Identification

Ecrivains de Turquie, Sur les rives du soleil

Ecrit par Adrien Battini 16.09.13 dans La Une Livres, Recensions, Les Livres, Bassin méditerranéen, Anthologie, Galaade éditions

Ecrivains de Turquie, Sur les rives du soleil, 22 août 2013, 352 pages, 24 €

Edition: Galaade éditions

Ecrivains de Turquie, Sur les rives du soleil

 


Depuis quelques années les éditions Galaade ont fait le pari de la littérature turque, en faisant notamment parvenir au lectorat francophone les plus intéressantes de ses plumes contemporaines. Pour cette rentrée littéraire, l’éditrice voit les choses en anthologique en publiant Ecrivains de Turquie, Sur les rives du soleil.

Seize écrivains, dix-neuf nouvelles pour un peu moins de 340 pages (en comptant introduction et avant-propos) composent cette anthologie. Sur les auteurs mis en avant, certains grands noms brillent par leur absence. Si l’on peut penser qu’Orhan Pamuk ou encore Elif Şafak n’ont plus besoin d’être présentés, il est dommage que Yaşar Kemal ou Ahmet Hamdi Tanpınar n’aient pu trôner dans le recueil, ne serait-ce que pour leur influence manifeste dans l’histoire littéraire dans leur pays. Rendons tout de même hommage à Galaade qui aura su réunir pas moins de trois générations d’écrivains.

Outre les auteurs maisons (Uyurkulak, Günday, Tunç), l’anthologie réunit le temps d’une lecture un ensemble littéraire parsemé aux quatre coins de l’édition française (Actes Sud, Le Serpent à Plumes, Bleu Autour, etc…) autour de courts textes (excédant rarement la vingtaine de pages) a priori inédits dans notre pays. Difficile en revanche de trouver un fil rouge dans le choix et l’agencement des nouvelles (au-delà du couplage revendiqué par l’éditeur). Aborder Ecrivains de Turquie s’apparente plutôt à une douce pérégrination ferroviaire. A chaque cahot, l’œil se tourne vers la vitre, embrasse un bout de paysage, pour en saisir une image, tour à tour fugace, cocasse ou saisissante. Abstraction faite du sens du recueil, restent ces impressions parcellaires, ces facettes d’un même joyau que l’on devine, d’un édifice littéraire entamé il y a un siècle et par essence, encore inachevé.

L’exercice de l’anthologie implique un certain déséquilibre entre les textes sélectionnés. Sans parler de qualité inégale, le lecteur appréciera inégalement, au-delà de la simple curiosité culturelle, les nouvelles ici présentées. Les préoccupations des écrivains changent au fil des décennies, et la manière dont ils retranscrivent leur regard subjectif encore plus. Entre l’évocation poétique d’Aysegül Devecioğlu lorsqu’elle symbolise un des lieux du Coup d’Etat et les dialogues soignés par Murathan Mungan lorsqu’il met en scène son sérail moderne à Kayseri, la hiérarchisation sera forcément subjective. Néanmoins certains textes sortent inévitablement du lot et donnent à Ecrivains de Turquie sa qualité de recueil incontournable. Impossible de ne pas être bouleversé par le néo-romantisme de Sabahattin Ali lorsqu’il relate la vie d’un petit vendeur de boisson lactée. Comment ne pas céder à l’appel lancé par Sait Faik pour rejeter les bruits inutiles de notre monde et prendre refuge dans un troquet face au Bosphore ? Magnifique également l’étude d’une communauté marginale stambouliote par Füruzan qu’elle narre subtilement par les yeux d’un enfant chétif. Preuve que la jeune génération n’est pas en reste, Galaade nous sert sur un plateau un récit somptueux du surdoué Murat Uyurkulak qui par le biais du témoignage familial, embrasse un siècle de ruptures, de violence et de secrets pour mieux les dépasser dans ce cri à la conclusion éminemment humaniste.

Tout n’est pas idéal dans ce joli tableau. On serait en droit de regretter un service éditorial minimum, notamment sur le manque de contextualisation des œuvres choisies, que ce soit de leur place dans l’histoire, littéraire et politique, du pays, mais surtout dans la biographie et la bibliographie de leurs auteurs. Restent heureusement de très beaux textes et une sublime déclaration d’amour à la littérature turque parfaitement communié au lecteur. Ecrivains de Turquie est donc une anthologie qui donne furieusement envie d’en lire plus ; en somme un nouveau pari remporté par son éditeur.


Adrien Battini

 



  • Vu : 2683

Réseaux Sociaux

A propos du rédacteur

Adrien Battini

Lire tous les articles d'Adrien Battini

 

Achève son doctorat en sociologie à l'Institut d'Etudes Politiques d'Aix-en-Provence. Depuis trois ans, il est également employé à la librairie Préambule de Cassis, dont il anime site et blog littéraires. Tombé dans la marmite de la lecture depuis tout petit, il se passionne pour toutes les formes d'écritures capables de transmettre émotion et/ou réflexion, de Julien Gracq à Erving Goffman, en passant par James Ellroy ou Brian Azzarello.