée ? Une idée un peu saugrenue : écrire une nouvelle sur Napoléon ! Il m’a happée, comme tout le monde. Et je n’en suis ressortie saine et sauve que par une volonté farouche. « Quel roman que ma vie ! » disait-il. En effet. Après l’avoir connu, il faut le fuir !

 

Valérie Debieux : De tous les personnages historiques de Corse, quel est celui que vous auriez souhaité rencontrer ?

 

Marie Ferranti : Napoléon et Pascal Paoli. Le premier, il est inutile d’expliquer pourquoi, on le comprend aisément et le second parce qu’il a été un modèle pour l’Europe éclairée : il a été à l’origine de l’invention d’une nouvelle démocratie. Pour sa tolérance aussi. Paoli était en avance sur tout le monde. Et puis un homme politique qui s’inspire des philosophes et des écrivains de son temps mérite d’être connu plus sûrement qu’aucun autre.

 

Valérie Debieux : Quelles sont vos influences littéraires et quelle est votre « bibliothèque idéale » ?

 

Marie Ferranti : Quelle question piège ! C’est trop compliqué ! Je ne sais jamais quoi répondre ! En ce moment, la poésie d’Aragon, et cela va vous faire plaisir : Cendrars. Absolument. Et puis des lectures erratiques, fragmentaires, au hasard. J’ai toujours lu au hasard, à la recherche de la petite secousse, comme disait Stendhal pour l’amour. Oui, il s’agit pour moi de la même chose : une sorte de lecture amoureuse…

 

Valérie Debieux : Votre ouvrage, « La Princesse de Mantoue », a été couronné par le Grand Prix de l’Académie française en 2002. Quel souvenir en conservez-vous ?

 

Marie Ferranti : Une grande surprise ! Comme s’il s’agissait d’un Prix remis à une autre personne. Un apaisement momentané de mes inquiétudes. Le plaisir d’être adoubée par des écrivains que j’admire. La peur de ne plus avoir peur. Mais tout cela est passé très vite. Il en reste une belle impression, un peu lointaine.

 

Valérie Debieux : Vous aimez profondément les arts et les artistes. Pouvez-nous parler de votre projet « Cors’Odissea » ?

 

Marie Ferranti : Cors’Odissea est né d’un désir de réunir des artistes d’ici et d’ailleurs et de tous les domaines pour explorer cette île, en donner une autre image, tenter de la faire comprendre dans sa profondeur. C’est une quête qui vaut d’abord pour cette quête elle-même. Pendant trois ans, nous allons résider dans divers lieux du sud et du nord de la Corse, animer des ateliers, en rendre compte dans des chroniques, capter des chants, en créer. Le groupe I Campagnoli, composé de quatre membres, m’accompagne, faire des expositions, monter des spectacles. Gallimard publiera la somme de ce travail. La première balise sort dans quelque temps sous forme d’un beau livre. Nous en sommes très heureux !

 

Valérie Debieux : Je vous laisse le mot de la fin…

 

Marie Ferranti : Carpe diem…

 

Entretien mené par Valérie Debieux

 

Romancière et essayiste, née à Bastia, Marie Ferranti vit actuellement à Saint-Florent en Haute-Corse.

Cors’Odissea, Le Blog : http://corsodissea.wordpress.com/

Marie Ferranti, Gallimard :

http://www.gallimard.fr/Contributeurs/Marie-Ferranti

Ses publications :

Les Femmes de San Stefano, roman, 1995 (couronné par l’Académie française, prix François-Mauriac)

La Chambre des défunts, roman, 1996

La Fuite aux Agriates, roman, 2000

La Princesse de Mantoue, roman, 2002, grand prix du roman de l’Académie Française

Le Paradoxe de l’ordre, essai sur l’œuvre romanesque de Michel Mohrt, 2002

La Chasse de nuit, roman, 2004

Lucie de Syracuse, roman, 2006

La Cadillac des Montadori, roman, 2008

Une haine de Corse. Histoire véridique de Napoléon Bonaparte et de Charles-André Pozzo di Borgo, 2012, Grand Prix du Mémorial de la ville d’Ajaccio

Marguerite et les grenouilles. Saint Florent, chroniques, portraits et autres histoires, récits, 2013

 


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A propos du rédacteur

Valérie Debieux

 

 

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Valérie Debieux a été Directrice adjointe, rédactrice et responsable de la communication sur les réseaux sociaux (septembre 2011-juillet 2014)

Rédactrice et responsable du secteur littérature suisse

Ecrivain et traductrice littéraire née en Suisse en 1970

Membre de l’Association des Amis de Jean Giono: http://www.jeangiono.org/


Le site de Valérie Debieux :

www.lagalerielitteraire.com