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Ecriture

Comic Boulevard

Ecrit par Laurence Pythoud Grimaldi , le Jeudi, 01 Décembre 2011. , dans Ecriture, Nouvelles, Chroniques Ecritures Dossiers, La Une CED

Nouvelle

 

Il avait donné rendez-vous à sa maîtresse au bar de cet hôtel, pour un ultime tête à tête, mais son épouse avait court-circuité leur rencontre et s’était interposée sans prévenir. Coup de théâtre, arrangé ou fortuit, l’amante ne sut que penser. Ce coup était de toute évidence malsain. Alors elle se leva et, abandonnant le couple légitime à son propre piège, s’extirpa de ce plan de dupes.

Dehors il commençait de pleuvoir. C’était la fin de l’automne, et l’après-midi se précipitait dans la nuit. Comme son histoire d’amour.

Avait-il réellement convoqué sa femme pour avoir le courage de rompre avec sa maîtresse, en faisant ainsi allégeance à sa moitié ? Ou était-ce elle, qui l’avait suivi et s’était imposée entre eux ? Ce qui est sûr, c’est que leur liaison avait éclaté au grand jour depuis quelque temps déjà ; l’épouse ayant surpris leur conversation téléphonique alors même qu’il s’apprêtait à rejoindre celle qu’il aimait pour une nuit à Ravello. Depuis il demeurait bloqué dans une impasse, terrifié à l’idée de tout perdre : sa maîtresse, ou son mariage (sa femme était prête à faire un scandale) ; l’immobilité le faisant plutôt pencher du côté du confort social. Schéma vénal classique. Cependant l’amante ne pouvait y croire. Elle l’aimait.

Sous la coupole spleenétique du ciel (17)

Ecrit par Daniel Leduc , le Mercredi, 30 Novembre 2011. , dans Ecriture, Ecrits suivis, Chroniques Ecritures Dossiers, La Une CED

Avant, il y a l’eau.

Après, il y a l’eau ;

durant, toujours durant.

Edmond Jabès

De la marée montante et descendante, il y a ce mouvement de danse qui donne à la pensée l’irisation du clair de lune. Ce qui va devient, ce qui vient s’en va, une outre pleine et vide assouvit chaque instant.

L’eau nous porte jusqu’aux rives de l’eau, comme il en est de la lumière qui s’éclaire elle-même.

Ce sont les océans qui font les fleuves, les fleuves les rivières, les rivières les ruisseaux. De même que la pensée fait la phrase, et la phrase le mot. De même que le geste est une main qui se décline en signes.

C’est ainsi qu’on remonte à la source, qu’on se souvient des origines. De cette première lueur sans laquelle

rien

ne saurait être

fluide.

Suites à Miami (8 et fin)

Ecrit par Jean-François Chénin , le Mardi, 29 Novembre 2011. , dans Ecriture, Ecrits suivis, Chroniques Ecritures Dossiers, La Une CED


130.    A Miami, les distances sont des points d'horizon, lentement rapprochés les uns des autres jusqu'à être là. Jusqu'à devenir là. Des distances pourtant qui ne sont pas partagées. En bas, dans l'ombre, un lent ressac à peine entendu, à peine venu au monde, hante l'air de son frôlement lancinant.


131.    A Miami, je suis au milieu de ma nuit, me réveillant. La vie va de proche en proche. Et sur la nuit qui vient, le rêve joue de bas en haut. Cette femme ne néglige rien, ni le silence, ni cette petite musique du fond du cœur qui remonte à la surface. Souvent je me souviens de ce qu'elle me donne.


132.    A Miami, le jour file du bleu au gris, du gris au noir, soudainement redevenu bleu franc, dans une alternance de mat et de brillant, de fondus enchaînés sur les liserés des vagues, de traits tirés de haut en bas du ciel, lentement estompés avec des saillies brûlantes d’organdi mauve. Puis le ciel s’affaisse d’un coup.

Sur un air de Jazz

Ecrit par Emile Eymard , le Vendredi, 25 Novembre 2011. , dans Ecriture, Nouvelles, La Une CED

"Nouvelle extraite du recueil "Le bois vert et la cendre" Editions L'Harmattan

Il joue du piano, Johnny, au Grisbi. Ce soir encore, personne n’a écouté Johnny. Rue Saint Denis, il rentre chez lui. Salut Johnny, disent les filles sur le trottoir. Nuit trouble, pluie grise, murs moites, portes obscures et muettes, rideaux de fer tirés, voitures et passants gondolés, Johnny a le blues. Ses  doigts plaquent sur sa jambe droite des notes bleues, au rythme d’un pas qui lézarde. Mélodie exsangue.

37, rue Pierre Nicolle, chambre de bonne au septième majeur augmenté, souffle coupé, palier enténébré, qu’a-t-il fait de sa clé ? La porte s’ouvre sur sa cage. Grand lit, petite table et sa chaise, lavabo, fenêtre sur cour. Le miroir au tain cerné renvoie l’image de son visage brouillé. Des gouttes  picotent la vitre. Ses doigts sur la petite table pianotent le chant de la pluie. Vagues les yeux, troubles les pensées, solitude en bémol, il baille en silence.  Nuit blême, rêves gris, doigts qui flânent, rythme qui musarde, rage de n’être ni Count Basie ni Fats Waller.

Boulevard Saint Germain. Immeuble cossu, appartement grand comme vingt chambres de bonne. Julie, deux leçons de piano par semaine.

Non, Julie, pas de Chopin aujourd’hui, du Bach. Une fugue, très simple, tu verras. Du jazz plus tard. Bach t’aidera. On y va, attention à la mesure. Fais  sortir les voix. Tiens-toi droite, sans crispation.

Sous la coupole spleenétique du ciel (16)

Ecrit par Daniel Leduc , le Mardi, 22 Novembre 2011. , dans Ecriture, Ecrits suivis, Création poétique, La Une CED

Work in progress

 

L’univers de cette nuit a l’amplitude

de l’oubli et la précision de la fièvre.

Jorge Luis Borges

Le sommeil est un état aux frontières du péril, s’abandonner dans la transfiguration des cartes et des tours [réussites échecs], peupler sa nuit d’irradiations natives des lieux affranchis, des passages contournés, des voies sans voyages.

Le sommeil nous contourne.

Vrille trace et creuse.

Que le réveil soit champ

compulsé

de vraies éclaboussures.