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Ecriture

Sous la coupole spleenétique du ciel (1)

, le Jeudi, 07 Juillet 2011. , dans Ecriture, Ecrits suivis, Chroniques Ecritures Dossiers, La Une CED

Work in progress

 

Sous ce titre, emprunt à Baudelaire, de courts textes en prose trouveront leur place au fil des semaines.

Ce ʺwork in progressʺ évoluera sous vos yeux dans un mouvement d’écriture que l’auteur lui-même ne saurait anticiper.

S’agit-il ici, de poésie en prose, ou de prose poétique ? Rien de cela.

D’écriture seulement, qui, comme toute écriture, ne saurait se déterminer qu’en dehors des limites.

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Muni de son téléphone portable, il tremblait en marchant. Conversation avec une autre voix dans une autre ivresse, il tremblait (quand on regarde l’infinité des ciels). Sa parole était douce, ou peut-être piquante, amère comme de l’écume. De ses mots il ne tissait plus rien, ne cousait, que ses propres déchirures. Et ses pas ressemblaient à des taches nocturnes nettoyées par la pluie.

Il ne percevait de la foule qu’une onde, une ombre électrique.

Sciure

, le Samedi, 02 Juillet 2011. , dans Ecriture, Nouvelles, Chroniques Ecritures Dossiers, La Une CED

Nouvelle

Chaque matin, quand son chauffeur l’appelle, il se penche par-dessus la balustrade, lui dit d’attendre, qu’il sera en retard. Chaque matin, j’entends sa voix sèche et pesante, comme une masse sur la pierre.

Lorsqu’il parle à quelqu’un, mon père enfonce les mots comme si c’était des clous. Pour lui, on dirait que les autres ne sont que des matériaux sur lesquels agir. Le monde est fait de ciment et de plâtre… et les hommes sont de la chaux, pourrait-il dire, s’il disait quelque chose.

Mais la plupart du temps, mon père ne dit rien. Plus exactement, il parle avec les yeux, le nez, le front : selon l’expression de son visage, chacun sait à quoi s’en tenir (si tant est que l’on puisse se tenir à quelque chose d’implacable).

Mon père est conducteur de travaux. Et cela lui convient, conducteur ! Pensez ! Il aimerait conduire tout ce qui se conduit, et même ce qui ne se conduit pas. Conduire les hommes, surtout, les mener là où il veut. Comme des bêtes, que l’on conduit à l’abreuvoir.

Et il rage, mon père, en silence il rage : cela fait bien trois semaines qu’il ne peut conduire… Une mauvaise chute, un pied foulé, deux côtes fêlées, et voilà qu’il lui faut un chauffeur !

L'arbre aux secrets -7

Ecrit par Ivanne Rialland , le Jeudi, 30 Juin 2011. , dans Ecriture, Ecrits suivis, Chroniques Ecritures Dossiers, La Une CED

Chapitre VIII

 

L’Arbre aux secrets, Chapitre VIII


— Comment as-tu fait, tout à l’heure ?

— Comment fait quoi ?

— Quand tu as transformé tes parents.

— Oh !… Je ne sais pas. C’est comme ça. C’est un don, on va dire.

— Ce n’était pas très réussi. Je n’y ai pas cru une seconde.

Victor eut un rire bref. « Menteuse ! »

Ils marchèrent ensuite en silence jusqu’à la clairière. Il était tard à présent. Il commençait à faire un peu frais. Rose eut un frisson. Elle se sentit tout d’un coup épuisée, et elle avait envie d’être seule. Arrivée à la clairière, elle salua Victor plutôt brusquement et commença à s’éloigner. Victor demanda : « Il faut vraiment que tu rentres ? »

Ma mère

Ecrit par Zoe Tisset , le Samedi, 25 Juin 2011. , dans Ecriture, Ecrits suivis, Chroniques Ecritures Dossiers, La Une CED

Elle a donné la vie en sachant qu’elle niait la sienne.

L’enfant devait reprendre sa vie, là où elle l’avait laissé. Elle était défaillante, boiteuse et faible. Elle avait perdu l’estime de soi quelque part dans le regard cruel des autres qui pointaient sa différence déformante. Elle s’était usée au service des autres, elle avait fait la bonne.

L’homme qui l’aimait avait préféré aller vers plus de normalité et d’indifférence.

L’homme qui l’avait épousé s’était engouffré dans cette faille, jouant alors de son monopole affectif.

Elle était morte de l’intérieur, incapable d’être quelqu’un. Mais la vie s’échappait d’elle à travers ses enfants, elle la leur offrait en sacrifice.

Seulement cet amour était barré, il ne fallait surtout pas l’aimer, elle, qui ne savait pas marcher ni courir, elle qui offrait le triste spectacle de n’être qu’une surface tremblotante et souffreteuse.

L’injonction de grandir contre elle et sans elle était d’une souffrance infinie pour l’enfant et une posture inextricable. La plus merveilleuse, la plus belle, celle dont les bras sont toujours ouverts pour recueillir les peines et les pleurs était frappée d’interdit. Une fatwa était lancée contre elle par elle-même avec notre complicité innocente.

Kaléidoscope 2

, le Samedi, 25 Juin 2011. , dans Ecriture, Nouvelles, Chroniques Ecritures Dossiers, La Une CED


Il a poussé la porte et est resté là sur le seuil. Un fauteuil en tapisserie ; une vieille dame y était assise, devant une table basse en acajou où étaient posés théière en argent et assortiment de pâtisseries. Il porta ses regards sur la pièce ; la femme était seule et, pourtant, discutait très sérieusement tout en fixant un cadre posé près d’elle sur un guéridon. Un militaire en costume, paré de ses médailles, sur lequel elle se penchait parfois et déposait un baiser délicat.

« Je l’ai fait mon amour. Enfin ! Comme tu me l’as fait promettre avant de me quitter. Pour que je ne meure pas sans savoir, pour qu’encore, ensemble, nous leur fassions la nique, à nos bégueules d’enfants et à ces privilèges, dont tant disent que leurs usages réclament de se plier aux contraintes du rang. Nous ne voulions pas de cela mon aimé, tu me l’as inculqué et je te rends hommage.

C’était difficile, je te l’avoue. Surtout au départ. Elle était douce et gentille, avec son jeune âge, sa taille frêle et son besoin de rire de tout. Mais elle n’aurait fait qu’une proie de plus au système, bientôt devenue arriviste forcenée, cherchant dans les ressources de son corps un marchepied à la réussite. Comme toutes celles que je t’ai laissé utiliser, parce que le temps avait usé mes charmes et que je savais qu’il te fallait un défouloir.