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Ecriture

Sur un air de Jazz

Ecrit par Emile Eymard , le Vendredi, 25 Novembre 2011. , dans Ecriture, Nouvelles, La Une CED

"Nouvelle extraite du recueil "Le bois vert et la cendre" Editions L'Harmattan

Il joue du piano, Johnny, au Grisbi. Ce soir encore, personne n’a écouté Johnny. Rue Saint Denis, il rentre chez lui. Salut Johnny, disent les filles sur le trottoir. Nuit trouble, pluie grise, murs moites, portes obscures et muettes, rideaux de fer tirés, voitures et passants gondolés, Johnny a le blues. Ses  doigts plaquent sur sa jambe droite des notes bleues, au rythme d’un pas qui lézarde. Mélodie exsangue.

37, rue Pierre Nicolle, chambre de bonne au septième majeur augmenté, souffle coupé, palier enténébré, qu’a-t-il fait de sa clé ? La porte s’ouvre sur sa cage. Grand lit, petite table et sa chaise, lavabo, fenêtre sur cour. Le miroir au tain cerné renvoie l’image de son visage brouillé. Des gouttes  picotent la vitre. Ses doigts sur la petite table pianotent le chant de la pluie. Vagues les yeux, troubles les pensées, solitude en bémol, il baille en silence.  Nuit blême, rêves gris, doigts qui flânent, rythme qui musarde, rage de n’être ni Count Basie ni Fats Waller.

Boulevard Saint Germain. Immeuble cossu, appartement grand comme vingt chambres de bonne. Julie, deux leçons de piano par semaine.

Non, Julie, pas de Chopin aujourd’hui, du Bach. Une fugue, très simple, tu verras. Du jazz plus tard. Bach t’aidera. On y va, attention à la mesure. Fais  sortir les voix. Tiens-toi droite, sans crispation.

Sous la coupole spleenétique du ciel (16)

Ecrit par Daniel Leduc , le Mardi, 22 Novembre 2011. , dans Ecriture, Ecrits suivis, Création poétique, La Une CED

Work in progress

 

L’univers de cette nuit a l’amplitude

de l’oubli et la précision de la fièvre.

Jorge Luis Borges

Le sommeil est un état aux frontières du péril, s’abandonner dans la transfiguration des cartes et des tours [réussites échecs], peupler sa nuit d’irradiations natives des lieux affranchis, des passages contournés, des voies sans voyages.

Le sommeil nous contourne.

Vrille trace et creuse.

Que le réveil soit champ

compulsé

de vraies éclaboussures.

Suites à Miami (7)

Ecrit par Jean-François Chénin , le Mardi, 22 Novembre 2011. , dans Ecriture, Ecrits suivis, La Une CED

Work in progress


109. A Miami, il suffit d’un bord de piscine, d’un bout de palmier et d’une pause languissante pour se croire reine ou roi selon les circonstances. Question de rondeur et de cambrure avec à peine une moue triomphante.


110. A Miami, le vent perle sur la pluie, détouré sur le vide. Downtown scintille en filigrane et répercute ses oublis sur l’eau noire de la baie. Elle s’effile et grappille sur le ciel qui ne vient plus à elle. Elle entre dans ses quartiers de nuit, rehaussée des rêves qu’elle abrite encore malgré elle.


111. A Miami, il faut interpréter les regards comme des restes de gestes primitifs. Crus, perçants, déshabillants. Détachés des sentiments qui les font naitre. Mais sans précaution, les heurter de front les éteint.

Suites à Miami (6)

, le Jeudi, 17 Novembre 2011. , dans Ecriture, Ecrits suivis, Création poétique, La Une CED

88. A Miami, j'ai rencontré des comtes et des marquis. Ils portent beau la belle époque, le beau parlé, le blazer et le ressentiment.


89.    A Miami, les tenues blanches des white party ont le goût cartonné de la naphtaline et le froissement léger des dessous de cartes. S'y reprendre à deux fois pour comprendre que, même dans la nuit noire, le dress-code est le cache-misère de ceux ou celles qui n'inventent plus rien.


90.    A l'évidence, ils ont bâti des arpents de pierre et d'obsession, d'espace et de désespoir, de résolutions droites et d'obliques perversions. Ils sont entrés dans leurs rêves, construit des murs, des voûtes, élevé des escaliers tournants, des verrières et des souffles de vide. A Miami, me voilà sur leur vide, échevelé de vertiges et de spasmes, dérivant malgré moi dans leur domaine clos de toute part de vent et de lumière, ceux des jours finissants. Ils ont atteint la fin du monde. Quelle apparence donnerait un tel artéfact d'entrelacs évidés qui ne résonnent plus que par les ombres qu'ils projettent ?

 

91.    A Miami, le vent souffle dans les palmes échevelées des rêves disparus.

Sous la coupole spleenétique du ciel (15)

Ecrit par Daniel Leduc , le Mercredi, 16 Novembre 2011. , dans Ecriture, Ecrits suivis, Création poétique, La Une CED

Il n’y a de double qu’avec soi-même, d’échos qu’avec les autres ; qu’avec le macrocosme, une réverbération possible.

Oui nous sommes les mammifères inquiets, ceux qui se confortent en beuglant plus fort ; les bipèdes aux insomnies ondoyantes ; les hominiens que soulèvent leur conscience ; les créatures qui s’accordent en rêvant…

J’ai croisé la femme qui s’échappe ; la lourde écharpe du typhon ; la toison des vagues, d’avant la bourrasque ; et toutes ces embellies, qui dominent dans les livres.

J’ai croisé le fer avec l’acier, le regard avec la face, le lapin avec la carpe ; et mes nuits se sont allaitées au sein de la diffraction du langage.

Il n’y a d’autre

que par la fécondité du regard.


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