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Ecriture

Keyta ou la fuite du papillon (5). Fièvre

Ecrit par Alexandre Muller , le Jeudi, 12 Avril 2012. , dans Ecriture, Nouvelles, Ecrits suivis, La Une CED


Lorsque Keyta sent la chaleur monter, il est déjà trop tard.

Peter Vanecker installe la jeune femme dans son lit, livide, frissonnante, transpirante et saisie de spasmes. Il reconnaît la maladie, toutefois il ne se fait pas trop de mouron. Les remèdes de Nyampundu procèdent du miracle. Certes le corps doit se purger et le malade doit en passer par les crises de fièvre jusqu’au délire, par de longues heures d’inconscience. En matière de guérison, tout est affaire de patience.

Dans le corps malade, une intense chaleur.

Naviguant inconsciente sur un fleuve ardent, aux confins des terres de la vie.

La lave coule dans ses veines,

Où sont les chants sacrés ?

Des rouleaux de fumées l’engloutissent.

Sous la coupole spleenétique du ciel (35)

Ecrit par Daniel Leduc , le Mercredi, 11 Avril 2012. , dans Ecriture, Ecrits suivis, Création poétique, La Une CED

 

L’accent : faut-il qu’il soit tonique, pour s’opposer aux turbulences ? de hauteur, pour mieux atteindre les flancs du signe ? d’intensité, pour franchir le mur du sens ?

Faut-il que le murmure soit, élevé ? que le cri soit, atone ?

Parfois je mets en scène une autre langue, une parole abstraite, quelques phonèmes sans mots…

Je dis des choses qui s’instruisent en s’opposant…

Des actes, voulant s’extraire de mon langage, contournent  grammaires et phonétiques…

Et la patience se fait en mille syllabes…

Il faudra l’entendre. Ce qui dit. Par deçà.

L’en-

tendre !

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La muse au champ

Ecrit par Patryck Froissart , le Mardi, 10 Avril 2012. , dans Ecriture, Création poétique, La Une CED




 

 

Au maquis de la canne, en fleur, tu me devances,

Dispersant la rosée comme un vif goupillon,

Ta course m’échevelle et mes soupirs immenses

Sur tes nattes font battre les nœuds papillons.


Bondissante aux ardentes saillies des rayons,

Tu te moques de moi, te dévêts de tes soies

Dont tu jonches le sol comme de vils haillons,

Et, libre, tu t'ébats comme Eve et me dévoies.

L'Arabe et le vaste pays de Ô (Chapitre 10)

, le Dimanche, 08 Avril 2012. , dans Ecriture, Nouvelles, La Une CED, Bonnes feuilles

Je vis le premier l'Amérique mais je doute qu'elle ne m'ait jamais aperçu dans la foule des gens qui tombaient sans cesse du ciel. Je ne pouvais croire, lorsque je vis New York pour la première fois de ma vie, qu’une ville puisse être plus grande que la planète elle-même et brasser des univers entiers comme s’il s’agissait de petits quartiers chinois. Vue d’en haut, cette planète renvoyait mes angoisses religieuses à la taille des moeurs de quelques insectes ignorés. New York nous fit disparaître, moi, mon Allah, mes minarets, la foule de mes ancêtres qui pouvait tenir dans un seul bus et mes turpitudes supposées en un seul instant, et replaça mon épopée sur l’échelle de ses gratte-ciels pour mieux m’aider à comprendre ma bulle de savon. Nous allions atterrir mais la peur que j'avais des Américains était si grande et mes appréhensions si terribles, que je ne voulais ni ralentir, ni aller vers la terre, ni laisser tomber l'ancre, ni retourner chez moi les mains vides.

Ce fut à ce moment-là que commença ma chute loin de mon propre Dieu tel qu’il me fut transmis par les miens. Lorsque je lâchai la corde, la profondeur du désespoir de notre condition à tous me coupa le souffle : ma seule ressource était de retenir ma respiration et de voguer vers l'espoir d'une côte et sa trace espérée au bout de cette histoire. La vague qui revint sur moi m’ensevelit tout d’un coup, dans sa propre masse, à la profondeur de vingt ou trente pieds, je me sentais emporté avec une violence et une rapidité extrêmes à une grande distance du côté de la terre.

Keyta ou la fuite du papillon (4). Une bibliothèque au bord du Grand Lac

Ecrit par Alexandre Muller , le Jeudi, 05 Avril 2012. , dans Ecriture, Nouvelles, Ecrits suivis, La Une CED


Conformément au protocole de Peter Vanecker, toute personne se présentant pour le rencontrer doit être accompagnée par un habitant du village. Merono, le quatrième fils de l’épicier, respecte le souhait à la lettre. Il précède la jeune femme jusque sous les deux arbres centenaires et l’invite à s’asseoir sur le rocher à l’ombre. Puis Merono remonte les deux cents mètres en légère pente qui le séparent du pas‑de‑porte et toque trois coups secs.

Peter Vanecker sort, écoute Merono, lui dicte quelque chose à l’oreille et, de loin, observe celle qui l’accompagne, tandis que son coursier disparaît momentanément, réapparaît et redescend vers le rocher à l’ombre tenant une cruche et un verre. Le cadeau de bienvenue.

« – Peter Vanecker aimerait savoir quel est ton nom et ce que tu viens faire par ici.

– Je m’appelle Keyta et c’est Dietr qui m’envoie à lui. J’apporte aussi des onguents préparés par Nyampundu.

– Patiente ici, je vais lui transmettre le message ».