Identification

Ecriture

Le sens du temps

Ecrit par Jean Bogdelin , le Samedi, 17 Mars 2012. , dans Ecriture, La Une CED

Il crut percevoir obscurément que le passé est la substance dont le temps est fait ; c’est pourquoi celui-ci se transforme aussitôt en passé.

Jorge Luis Borges –L’Aleph


A côté du temps réel dans lequel nous vivons, il y a le temps imaginaire, en vogue en cosmologie pour dénouer certaines situations appelées singularités, où les lois habituelles ne s’appliquent plus.

« Si l’on avance dans le temps imaginaire, on doit être capable de faire demi-tour et de revenir », cas de figure non prévu évidemment par la flèche psychologique du temps. Ce n’est pas une citation prélevée dans une nouvelle fantastique, mais dans la Brève histoire du temps de Stephen Hawking, physicien renommé, qui occupe la chaire de Newton à l’Université de Cambridge.

L’auteur ne craint pas de donner un exemple saisissant de temps imaginaire, celui qui règne dans un trou noir, là où finit toute forme de matière, tombeau naturel d’étoile morte comme chacun sait. Mais pas seulement. Car dans le trou noir disparaît aussi toute forme de matière passant à proximité et la lumière elle-même.

La pluie n'a pas cessé

Ecrit par Pierre-Jean Baranger , le Mercredi, 14 Mars 2012. , dans Ecriture, La Une CED, Récits


Texte sélectionné par la Cause Littéraire sur Ipagination


La pluie n’a pas cessé, durant toute la journée. Je suis resté calfeutré chez moi, regardant les arbres ruisseler comme au sortir d’un bassin, le vent poussant de sombres nuages gris et noirs, venus du nord. Rien d’extraordinaire dans cela, rien d’autre que la contrariété de n’avoir pu aller faire ma promenade dominicale, me menant de la ligne de crête des hautes forêts, jusqu’à tout en bas, jusqu’au bord de la rivière brune, qui charrie encore une eau forte, poussant au-dedans d’elle les minuscules lambeaux du pays de Millevaches, ce haut plateau qui lui sert de genèse, de source. Alors, il me reste le soir pour m’évader, blotti sur mon fauteuil, oubliant le vent qui fait claquer les volets et geindre les courants d’air. Il me reste le soir et mon livre, le livre commencé la veille et qui, déjà, a tressé des liens avec moi, m’enlaçant pour la ronde des mots, celle dont je ne me défends jamais, me contentant d’être heureux lorsque je deviens le cavalier de ces aventures auxquelles un livre me conduit.

Sous la coupole spleenétique du ciel (31)

, le Mercredi, 14 Mars 2012. , dans Ecriture, Ecrits suivis, Création poétique, La Une CED

Ce sont les mots les plus discrets qui apportent l'ouragan,

des pensées mènent l'univers qui viennent à pas de colombe…

Nietzsche

 

L’homme ne disait rien. Rien d’autre qu’un peu.

Il accomplissait des gestes, réflexes. Se tenait sur ses gardes. Comme on tient à son / gîte.

D’une jambe à l’autre, il oscillait sur le plancher. Ses dents grinçaient / peut-être. Était-ce

comme des spasmes mémoriels ?

Là, était l’homme. Gîte sur le flanc.

Et l’autre homme écoutait / qu’un peu : c’était un psy, à la puissance, carrée. Écoutait l’homme un peu.

De son silence.

Keyta ou la fuite du papillon (1). Là-bas

Ecrit par Alexandre Muller , le Lundi, 12 Mars 2012. , dans Ecriture, Nouvelles, La Une CED

 

Elle se glisse dans l'obscurité comme un prisonnier en cavale, à pas furtifs, un maigre paquetage par dessus l'épaule. Elle est en fuite mais avant de quitter définitivement la région, une halte s'impose. Y revenir, une dernière fois, « Là‑bas ».

On n'a pas toujours besoin de lumière pour voir, heureusement pour Keyta, ses jambes connaissent par cœur le chemin. Même à l'aveugle son pas est sûr, lui laisse toute attention pour détecter les dangers aux alentours.

Le calme règne, sur sa route personne, rien que le silence embarrassé d'une nuit honteuse.


« Là‑bas », il n'y a qu'un carré de terre fraichement retournée. Un carré de la superficie d'une hutte cérémonial au bord duquel Keyta s'arrête et s'incline.

Prier, debout, à genoux. Disposer des objets sortis de son sac, d'un bocal de verre. Les déplacer entre quelques psaumes doublés de paroles magiques. Sa grand’mère y connaissait quelque chose en magie. Le rituel enseigné est respecté à la lettre. A l'exception des cinq bougies placées en demi cercle, éteintes, car la lumière l'expose.

L'Arabe et le vaste pays de Ô (chapitre 8)

, le Dimanche, 11 Mars 2012. , dans Ecriture, Nouvelles, Ecrits suivis, La Une CED, Bonnes feuilles

 

Quitter Dieu, en tombant d’un avion, est aussi difficile que de quitter une femme aimée mais avec la panique en plus et la rêverie en moins. Le jour, je regardais le monde en face comme on regarde un père qui vous a menti, mais la nuit, j’avais peur et je revenais prudemment vers mes croyances pour ne pas céder à la panique. Même aux heures les plus audacieuses de mon insoumission, je récitais mes prières avant de m’endormir dans le noir. Je le faisais au seuil des W.C, dans les maisons vides et aux premiers pas de la journée en allant vers mon travail. C’était ainsi : j’avais beau avoir raison, je n’en avais pas le courage final. J’étais cependant bel et bien piégé : sans issue, ni vers les miens, ni vers Le vaste pays de l’Occident. J’étais sur une île dessinée patiemment à la main mais presque jamais foulée du pied. Le comble ? Vous ne pouvez rien pour moi. Ni hier, ni aujourd’hui, ni demain. Sur l’île de sa cavale, le pauvre Vendredi ne devra son destin qu’au besoin insolent de son maître d’avoir autre chose à fréquenter que son propre écho. Robinson, dans ce cas-là, a été sincère : sa première histoire commence par une désobéissance parentale, la seconde par un naufrage et la dernière par son besoin de remplacer son perroquet sinistre, avant de nous servir son récit sur l’âme d’un Vendredi en attente du Salut et du pantalon.