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Ecriture

Sous la coupole spleenétique du ciel (5)

Ecrit par Daniel Leduc , le Samedi, 03 Septembre 2011. , dans Ecriture, Ecrits suivis, Chroniques Ecritures Dossiers, La Une CED

Peut-être. Peut-être y a-t-il du murmure entre les cris, de l’interstice entre les ombres, de la glace dans le feu, du désert dans la goutte d’eau…

Enfant j’ai brisé mon violon, et cependant je joue, j’arpège je pizzicate. Je fais glisser l’archet sur la corde la plus sensible ; et des bambins naissent dans la nuit.

Je joue sur les mots, sur les principes. Je me joue des difficultés qui beuglent. Avec ma vie, je joue.

Ils disent que je suis Border Line, cheval fou dans un chenal.

Peut-être.

Je me contente de vivre.

De foudroyer la glace. De m’insinuer entre les ombres. De vociférer des murmures.

La vie…

si glissando !


*****

Sous la coupole spleenétique du ciel (4)

Ecrit par Daniel Leduc , le Mercredi, 27 Juillet 2011. , dans Ecriture, Ecrits suivis, Création poétique, Chroniques Ecritures Dossiers, La Une CED

Work in progress

Il regardait un mur – sans tags, sans lierre, sans ombre –, un mur nu dans sa pierre ; il regardait l’espace, l’entaille, la fente ; cette blessure du mur qui suintait d’une lumière sans ombre, d’une trace sans tags ; et cette profonde fissure le regardait aussi.

Que les trains sont longs dans leur distance !

Que les seuils sont amples à franchir !

Que la voix s’accorde tant de temps pour grimper !

Que le soleil est loin des autres soleils !

Qu’il y a d’averses à nous entretenir !

Un courant d’air passa, sans lui répondre.

Lui

sans cesse,

il regardait le mur.

Le Naufrage (2 et fin)

, le Mardi, 26 Juillet 2011. , dans Ecriture, Nouvelles, Chroniques Ecritures Dossiers, La Une CED

Ils se sont revus, souvent.

Lui, prenait les moments sans se poser de questions, ne cherchant pas réellement à la rencontrer, à se l’attacher, puisque alors il aurait fallu tout lui dire, la rue, la misère, la saleté, le désespoir qui prend les tripes et ce rêve de partage qu’il ne pouvait satisfaire, puisqu’il n’avait rien. Pour étoffer leurs conversations il lui racontait des morceaux de son lointain passé, des cailloux qu’il avait voulu enfouir et qu’il extirpait maintenant de sa mémoire. Son enfance auprès d’une mère psychiatriquement dérangée et d’un père immensément riche mais absolument radin, qu’il ne voyait jamais. Une adolescence nourrie de l’érudition jésuite, pléthores de voyages et immersion dans les langues étrangères, un métier qu’il avait jadis exercé et qu’elle pensait qu’il exerçait toujours, un appartement acheté dans le 16ème.

Comment aurait-elle pu soupçonner que les pièces récoltées dans le métro servaient à lui offrir des verres, qu’il désertait certains coins de crainte qu’elle ne le surprenne, qu’il parlait d’objet rares quand il devait voler ses chemises et traîner les bains public de Paris ?!

Le Naufrage (1)

Ecrit par Anne Gosztola , le Vendredi, 22 Juillet 2011. , dans Ecriture, Nouvelles, Chroniques Ecritures Dossiers, La Une CED

Il était là, le corps posé sur un banc, l’esprit noyé par le flot du va-et-vient qui heurtait ses vieilles chaussures italiennes éculées, reste d’un temps où l’argent ne signifiait rien d’autre que l’habitude. Il restait là, aujourd’hui sans attache, dépossédé, errant, pour un coup de gueule qui avait pris de l’importance, trop, un écart de conduite qui avait débordé, qui l’avait renversé, englouti. Un mariage qui se fane, la perte de l’emploi, les dettes qui s’accumulent, que l’on tente de noyer sous l’alcool et la fête, la justice rencontrée, des comptes à rendre devant lesquels on se défile et la prison. On ressort, non pas blanchi, mais traînant la marque, le stigmate qui écarte les anciennes connaissances. Puis les foyers, lorsque les logements, même sociaux, de Paris vous ferment leurs portes, les asiles psychiatriques, parce que l’on se met à hurler en pleine rue ne rien comprendre, que ça vous prend comme ça, sans raison, que les paroles, les actes, que tout se mélange dans la tête. Et enfin la rue et la peur, et ces copains de galère que l’on apprend à côtoyer parce que le groupe laisse moins de place au risque. « La destinée ! » comme il se le répétait aujourd’hui.

Il l’avait croisée par hasard, cette fille connue dans un jeu de rôle grandeur nature il y avait de cela plus de trois ans. Elle l’avait reconnu, pensé qu’il attendait la rame, s’était assise près de lui, tendu sa joue et son sourire, sans imaginer un instant que le temps peut creuser fossés entre les existences. « Moi c’est Marie. Tu te souviens de moi ? Toi, c’est Henri, je crois… ». Et, sans doute pour tuer le temps, il l’avait, tout autant par hasard, invitée à boire un verre.

L'immobilité

Ecrit par Didier Ayres , le Jeudi, 21 Juillet 2011. , dans Ecriture, Chroniques Ecritures Dossiers, La Une CED, Récits

Ou la deuxième promenade


Déambuler, voir, revenir, revoir. Et cette fois-ci, le bâtiment comme une arche échouée, un vaisseau de science-fiction, la nef d’un manga, un bateau ivre arrêté ici. Oui, le squelette d’un tyrannosaure, l’armature d’un animal géant. D’autant plus que les charpentiers sont couleur citron, et comme de petits Play mobil. Puis cette impression me quitte, au profit d’un pur discours, d’une parole tenue par l’organisation des maillages d’acier, et, là, comme une virgule, la première charpente latérale du toit. Cependant, en m’approchant, ce que je prenais pour une virgule, devient un V, et très vite, un idéogramme, car sous l’étiage, se trouve une sorte de Y, fait du même bois clair, peut-être du mélèze, je ne sais pas. Je suis ainsi en Orient, dans la figuration d’un alphabet inconnu. Je regarde longtemps la minutie de l’arrimage de la structure. C’est la patience voulue de cette activité, qui me surprend. J’aurais refusé de m’attarder pour autre chose, mais, ici, je vois, je regarde, j’observe longuement, pris moi aussi par la lenteur de l’opération. La patience est à l’œuvre. Le petit homme couleur oranger, celui qui guide l’opération, gâche apparemment un temps précieux. Mais, ce n’est que l’apparence d’une perte ; le gain est supérieur.