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Ecriture

L'Arabe et le vaste pays de Ô (chapitre 3)

Ecrit par Kamel Daoud , le Vendredi, 13 Janvier 2012. , dans Ecriture, Nouvelles, La Une CED, Bonnes feuilles

Trois


Lorsque je voyage par les airs, je n’ai jamais confiance. Je m’y sens beaucoup trop proche de Dieu et de son ciel pour ne pas être proche de la mort. « Lorsqu’on quitte le sol, on est certain de ne pas y revenir en un seul morceau », me disent tous mes ancêtres. C’est une loi que ressasse chaque indigène né dans ces sortes de pays qui n’ont pas inventé le transport par les airs, sauf pour les anges et les esprits. Je me rappelle que ce voyage-là était le plus long de toute ma vie : un voyage tellement long qu’il se devait de finir par une révélation, et lentement me transformer en pèlerin, en homme fortuné ou en marchand d’objets inconnus. C’était la première fois que je prenais l’avion pour traverser non seulement la terre, la mer mais aussi le temps : je partais vers l’Amérique, c’est-à-dire vers ce côté du globe où il fait jour pendant que sur les miens il fait nuit. Je sautais, en quelque sorte et scientifiquement, une journée entière dans les calculs de Dieu, et je pouvais déjà me perdre entre deux pages de son livre de comptes. Étiré à l’infini comme une lettre arabe qui ne veut pas fermer sa bouche, je glissais hors des doigts de Dieu et profitais de cette parenthèse des latitudes courbées pour échapper à sa loi du retour rectiligne, tracé entre le moment de la naissance et celui du repentir, face contre terre, les mains ouvertes pour illustrer le désarmement.

Les jours s'allongent ...

, le Jeudi, 12 Janvier 2012. , dans Ecriture, Création poétique, La Une CED





 

Les jours s’allongent un à un et peu à peu

La nuit s’enfuit. La nuit, la noire, la parfaite.

Va mourir, va, va-t’en, fais de la vie un jeu

Où les enfants d’hier te mangent sur la tête.

Sous la coupole spleenétique du ciel (23)

Ecrit par Daniel Leduc , le Mercredi, 11 Janvier 2012. , dans Ecriture, Ecrits suivis, Création poétique, La Une CED

 

Par sa gestuelle le conteur offre ce qu’il ne sait conter, c’est-à-dire toutes les formes sourdes à la prononciation.

Je ne sais pourquoi je l’ai suivie / je ne saurais dire si c’était un tangage, un parfum, l’intonation d’un souffle / peut-être le crépitement des talons sur le trottoir / ce déhanchement de silhouette / cette pénétration dans l’air / je l’ai suivie /

à la porte de son immeuble / comme se tournant sur elle-même / « voulez-vous me suivre encore ? » /

j’ai répondu comme un silence / synapses / interrompus ? /

« c’est ce que j’aime » / dit-elle / « dire tant de choses en se taisant. »

Décortiquant ses mythes le conteur mitonne un repas / pour la pitance des mots.


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Poème, Jérôme Pergolesi

Ecrit par Jérôme Pergolesi , le Samedi, 07 Janvier 2012. , dans Ecriture, Création poétique, La Une CED

 

 

 

 

L’aube s’émiette sur la terrasse

en pente le café n’est pas bon mais

il me sourit le reflet dans le bol

jaune qui cherche encore et sort

de l’espace entre mes mains

le parfum qui te suit

Sous la coupole spleenétique du ciel (22)

Ecrit par Daniel Leduc , le Mercredi, 04 Janvier 2012. , dans Ecriture, Création poétique, La Une CED


Ne serait-ce pas le timbre, qui colle à la voix ? Qui l’envoie heurter, avec adresse, le mur du soi ? Cette texture sonore - harmoniques et partiels - ce vibrato dont l’intensité fluctue, selon l’air et le temps ?

Je ne chanterai plus les ombres sur la colline,

ni le bouvreuil sur la meule de foin,

ni la plainte des poutres le soir avant l’hiver,

ni les noix qui tombent comme des pas sur la bourbe,

ni l’odeur du bétail qui beugle comme une tornade ;

je ne chanterai plus les venelles de la ville,

ni le sang des pavés de ces anciennes révoltes,

ni les petites échoppes où rouille tout un passé,

ni le square aux arbustes feuillus de cris d’enfance,

ni la fontaine dans la rue des ormeaux,