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Ecriture

Sous la coupole spleenétique du ciel (18)

, le Mercredi, 07 Décembre 2011. , dans Ecriture, Création poétique, Chroniques Ecritures Dossiers, La Une CED

La fiction, elle contribue à la conception du réel, tissant sa toile au centre et au pourtour du mouvement, dans toute horloge cinétique.

Cette femme ne disait rien d’autre. Elle occultait son passé. Se croyait à l’abri des images. Pensait trier les jours, comme on trie les lentilles. Et la nuit la surprenait, zigzagante.

Elle, c’était elle qui se livrait au monde, ouvrant ses portes, ses livres, décloisonnant toutes les parois du cœur.

Non, elle ne rêvait plus, elle était dans le cuir de l’action.

Toujours plus, elle s’approchait des autres. Les touchait par ses mots. Tentait d’atténuer leur fatigue.

Et c’était là, une fiction terrestre, qui rejoignait la pulpe du réel.

Une oscillation, entre la forme,

et la formule ombreuse.

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Le paradis terrestre

Ecrit par Jules Huchin , le Lundi, 05 Décembre 2011. , dans Ecriture, Nouvelles, Chroniques Ecritures Dossiers, La Une CED

À l’opposé des Beltes, les Srathes, peuple des steppes dont le souvenir est perpétué avec terreur par quelques vieilles femmes d’Asie mineure, considéraient que le monde dans lequel nous vivons est le paradis promis, et qu’ils étaient la race des dieux. Peuplade conquérante, ethnie guerrière, ils justifiaient ainsi l’esclavage des populations soumises. Selon leurs coutumes, la naissance était une mort : ils accueillaient par une cérémonie funèbre le nouveau-né, qui prouvait par son incarnation dans leur lignée qu’il avait vécu avec honneur dans le monde des hommes. Les enfants étaient éduqués dans la pensée d’être des dieux, à qui tout appartenait de droit. La mort des plus âgés était considérée comme une punition méritée de leur décrépitude, qui ne pouvait être que la conséquence d’une faute morale. Mourir au combat était la pire des déchéances : invincibles par essence, les Srathes ne pouvaient périr sous les coups de races inférieures ; les défunts n’étaient donc pas dignes d’être des dieux. Parfois, on reconnaissait lors d’une naissance un ancien dieu qui avait mérité par sa seconde vie terrestre de revenir sur la terre promise.

Leurs mythes contaient les péripéties des dieux dans leurs incarnations terrestres, et permettaient d’établir de complexes arbres généalogiques, retraçant des filiations qui ne correspondaient pas aux naissances réelles – simples concours de circonstances – mais aux naissances dans le monde terrestre illusoire. Un nouveau-né pouvait ainsi fort bien être le père de son père biologique, s’il n’avait mérité que plus tardivement de devenir un dieu.

L'Autre

Ecrit par Kamel Daoud , le Dimanche, 04 Décembre 2011. , dans Ecriture, Nouvelles, Chroniques Ecritures Dossiers, La Une CED


L'Autre, j'en ressentais le creux, la trace creuse en moi, le besoin de me mouvoir vers lui, la calcination quand il me brûla ou l'endroit endolori par son arrachement. Brusquement, je me suis senti en déséquilibre, sans l'autre, un peu chancelant dans mon humanité, bref et sans direction dans l'espace quand ce n'est pas une direction vers un visage, tournant dans l'affolement ou en orbite autour d'une énigme. L'Autre n'était pas ma moitié mais mon véritable moi. J'y allais dans toutes les directions, j'y venais, j'en revenais. Tout s'expliquait par mes gestes vers ce centre inachevé quand il n'est pas totalement voulu. Le désir, l'offrande faite au ciel, le sacrifice, l'invention du feu pour deux mains et pas pour une seule, la sexualité qui en était le cri et l'art qui en est le soupir, ou le sens de toutes les rivières du monde qui en sont la confession, la narration, le récit qui vient et s'en va.


Tout était supposition de l'autre, trace de son pas, son bruit dans la nuit ou le jour pas encore déplié du futur. L'autre était mariage, noces, brûlure, feu, flamme, pollen, approches et pattes en fourrure de l'animal prudent qui approche pendant que toute la forêt le regarde avec bienveillance.

Comic Boulevard

Ecrit par Laurence Pythoud Grimaldi , le Jeudi, 01 Décembre 2011. , dans Ecriture, Nouvelles, Chroniques Ecritures Dossiers, La Une CED

Nouvelle

 

Il avait donné rendez-vous à sa maîtresse au bar de cet hôtel, pour un ultime tête à tête, mais son épouse avait court-circuité leur rencontre et s’était interposée sans prévenir. Coup de théâtre, arrangé ou fortuit, l’amante ne sut que penser. Ce coup était de toute évidence malsain. Alors elle se leva et, abandonnant le couple légitime à son propre piège, s’extirpa de ce plan de dupes.

Dehors il commençait de pleuvoir. C’était la fin de l’automne, et l’après-midi se précipitait dans la nuit. Comme son histoire d’amour.

Avait-il réellement convoqué sa femme pour avoir le courage de rompre avec sa maîtresse, en faisant ainsi allégeance à sa moitié ? Ou était-ce elle, qui l’avait suivi et s’était imposée entre eux ? Ce qui est sûr, c’est que leur liaison avait éclaté au grand jour depuis quelque temps déjà ; l’épouse ayant surpris leur conversation téléphonique alors même qu’il s’apprêtait à rejoindre celle qu’il aimait pour une nuit à Ravello. Depuis il demeurait bloqué dans une impasse, terrifié à l’idée de tout perdre : sa maîtresse, ou son mariage (sa femme était prête à faire un scandale) ; l’immobilité le faisant plutôt pencher du côté du confort social. Schéma vénal classique. Cependant l’amante ne pouvait y croire. Elle l’aimait.

Sous la coupole spleenétique du ciel (17)

Ecrit par Daniel Leduc , le Mercredi, 30 Novembre 2011. , dans Ecriture, Ecrits suivis, Chroniques Ecritures Dossiers, La Une CED

Avant, il y a l’eau.

Après, il y a l’eau ;

durant, toujours durant.

Edmond Jabès

De la marée montante et descendante, il y a ce mouvement de danse qui donne à la pensée l’irisation du clair de lune. Ce qui va devient, ce qui vient s’en va, une outre pleine et vide assouvit chaque instant.

L’eau nous porte jusqu’aux rives de l’eau, comme il en est de la lumière qui s’éclaire elle-même.

Ce sont les océans qui font les fleuves, les fleuves les rivières, les rivières les ruisseaux. De même que la pensée fait la phrase, et la phrase le mot. De même que le geste est une main qui se décline en signes.

C’est ainsi qu’on remonte à la source, qu’on se souvient des origines. De cette première lueur sans laquelle

rien

ne saurait être

fluide.