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Du sang sur l'autel, Thomas H. Cook

Ecrit par Yan Lespoux 22.09.12 dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Polars, USA, Points

Du sang sur l’autel (Tabernacle, 1983), trad. (USA) Madeleine Charvet, Seuil, Points Policier, septembre 2012, 467 p. 7,90 €

Ecrivain(s): Thomas H. Cook Edition: Points

Du sang sur l'autel, Thomas H. Cook

 

C’est la réédition (avec une traduction revue) d’un roman de 1983 et paru en France en 1985, à la Série Noire, que nous proposent aujourd’hui les éditions du Seuil, en format poche. C’est que Thomas H. Cook, malgré des romans assez marquants édités en France entre les années 1980 et le début des années 2000 (Les rues de feu ou encore Interrogatoire), n’a commencé à connaître un véritable succès critique et public chez nous que depuis quelques années.

Pourtant, Du sang sur l’autel, troisième roman de l’auteur, vient nous montrer que le talent n’attend pas forcément le nombre des années et que Cook, au début des années 1980, se révélait déjà être un auteur singulier de romans noirs.

C’est à Salt Lake City que Thomas H. Cook ancre l’action de son roman. Là, un homme perpètre une série de meurtres qui mettent la ville en émoi. Si la première victime, une prostituée noire, ne semble pas intéresser plus que ça la police à l’exception de Tom Jackson, un enquêteur originaire de New York, les suivantes, un journaliste et deux membres éminents de l’Église mormone, mettent la communauté sens dessus dessous.

Et la police locale et ceux qui la dirigent et la composent en grande partie, c’est-à-dire des mormons, oscillent entre le désir de coincer un meurtrier perçu comme l’incarnation des persécutions subies par leur religion depuis sa création, et la tentation d’enterrer certains aspects de l’affaire qui pourraient être essentiels à sa résolution mais aussi embarrasser l’Église.

L’intrigue en elle-même paraîtra sans doute cousue de fil blanc au lecteur habitué à lire des romans policiers, d’autant plus que Cook sème allègrement les indices dès le début de son roman. Si avec le temps, il a pris l’habitude de surprendre le lecteur grâce à des constructions particulièrement retorses, ce n’est pas le cas ici. Et, de fait, c’est ailleurs que réside l’intérêt de ce livre.

Jackson, homme de peu de foi et traumatisé par un événement qui a eu lieu lorsqu’il était encore policier à New York, se trouve lancé dans cette enquête comme un chien dans un jeu de quilles. Personnage complexe partagé entre son désir de ne heurter personne, son opiniâtreté et un certain agacement face à l’omniprésence de la religion dans la ville, il cherche à faire son travail tout en craignant de déraper.

« Derrière le bureau, un grand portrait de Brigham Young. Une caractéristique de Salt Lake. La photo de Young était accrochée dans les restaurants, les magasins de vêtements, d’alimentation, les cafés. Version Salt Lake du culte de la personnalité. Au début, Tom avait trouvé cela intéressant, mais au fil des années, il en avait été agacé et considérait que c’était une chose supplémentaire qu’il n’aimait pas à Salt Lake. Il s’aperçut qu’il avait ignoré être dépourvu de foi jusqu’au jour où il était allé dans un endroit où la foi était tout ».

Et dans cette ville où la foi est tout et domine tout le monde, y compris ceux qui n’y adhèrent pas, Tom Jackson évolue dans une atmosphère qui, au fur et à mesure que les meurtres continuent, verse peu à peu dans le totalitarisme – ou bien laisse à voir son côté totalitaire. En bute à l’hostilité des témoins mais aussi de sa hiérarchie et de son coéquipier dès lors qu’il soulève des questions embarrassantes, il apparaît seul contre tous dans un monde qui n’est pas le sien et qu’il peine à comprendre. C’est cet isolement et cette méconnaissance qui, en le débarrassant de tout préjugé, lui permettront de résoudre l’affaire.

Au final, Du sang sur l’autel, s’il n’apporte rien d’original en ce qui concerne l’intrigue criminelle, apparaît comme un roman habile à créer une ambiance oppressante et comme une réflexion intéressante sur le poids des dogmes et l’incapacité que peut avoir un groupe à se remettre en cause. Il n’est cependant pas pour autant un plaidoyer individualiste. Car l’isolement de Tom Jackson n’est pas celui du héros solitaire mais celui d’un homme qui a porté sa solitude et son manque de foi envers les autres comme un fardeau. Porté par ailleurs par une écriture simple mais élégante, ce roman méritait bien une réédition.

 

Yan Lespoux


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A propos de l'écrivain

Thomas H. Cook

Thomas H. Cook, né à Fort Payne, Alabama, suit des études d’histoire en Géorgie puis un master de philosophie à l’université de Columbia. Enseignant d’anglais et d’histoire ainsi que critique littéraire entre la fin des années 1970 et le début des années 1980, il voit son premier roman publié en 1980 et reçoit en 1997 un prestigieux Edgard Allan Poe Award remis par la Mistery Writers of America pour The Chatham School Affair.

A propos du rédacteur

Yan Lespoux

 

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Rédacteur

genres : roman noir, littérature américaine - histoire -

éditeurs suivis : Métailié, Seuil, Rivages, Gallimard.

Yan Lespoux, enseignant, docteur en histoire contemporaine.

Tient un blog consacré au roman noir et au polar (www.encoredunoir.com)