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Ecriture

L'arbre aux secrets - 4

, le Dimanche, 03 Avril 2011. , dans Ecriture, Ecrits suivis, La Une CED

Chapitre V

 

Regardant sa mère, après le déjeuner, piquer distraitement du bout de sa fourchette sa part de tarte, Rose ne pouvait se sortir cette phrase de l’esprit : « À la fin les enfants furent bien punis ». Elle commençait à comprendre ou du moins à entrevoir ce qui avait pu se passer. Un garçon dont les autres se moquent, sa mère y compris, à contrecœur peut-être, sans doute parce qu’elle n’ose pas le défendre. Ou parce que, comme les autres, elle le trouve bizarre. Ou peu importe. On se moque du garçon, on le rejette, on le laisse seul, en classe, dans la cour, au village. Dans la forêt. Les enfants du village devaient se retrouver dans la forêt, au printemps, après la classe, pendant les vacances d’été. Le garçon les suivait. Parce qu’il aimait la forêt. Parce qu’il voulait jouer avec eux. Ou parce qu’il habitait dans la forêt.
Il habitait dans la forêt…
Et puis, un jour, quelque chose se passe. Un accident. Une plaisanterie qui tourne mal. Dans la clairière. Dans l’arbre creux. Alors le regret, le remords. Toute la vie. Toujours.
C’était ça ?

Carnets d'un fou - 8

, le Dimanche, 03 Avril 2011. , dans Ecriture, Ecrits suivis, La Une CED

CARNETS D’UN FOU
VIII.


par Michel HOST
Le 27 mars 2011

Rétrospectivité / Prospectivité / Objectivité / Subjectivité / Invectivité / Perspectivité / Salubrité

« Un journal n’est plus fait pour éclairer, mais pour flatter les opinions ».
Balzac, Les Illusions perdues

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La Chanson des fous

Ecrit par Zoe Tisset , le Jeudi, 24 Mars 2011. , dans Ecriture, Création poétique, Chroniques Ecritures Dossiers, La Une CED

Je voudrais faire entendre la voix de celui qui s’est perdu.

Je voudrais qu’elle scintille dans la nuit et dans le jour. Qu’elle dise ce que personne n’a voulu écouté.

Cette voix est le fil d’une vie échouée aux portes de la raison. Je n’ai pu franchir le seuil pour aller la rejoindre, elle n’a pu non plus faire raisonner son chant à mes oreilles.

Je suis restée seule dans les méandres des gens qui savent et qui raisonnent.

Ma propre voix s’est perdue alors en moi, elle est devenue un point incandescent qui le matin me réveille comme une braise mortifère.

Aujourd’hui, je veux reprendre cette voix et la faire grandir, épaissir de toutes les voix de ceux qui sont ailleurs, là-bas.

Qui sont-ils ? Sinon des gens du voyage. Ils sont partis loin, très loin. Leur contrée n’appartient à personne, elle est inaccessible et majestueuse mais combien dangereuse.


Le monteur

Ecrit par Didier Bazy , le Mardi, 22 Mars 2011. , dans Ecriture, Nouvelles, Chroniques Ecritures Dossiers, La Une CED

Les yeux du vieux tremblotent, cherchent et ne trouvent rien. Des broussailles de ses sourcils émergent des espèces d’épines. Un plaid anglais couvre ses jambes. Figé dans un fauteuil, possédé par une colère rentrée, il me coupe résolument :

– T’en pose des questions, pticon, t’en pose. Tu débarques sans crier gare. Je te reconnais pas avec tes airs mielleux et ton parfum de femmes.

Jeune, je me serais rebiffé. Mais ne doit-on pas tenir tête à son père ? Avec dix ans d’absence, j’ai tenu bon, j’ai pas cédé à la pitié. Je devais emporter de lui un souvenir en images. Pour me prouver que j’avais raison. Alors, ce jour-là, j’ai osé. J’ai pris sur moi. J’ai camouflé mes sentiments. C’était facile : je n’ai jamais eu de sentiments. J’ai osé parce que ça lui plaît pas d’être ici.

– Ça me plaît pas d’être ici. Comme une reine dans les Nouveaux Monstres.

– Elle était si petite ! Une naine, non ? T’es pas un nain.

Je ne pars pas

Ecrit par Laurence Pythoud Grimaldi , le Dimanche, 13 Mars 2011. , dans Ecriture, Nouvelles, Chroniques Ecritures Dossiers, La Une CED

Nouvelle


C’est le beau milieu de l’été, il regarde par la fenêtre le jardin aménagé « à la française », avec ses buis ronds et son petit labyrinthe, si précieusement ordonné. Tout est à la mesure, et l’équilibre parfait.

Les enfants viendront dîner ce soir : ses deux fils avec leurs amoureuses. Lui a son regard perdu dans le vide. Sa vie est en train de basculer dans l’inconnu. Et il n’a rien vu venir. Pourtant ce qui lui arrive aujourd’hui était prévisible par n’importe qui d’autre que lui et sa famille.

Depuis qu’il l’a rencontrée, cette femme a partagé son existence en deux, et tout son être. Echafauder mille plans secrets, cacher, mentir, pour la voir, pour l’embrasser, lui sont devenus comme une seconde nature. Une nature délicieuse et venimeuse. D’un venin dont il éprouve à chaque instant la douleur autant que le plaisir. Et l’inévitable impasse.