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Ecriture

Sous la coupole spleenétique du ciel (38)

Ecrit par Daniel Leduc , le Mercredi, 02 Mai 2012. , dans Ecriture, Ecrits suivis, Création poétique, La Une CED

 

 

Voilà de nouveau la fiction dans tes propos, cette fiction plus factuelle que la véritable réalité.

Tu te racontes ainsi, non par la tromperie, mais par l’affabulation qui conte son évidence.

« La fable ! cries-tu, la fable ! c’est elle qui nous instruit sur l’Homme ! C’est par elle que l’on aborde les rives encore indomptées de nos îles ». Et tu beugles tous ces mots qui débordent.

Et le silence est un diable aux mille verges.

« Il faudra se battre, pour ne plus se faire battre ! »

La distance est pour toi la familière rebelle. Celle que l’on cherche, qui s’écarte ; que l’on connaît comme l’errance qui, toujours, retourne au domicile…

 

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Sous la coupole spleenétique du ciel (37)

Ecrit par Daniel Leduc , le Mercredi, 25 Avril 2012. , dans Ecriture, Ecrits suivis, Création poétique, La Une CED

L’arbre nous grandit chaque fois que nous touchons sa forme, d’un authentique regard.

J’ai grimpé sur un chêne millénaire, me suis glissé entre ses branches, devenant branche moi-même ; au cœur de ce houppier, la mort que nous portons dans l’os, je l’ai dévoilée, comme une écorce, comme un picot, tranchant.

C’est le tronc qui me donne la droiture de paraître ; ces noueux arcanes qui délient la lumière, ainsi vont les feuilles, comme écrites par le vent ; c’est l’aubier dans le tronc, qui préserve ; le cœur est un emblème.

Et je gravis de branche en branche, me grav(iss)ant moi-même ; et la cime, sur la pointe de la sève, m’enracine

dans une échappée d’ailes.

L’arbre

est un flamant.

 

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L'Arabe et le vaste pays de Ô (Chapitre 11 et Fin)

Ecrit par Kamel Daoud , le Dimanche, 22 Avril 2012. , dans Ecriture, Nouvelles, Ecrits suivis, La Une CED

Pour ma part, j'ai arrangé ma vie comme je l’ai pu après ma chute : je me suis fabriqué un arbre, une chaise, une télévision et un palmier.

Quelque part, j’aime à me raconter des histoires comme celle du supposé sac à grains qui sert à Robinson pour renouer avec les ferveurs des fermiers de son siècle sur l’île, après l’avoir récupéré dans l’épave. Quant à moi, le sac aux grains ne me sert  rien : je n'ai pas de champ ni la volonté de faire des récoltes. Je ne fais rien sur cette île, je ne fortifie aucun mur, n'élève aucun bétail. Je regarde parfois le ciel et le trouve encore plus nu que moi. Je n'y cherche même pas Dieu, même si parfois, j'entends les pas d'un errant derrière mon dos et crois entendre mon nom prononcé dans des recoins invisibles. Souvent pour reprendre encore une fois cette histoire depuis son début, je m’empare de mon exemplaire du Coran et essaye d'y lire plus que ce qu’y relit ma race depuis des siècles. En vain pour le moment. Sans l'homme blanc, l'histoire de l'île est trop courte pour retenir l'attention : un sauvage y débarque avec les siens. Soit il se sauve puis meurt d'ennui ne sachant rien fabriquer de ses mains, soit il n'échappe pas à ses frères qui le dévorent. Dans tous les cas, sans l'homme blanc, il s'agit d'une histoire qui n'en est pas une. L'histoire est unique et ne peut se dérouler sans Robinson : c'est pourquoi Vendredi ne peut écrire un journal, sauver son âme, retrouver son Dieu ou apprendre tout seul à porter un pantalon. Son aventure est impossible parce que justement on ne peut la comprendre, ni la raconter, ni la concevoir, ni s'y projeter.

Sous la coupole spleenétique du ciel (36)

Ecrit par Daniel Leduc , le Mercredi, 18 Avril 2012. , dans Ecriture, Ecrits suivis, Création poétique, La Une CED

Le vent boulonne, brabille, bersécute ; s’ancre dans le tourbillon des paroles.

Sur la surface des vagues, des rafales grimpent sur l’échelle de Beaufort ; et les rides s’amplifient pour devenir crevasses.

Sur les eaux du Pacifique, El Niño et La Niña bourlingueront peut-être ensemble. Le chant des alizées rejoindra-t-il celui des lamantins ?

Nordet et Suroît accoupleront leurs sens, dans un contre-sens, valsant.

Il y aurait du Sirocco dans le Simoun, du Ponant dans l’Harmattan.

Le Khamsin devient Levêche ; le Chinook devient Squamish.

Et le Foehn ; que devient-il, le fun ?

La couche d’ozone, dans ses trouées, prend le soleil…

tandis

que sourdent

des molécules –

d’indifférence…

Keyta ou la fuite du papillon (6). Fin du périple

, le Mardi, 17 Avril 2012. , dans Ecriture, Nouvelles, Ecrits suivis, La Une CED

Keyta n'a aucune difficulté à se faire embaucher sur un de ces bateaux qui remontent le fleuve Labhiandare. L'entreprise touristique cherche continuellement de la main d'œuvre peu onéreuse pour multiplier exponentiellement les profits.

Le recruteur jette tour à tour des coups d'œil rapides sur la lettre de recommandation et sur la carte d'identité falsifié avant d'étudier avec concupiscence visage, poitrine et fessier de la candidate. C'est un homme blanc, gras, au faciès tâché de vin. Keyta se sent morceau de viande. En définitive elle signe un contrat, endosse la tunique entrepreneuriale, embarque le sceau, le balai et la serpillière qui lui sont impartis et prend ses quartiers, en bas de cale à proximité des salles de machines. Sa cabine étroite, bruyante pue le fuel.


Les journées de Keyta s'écoulent entre ménages et mépris. Du haut en bas du navire, elle nettoie. Les touristes, quand ils ne l'ignorent pas, s'adressent à elle en petit nègre ou par gestuels. Qu'un toutou bien toiletté chie sur le pont, son maître claque des doigts pour qu'elle ramasse la fiente. Qu'un WC soit bouché, que des draps soient souillés, qu'un plat soit renversé, claquements de doigts et petit nègre.