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Ecriture

L'arbre aux secrets - 9 (Chap. X)

Ecrit par Ivanne Rialland , le Samedi, 10 Septembre 2011. , dans Ecriture, Ecrits suivis, Chroniques Ecritures Dossiers

Les maisons du village se succédaient à d’assez longs intervalles au bord du lac. Un chemin de terre rouge les reliait, de la même terre argileuse dont étaient bâties les maisons, par ailleurs toutes identiques, d’après ce que Rose pouvait en juger. Toutes identiques, toutes vides. À peine une assiette laissée sur une table ou un haillon jeté sur le lit ou le dossier d’une chaise témoignait-il qu’à la nuit – mais comment différenciait-on ici la nuit du jour ? – ces maisons devaient être habitées.

Sur l’autre rive, les maisons d’argile rouge se suivaient de la même façon, à la queue leu leu, comme leur reflet sorti de l’eau noire. Aussi vides, aussi silencieuses que les maisons originales. À moins que de ce côté-ci également, ces maisons ne soient que des reflets, des illusions, un mirage monté de l’eau…

Rose regardait le château, posé sur son arche de pierre, au-dessus de la rivière. Il paraissait vide, lui aussi. Tout était silencieux. Juste le bruit de l’eau, de plus en plus fort à mesure que Rose se rapprochait du château et de l’arche sous laquelle elle se précipitait furieusement, sa phosphorescence devenant une brume étincelante qui enveloppait le pied du château. Lorsqu’elle fut tout près, Rose aperçut une volée de marches humides taillées dans la pierre, qui permettait d’accéder à une esplanade glissante et de là à une porte.

Murs et murmures (1)

Ecrit par Anne Gosztola , le Mercredi, 07 Septembre 2011. , dans Ecriture, Nouvelles, Chroniques Ecritures Dossiers, La Une CED

13h00. Sur le bureau de Yann, la réquisition du Parquet. Enquête sociale rapide avant comparution immédiate pour vol de bières dans une station-service. Un coup de fil au bureau des déférés ; l’homme à auditionner ? Rien d’autre qu’un clodo prit en flagrant délit.

S’interroger. Logiquement, vu l’insignifiance du délit, le Parquet aurait dû classer l’affaire. Alors fouiller dans les archives et questionner les dossiers. Découvrir l’épaisseur du casier judiciaire de l’homme et comprendre pourquoi il avait été décidé de sévir. Esquisser une grimace, jeter un œil à sa montre et calculer le temps du trajet jusqu’au tribunal.

Miroir s’appuya sur la table d’entretien, sortit une vieille gauloise chiffonnée, se la coinça au bec. On ne fume pas ; qu’importe ! Juste se donner un genre, revêtir une contenance. Des conseillers, des tas il en avait vu défiler. De ceux qui feignent de s’intéresser à ceux qui s’investissent, d’autres qui haussent les épaules et prétextent des tonnes de boulot, et puis ceux qui le regardaient tristement, comme s’il s’était agi d’une ruine d’un mausolée. Mais ce conseiller, cet autre qui lui faisait face, il s’agissait d’un cas à part ; droit, froid, les traits figés, rien à en tirer ! Il te jauge, te soupèse, te classe, pour finalement t’opposer le dédain. Et Miroir de lire sa déchéance dans le regard lancé et de détourner le front, comme s’il se fut agi d’un crachat.

Sous la coupole spleenétique du ciel (5)

Ecrit par Daniel Leduc , le Samedi, 03 Septembre 2011. , dans Ecriture, Ecrits suivis, Chroniques Ecritures Dossiers, La Une CED

Peut-être. Peut-être y a-t-il du murmure entre les cris, de l’interstice entre les ombres, de la glace dans le feu, du désert dans la goutte d’eau…

Enfant j’ai brisé mon violon, et cependant je joue, j’arpège je pizzicate. Je fais glisser l’archet sur la corde la plus sensible ; et des bambins naissent dans la nuit.

Je joue sur les mots, sur les principes. Je me joue des difficultés qui beuglent. Avec ma vie, je joue.

Ils disent que je suis Border Line, cheval fou dans un chenal.

Peut-être.

Je me contente de vivre.

De foudroyer la glace. De m’insinuer entre les ombres. De vociférer des murmures.

La vie…

si glissando !


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Sous la coupole spleenétique du ciel (4)

Ecrit par Daniel Leduc , le Mercredi, 27 Juillet 2011. , dans Ecriture, Ecrits suivis, Création poétique, Chroniques Ecritures Dossiers, La Une CED

Work in progress

Il regardait un mur – sans tags, sans lierre, sans ombre –, un mur nu dans sa pierre ; il regardait l’espace, l’entaille, la fente ; cette blessure du mur qui suintait d’une lumière sans ombre, d’une trace sans tags ; et cette profonde fissure le regardait aussi.

Que les trains sont longs dans leur distance !

Que les seuils sont amples à franchir !

Que la voix s’accorde tant de temps pour grimper !

Que le soleil est loin des autres soleils !

Qu’il y a d’averses à nous entretenir !

Un courant d’air passa, sans lui répondre.

Lui

sans cesse,

il regardait le mur.

Le Naufrage (2 et fin)

, le Mardi, 26 Juillet 2011. , dans Ecriture, Nouvelles, Chroniques Ecritures Dossiers, La Une CED

Ils se sont revus, souvent.

Lui, prenait les moments sans se poser de questions, ne cherchant pas réellement à la rencontrer, à se l’attacher, puisque alors il aurait fallu tout lui dire, la rue, la misère, la saleté, le désespoir qui prend les tripes et ce rêve de partage qu’il ne pouvait satisfaire, puisqu’il n’avait rien. Pour étoffer leurs conversations il lui racontait des morceaux de son lointain passé, des cailloux qu’il avait voulu enfouir et qu’il extirpait maintenant de sa mémoire. Son enfance auprès d’une mère psychiatriquement dérangée et d’un père immensément riche mais absolument radin, qu’il ne voyait jamais. Une adolescence nourrie de l’érudition jésuite, pléthores de voyages et immersion dans les langues étrangères, un métier qu’il avait jadis exercé et qu’elle pensait qu’il exerçait toujours, un appartement acheté dans le 16ème.

Comment aurait-elle pu soupçonner que les pièces récoltées dans le métro servaient à lui offrir des verres, qu’il désertait certains coins de crainte qu’elle ne le surprenne, qu’il parlait d’objet rares quand il devait voler ses chemises et traîner les bains public de Paris ?!