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Ecriture

l'Arbre aux secrets -5

, le Dimanche, 24 Avril 2011. , dans Ecriture, Ecrits suivis, Chroniques Ecritures Dossiers, La Une CED

Chapitre VI


Rose revint le lendemain à la clairière, et le surlendemain. Mais pas de Victor. L’état de sa mère n’empirait pas. Il ne s’améliorait pas non plus. Quelquefois, elle restait prostrée des heures entières. Quelquefois elle chantonnait. Elle sortit même un peu dans le jardin. Un soir, elle prit de l’encre, du papier, un pinceau fin et se mit à dessiner comme avant. Comme avant. Cela paraissait si lointain à Rose. Mais avant, c’était quoi ? Il y a quelques jours, quelques semaines. Ou il n’y avait pas de « avant ». Le mal venait de plus loin. Toujours, le petit garçon grimaçant dessiné à l’encre de chine s’était caché sous les couleurs vives. Les cauchemars des nuits sous les rêves des jours. Sa mère avait vécu avec, jour après jour, repassant au petit pinceau en jaune, en vert et en rouge les feuillages sombres, les troncs noirs. Le renard caché dans la forêt, avec sa langue rouge, qui, tout à coup, pointait les oreilles et ne voulait plus rentrer dans son terrier.

Azad et les Rolling Stones

Ecrit par Guy Donikian , le Dimanche, 24 Avril 2011. , dans Ecriture, Nouvelles, Chroniques Ecritures Dossiers, La Une CED


Ce sont mes joues qui ne me plaisent pas. On dirait un hamster qui aurait fait des provisions, beaucoup de provisions comme pour passer un hiver rigoureux. Des joues grosses comme ça, ce n’est pas ce qu’on fait de mieux, et pourtant mon grand-père Iskender semble très fier de ce signe de bonne santé. Et puis, avec la tronche que ça me fait, comment devenir un chanteur de rock. Seul point positif, mes cheveux ; ils commencent à pousser, leur longueur est presque celle de mes maîtres et je vois bien qu’avec des cheveux plus longs, les rondeurs pitoyables de mes joues s’estompent quelque peu. J’ai horreur des cheveux plaqués sur le crâne, et le volume que je commence à avoir me plaît bien. Je m’observe souvent dans une glace, et en passant ma main dans ma chevelure, j’augmente un peu plus le volume et je me trouve plus esthétique, je crée comme ça un désordre dont parfois on se moque autour de moi. Mais franchement, autour de moi, dans ma famille, qu’est-ce qu’ils connaissent à l’esthétique, eux qui sont issus de contrées dont on ignore tout.

L'arbre aux secrets - 4

, le Dimanche, 03 Avril 2011. , dans Ecriture, Ecrits suivis, La Une CED

Chapitre V

 

Regardant sa mère, après le déjeuner, piquer distraitement du bout de sa fourchette sa part de tarte, Rose ne pouvait se sortir cette phrase de l’esprit : « À la fin les enfants furent bien punis ». Elle commençait à comprendre ou du moins à entrevoir ce qui avait pu se passer. Un garçon dont les autres se moquent, sa mère y compris, à contrecœur peut-être, sans doute parce qu’elle n’ose pas le défendre. Ou parce que, comme les autres, elle le trouve bizarre. Ou peu importe. On se moque du garçon, on le rejette, on le laisse seul, en classe, dans la cour, au village. Dans la forêt. Les enfants du village devaient se retrouver dans la forêt, au printemps, après la classe, pendant les vacances d’été. Le garçon les suivait. Parce qu’il aimait la forêt. Parce qu’il voulait jouer avec eux. Ou parce qu’il habitait dans la forêt.
Il habitait dans la forêt…
Et puis, un jour, quelque chose se passe. Un accident. Une plaisanterie qui tourne mal. Dans la clairière. Dans l’arbre creux. Alors le regret, le remords. Toute la vie. Toujours.
C’était ça ?

Carnets d'un fou - 8

, le Dimanche, 03 Avril 2011. , dans Ecriture, Ecrits suivis, La Une CED

CARNETS D’UN FOU
VIII.


par Michel HOST
Le 27 mars 2011

Rétrospectivité / Prospectivité / Objectivité / Subjectivité / Invectivité / Perspectivité / Salubrité

« Un journal n’est plus fait pour éclairer, mais pour flatter les opinions ».
Balzac, Les Illusions perdues

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La Chanson des fous

Ecrit par Zoe Tisset , le Jeudi, 24 Mars 2011. , dans Ecriture, Création poétique, Chroniques Ecritures Dossiers, La Une CED

Je voudrais faire entendre la voix de celui qui s’est perdu.

Je voudrais qu’elle scintille dans la nuit et dans le jour. Qu’elle dise ce que personne n’a voulu écouté.

Cette voix est le fil d’une vie échouée aux portes de la raison. Je n’ai pu franchir le seuil pour aller la rejoindre, elle n’a pu non plus faire raisonner son chant à mes oreilles.

Je suis restée seule dans les méandres des gens qui savent et qui raisonnent.

Ma propre voix s’est perdue alors en moi, elle est devenue un point incandescent qui le matin me réveille comme une braise mortifère.

Aujourd’hui, je veux reprendre cette voix et la faire grandir, épaissir de toutes les voix de ceux qui sont ailleurs, là-bas.

Qui sont-ils ? Sinon des gens du voyage. Ils sont partis loin, très loin. Leur contrée n’appartient à personne, elle est inaccessible et majestueuse mais combien dangereuse.