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Douce orthodoxie, Vladimir Volkoff

10.09.11 dans Les Livres, L'Âge d'Homme, Recensions, Essais

Douce orthodoxie, Lausanne, 2011

Ecrivain(s): Vladimir Volkoff Edition: L'Âge d'Homme

Douce orthodoxie, Vladimir Volkoff

Bien que responsable d'une oeuvre déjà conséquente, Volkoff avait encore moult projets. Parmi ceux-ci un volume qui se serait intitulé Douce orthodoxie. Grâce au patient travail de Lydwine Helly il nous est donné aujourd'hui de tenir entre nos mains, non certes le livre projeté par Vladimir Volkoff mais du moins son « ombre portée », la « figure » d'outre-tombe de cet ouvrage non-fait...

La vie terrestre de l'écrivain s'est « éteinte » trop tôt. « Drôle » de conjonction, c'est l'année même où apparaît ce signe posthume d'une âme vivante que disparaît l'éditeur et ami de Volkoff... Conjonction encore il se trouve que, précisément, c'est à Vladimir Dimitrijevic que Volkoff avait emprunté la savoureuse expression de « douce orthodoxie », que l'éditeur, lui-même avait su extraire du titanesque roman Migrations de son compatriote Tsernianski...

Le langage mystique et codé des écrivains et des livres authentiques !

Composé de larges extraits des livres de V.V et de quelques très beaux indédits, la composition de ce livre singulier, met en relief la particulière profondeur des propos de l'écrivain... La douce saveur de la foi est le propulseur aussi bien que le but. Entre les deux c'est toute l'étendue du talent de Volkoff à évoquer les noires et lumineuses complexités des rapports humains.

La profondeur c'est la métanoïa. Ce renversement sur lequel l'orthodoxie met l'emphase. Ce retournement, ce repentir... Vocabulaire à la fois religieux et spirituel, et politique et policier. Ceux dont les ténèbres recouvrent les coeurs peuvent s'avérer plus réceptif que n'importe quel « honnête homme moyen» à la lumière plus que lumineuse qui se cache derrière les mots et les silences (qui sont éloquents en ce qu'ils ne sont que des mots non-dits...)

Volkoff le savait, ses mots et ses écrits nous le révèlent fort bien ici : la vérité n'a pas un visage, elle est visage ! Elle se révèle dans le face-à-face !

Ecrivain « nourri des Pères grecs et de Dostoïevski » V.V n'a pas pu oublier le dialogue... Celui avec les anges, aussi (les agents secrets du bon Dieu), avec les âmes défuntes, dans la prière. Le dialogue, cet espace par excellence de la différence dont V .V a livré un si bel éloge dans Le Complexe de Procuste et dont de très belles pages nous sont offertes ici...

L'explication fournie par l'écrivain à propos de son premier pseudonyme, DIVOMLIKOFF, est également très éclairante. Cet écrit, parmi les premiers, confirme ainsi « à la fin », la belle nécessité de ce nouvel ouvrage :


« En russe le mot lik signifie FACE et le mot divom PAR MIRACLE, divom-lik évoque donc cette « imprimerie miraculeuse » qui me paraît être le secret de l'art humain. »


Cette impression par miracle est une référence au linge sur lequel s'imprima la Sainte Face...

Plus qu'un simple hommage ce livre nous offre une nouvelle rencontre vivante et vivifiante avec un noble écrivain, une nouvelle révélation de ce qu'est véritablement le coeur d'un oeuvre française !  Mieux que n'aurait put le faire une étude de détail ou une analyse critique, deux exercices qui trop souvent tournent à l'outrageante autopsie.

Cet ensemble, si bien réalisé, nous livre un témoignage vivant, une ouverture vibrante, vers ce qui fut au coeur de l'art d'écrire de Vladimir Volkoff.

Volkoff est vivant ! Il nous parle encore !


Thierry Jolif


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A propos de l'écrivain

Vladimir Volkoff

Vladimir Volkoff, né le 7 novembre 1932 à Paris, mort le 14 septembre 2005 à Bourdeilles (Dordogne), est un écrivain français d'origine russe. Il est l'auteur prolifique de romans historiques, ayant pour thèmes majeurs la Russie et la guerre d'Algérie, et de romans d'espionnage.

Considéré parfois comme « l'écrivain français de la guerre froide » par excellence, il a également dévoilé les secrets de la désinformation. Pour la jeunesse, il a rédigé des romans d'espionnage, sous le pseudonyme de Lieutenant X.