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Eaux mortelles, Nicolas Grumel

Ecrit par Martine L. Petauton 20.07.12 dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Roman, Editions Kirographaires

Eaux mortelles, 2012, 242 p. 19,45 €

Ecrivain(s): Nicolas Grumel Edition: Editions Kirographaires

Eaux mortelles, Nicolas Grumel

 

Kirographaires nous offre de ci, de là, de petites pépites, surprenantes à l’envi, passionnantes – on se jette dans le livre comme dans l’eau fraîche – fantastiques, souvent. Eaux mortelles est de celles-là ; ne passez pas l’été sans ce livre, qui, dès sa photo de couverture, inquiétante à souhait, vous pose au pied de la rampe de lancement prête à décoller pour ailleurs.

Âmes sensibles, s’abstenir ; ça secoue, ça malmène dans ce voyage-là ! «  Zigzag s’approcha du cadavre carbonisé. Pourquoi avoir sorti 500 dols ? Le charlatan savait que, depuis la catastrophe, la monnaie n’avait plus de valeur. Tous les survivants le savaient »...

Le brave gars Zigzag, qui, dans sa vie antérieure, n’en demandait pas tant, se retrouve à errer dans une ville «  d’après tout » ; un peu Hiroshima, mi «  Soleil vert », mi «  La planète des singes », ces derniers en moins, cependant. Un métro-univers glauque (Luc Besson aimerait) ; des rats mutants, de la peur qui rôde au kilo, distillée là où il faut ; rien à boire de potable, des bandes à faire frémir : « les Mostra Dark, c’était le pire des gangs que la catastrophe eut engendré ; même les Dash 3 s’écrasaient face à cette horde sauvage ».

On croise des esclaves, des résistants, des survivants ; on pourrait être dans un flamboyant Manga, où pétaradent armes automatiques et motos hurlantes, comme à L.A . Ce pourrait être aussi une chouette bande dessinée pour l’été, avec en couverture, un visage de femme-araignée «  aux longs cheveux noirs »... et, pourquoi pas, un formidable «  auto-moto » ( la passion de l’auteur) tout en vrombissements savants, habillé à la littéraire, ce qui, convenons en, est des plus rare  : «  Zigzag s’amusa des escaliers, comme d’un parcours de trial ; debout sur les cale-pieds, en équilibre, il testait la machine... »

Oui, mais, voilà ; c’est tout simplement de la littérature ! Construction, développement, personnages, décor ; ça tient la route, bien autant que les fascinantes motos qui tiennent le haut du pavé dans la cour des personnages.

Mieux encore : comme dans ces jeux de glaces qui hantent les fêtes foraines ; le même visage ;  mille facettes, et au bout méconnaissable ; « Eaux mortelles » peut être vu – hasard ou volonté ? Comme de multiples clin d’œil à des chef d’œuvre de la littérature, ou du cinéma. Cela pourrait être en soi, du reste, un joli jeu de piste guidant la lecture du livre. Un hommage, un amour pour la littérature noire américaine, d’abord ; goût marqué pour ses décors, ses outrances, ses personnages. Sans, toutefois que Nicolas Grumel ne se prenne au sérieux ! Les allergiques au sang qui gicle sont priés de tourner la page ; ça dégouline et ça dépèce avec force détails ; mais l’allusion au «  dahlia noir » de James Ellroy, n’est rien d’autre pour l’auteur qu’un hommage, en pinçant juste le bout de la casquette. La première partie du livre, qui a ma préférence enthousiaste, nous ramène à l’atmosphère unique et angoissante du « Hussard sur le toit », de Giono, hanté par le choléra : «  il squattait chaque soir un logement différent afin de se protéger des intrus. C’était facile, il n’avait pas besoin de frapper avant d’entrer dans les appartements ; il suffisait d’en trouver un sans cadavre »...

Quant à : «  les moteurs stoppèrent dans un sifflement de carnaval. La vapeur suffocante envahissait la station. Un grand type en salopette de travail descendit du marchepied. ». Facile ! Est ce seulement El Conduttore, le personnage le plus attachant du bouquin ; celui  qui rattache à l’Humanité ? Ou bien Gabin, descendant de sa loco dans «  la bête humaine »?

Plus tard, on croisera des cachots dignes de «  L’aveu » ; certains snipers échappés de documentaires sur Sarajevo.

L’écriture est nerveuse, à l’image des motos – elle est pour beaucoup dans la réussite du livre ; n’en rabattant jamais sur les précisions. On rit aussi dans toutes ces catastrophes, protégés de la terreur par le sympa Zigzag (ouf, à la fin, il remonte sur sa moto !) et par le parti pris de non sérieux qui fait du bien : «  deux bras, aussi fermes que les mâchoires d’une pince à béton, le plaquèrent au sol. Le troisième ligne l’aplatit comme une pâte à pizza sur le revêtement farineux de la station »...

De belles heures de lecture ; un dépaysement décapant ; à consommer sans modération, en buvant un quart d’eau minérale ; vous la trouverez forcément, particulièrement savoureuse !

 

Martine L Petauton


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A propos de l'écrivain

Nicolas Grumel

Journaliste à «  moto magazine », Nicolas Grumel a publié un recueil de poésie urbaine. «  Eaux mortelles » est son premier roman.

 

A propos du rédacteur

Martine L. Petauton

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Rédactrice

Responsable du comité de rédaction

 

Chargée des relations avec les maisons d'édition

Présidente de l'association "Les amis de la Cause Littéraire"

Martinelpetauton@lacauselitteraire.fr

 

Professeure d'histoire-géographie

Rédactrice en chef du Webmag "Reflets du Temps"

Auteure de publications régionales (Corrèze/Limousin)