Identification

Ecriture

Keyta ou la fuite du papillon (2). Quelques objets, Nyampundu et Dietr

Ecrit par Alexandre Muller , le Jeudi, 22 Mars 2012. , dans Ecriture, Nouvelles, Ecrits suivis, La Une CED

Keyta se réveille en sursaut. Son sommeil a atteint de telles profondeurs que si quelqu’un s’était approché, elle ne l’aurait pas entendu !

Un univers dénué de sons certes, mais certains signes montrent qu’il fut le théâtre d’événements peu ordinaires. Les rayons naissants du soleil, transperçant les vitres crasseuses de la Jeep, éclairent des tâches de sang sur le siège du conducteur.

Keyta se glisse à l’avant par dessus le levier de vitesse et inspecte la boîte à gants. Ce que Keyta y trouve, se dit‑elle immédiatement, changera fondamentalement le cours des événements à venir.

C’est la première fois que ses doigts se replient sur la crosse d’un pistolet. Elle enserre pourtant l’objet comme s’il lui était familier, comme si elle en maîtrisait le feu. Du dos de sa main libre, elle balaye les divers paquets de cigarettes vides et autres papiers gras accumulés dans le vide-poche et découvre un plan de la région à grande échelle.

En se désincarcérant de la jeep, Keyta manque de trébucher sur le corps du soldat. C’est un soldat étranger à la peau blanche, allongé sur le ventre, raide et froid. Sa main droite est encore agrippée au manche d’un couteau comme si le cadavre s’en était servi au pays d’où on ne revient pas sans hommages.

Sous la coupole spleenétique du ciel (32)

Ecrit par Daniel Leduc , le Mercredi, 21 Mars 2012. , dans Ecriture, Ecrits suivis, Création poétique, La Une CED

« En suivant la voix, l’élève s’écarte du maître, et suit sa propre voie.

Je n’enseigne que pour faire réfléchir, que les ombres fassent relief sur la lumière. »

Le petit homme a parlé.

Le gypse dans la montagne plâtre l’écho qui percute l’écho.

La parole devient aile, l’écrit devient île.

Sur le rocher, d’où l’on se jette, le petit homme attend.

L’équilibre est son mystère, jamais décrypté.

Entre l’assise et l’envol, il manifeste.

Celui qui sait

l’ignore.

Celle qui fuit

conçoit.

*****

Le sens du temps

Ecrit par Jean Bogdelin , le Samedi, 17 Mars 2012. , dans Ecriture, La Une CED

Il crut percevoir obscurément que le passé est la substance dont le temps est fait ; c’est pourquoi celui-ci se transforme aussitôt en passé.

Jorge Luis Borges –L’Aleph


A côté du temps réel dans lequel nous vivons, il y a le temps imaginaire, en vogue en cosmologie pour dénouer certaines situations appelées singularités, où les lois habituelles ne s’appliquent plus.

« Si l’on avance dans le temps imaginaire, on doit être capable de faire demi-tour et de revenir », cas de figure non prévu évidemment par la flèche psychologique du temps. Ce n’est pas une citation prélevée dans une nouvelle fantastique, mais dans la Brève histoire du temps de Stephen Hawking, physicien renommé, qui occupe la chaire de Newton à l’Université de Cambridge.

L’auteur ne craint pas de donner un exemple saisissant de temps imaginaire, celui qui règne dans un trou noir, là où finit toute forme de matière, tombeau naturel d’étoile morte comme chacun sait. Mais pas seulement. Car dans le trou noir disparaît aussi toute forme de matière passant à proximité et la lumière elle-même.

La pluie n'a pas cessé

Ecrit par Pierre-Jean Baranger , le Mercredi, 14 Mars 2012. , dans Ecriture, La Une CED, Récits


Texte sélectionné par la Cause Littéraire sur Ipagination


La pluie n’a pas cessé, durant toute la journée. Je suis resté calfeutré chez moi, regardant les arbres ruisseler comme au sortir d’un bassin, le vent poussant de sombres nuages gris et noirs, venus du nord. Rien d’extraordinaire dans cela, rien d’autre que la contrariété de n’avoir pu aller faire ma promenade dominicale, me menant de la ligne de crête des hautes forêts, jusqu’à tout en bas, jusqu’au bord de la rivière brune, qui charrie encore une eau forte, poussant au-dedans d’elle les minuscules lambeaux du pays de Millevaches, ce haut plateau qui lui sert de genèse, de source. Alors, il me reste le soir pour m’évader, blotti sur mon fauteuil, oubliant le vent qui fait claquer les volets et geindre les courants d’air. Il me reste le soir et mon livre, le livre commencé la veille et qui, déjà, a tressé des liens avec moi, m’enlaçant pour la ronde des mots, celle dont je ne me défends jamais, me contentant d’être heureux lorsque je deviens le cavalier de ces aventures auxquelles un livre me conduit.

Sous la coupole spleenétique du ciel (31)

, le Mercredi, 14 Mars 2012. , dans Ecriture, Ecrits suivis, Création poétique, La Une CED

Ce sont les mots les plus discrets qui apportent l'ouragan,

des pensées mènent l'univers qui viennent à pas de colombe…

Nietzsche

 

L’homme ne disait rien. Rien d’autre qu’un peu.

Il accomplissait des gestes, réflexes. Se tenait sur ses gardes. Comme on tient à son / gîte.

D’une jambe à l’autre, il oscillait sur le plancher. Ses dents grinçaient / peut-être. Était-ce

comme des spasmes mémoriels ?

Là, était l’homme. Gîte sur le flanc.

Et l’autre homme écoutait / qu’un peu : c’était un psy, à la puissance, carrée. Écoutait l’homme un peu.

De son silence.