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Les Dossiers

Puissance et tremblé du poème (1)

, le Samedi, 07 Mai 2011. , dans Les Dossiers, Etudes, Chroniques Ecritures Dossiers, La Une CED

Rilke : La première page des "Elégies de Duino"

Qui, si je criais, m’entendrait depuis les hiérarchies

des Anges ? Et quand bien même l’un d’eux soudain

me prendrait sur son cœur : je mourrais

du fait de sa trop forte présence. Car le beau n’est

que le commencement du terrible ; à peine nous le supportons-nous

et nous ne l’admirons tant que parce qu’il néglige

de nous détruire. Tout ange est effroyable.

Je me contiens et je refoule le cri d’appel

d’un obscur sanglot.

Entretien avec Pierre Pachet

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Dimanche, 01 Mai 2011. , dans Les Dossiers, Les Ecrivains, Entretiens, Chroniques Ecritures Dossiers, La Une CED, Documents

Entretien mené par Léon-Marc Levy, après la sortie de "Sans Amour" (Denoël)

LML : Vous êtes hanté par le temps, sa fuite irrémédiable. Votre œuvre et votre dernier livre Sans amour en témoignent. Mais souvent vous mesurez le temps, et sa fuite, à l’occasion de grandes douleurs. La mort du père, de la mère, de l’épouse… La scansion du temps est-elle obligatoirement rythmée par les malheurs d’une vie ?


PP : Sans doute, le temps d’une vie, les vies de ceux que j’ai connus, aimés ou simplement approchés, et auxquels j’ai survécu (car c’est cela, être âgé : survivre à ses proches), ce temps compte, il se compte, en années. Mais je ne crois pas en être « hanté ». Je constate simplement. Je suis beaucoup plus sensible au temps intime, celui qui au contraire ne fuit pas, mais stagne : le temps de la solitude, de l’ennui, de l’attente (dans la salle d’attente d’un médecin), du « rien à faire aujourd’hui », ce temps qui pèse autant sur les enfants et  adolescents que sur les vieillards. Ce temps sans repères, qu’il faut parcourir de minute en minute et qui requiert de nous invention, projets, retours sur soi, capacité à se faire exister soi-même par le recours à la « vie intérieure ». Les personnages de Sans amour ont, ou ont tous eu, à faire face à ce temps-là.

Entretien avec Rui Zink sur "Le Destin du touriste"

Ecrit par Didier Bazy , le Jeudi, 14 Avril 2011. , dans Les Dossiers, Entretiens

Le destin du touriste, de Rui Zink, traduit du portugais par Daniel Matias, Métailié, 2011, 190 p, 18 €

Le destin touristique en 7 questions. Rui Zink. Propos recueillis par Didier Bazy.



1. Le titre portugais est : o destino touristico. La traduction en français dit : le destin du touriste. Elle le centre donc sur le héros. Ne peut-on pas traduire aussi par : le destin touristique ? Voire, le destin du tourisme ?


R : Bon, c’est un choix de l’Éditeur auquel je fais confiance. Mon Français n’est pas assez fin pour comprendre si l’ambiguïté du titre en Portugais passe exactement de la même manière en Français. Les deux langues ont une racine commune – non, ce n’est pas le Berlusconien – mais diffèrent beaucoup. Il y a même un terme pour les mots et groupes de mots qui semblent dire le même mais le disent pas : des « faux amis ».
Mon titre exploite un double sens de « destino » : une destination touristique (la Côte d’Azur, le Caire) et un destin proche (à un « héros » mais aussi, peut-être, à nous tous, gens du 1er et du 3ème monde, voire de la planète entière. On m’a dit que le sens de destination qui existe dans le Portugais serait perdu.

L'émergence du roman dans le champ littéraire antillo-guyanais d'expression française

, le Mercredi, 16 Mars 2011. , dans Les Dossiers, Etudes, Chroniques Ecritures Dossiers

INTRODUCTION


Il semble aller de soi en ce début du vingt et unième siècle de parler du roman dans nos régions ; respectivement la Guadeloupe, la Guyane et la Martinique. A un moment en effet où la primauté esthétique, l’intérêt de la critique littéraire et le choix des lecteurs sont accordés de manière presque automatique à cette forme romanesque.

Toutefois, dans un passé récent elle n’occupait pas cette place de prédilection. En ce sens, les auteurs du mouvement de la Négritude par exemple vouèrent un intérêt tout particulier, allant presque à l’adoration à la poésie. Avec l’Antillanité, du moment en tout cas où cette école connut ses notes de noblesse, elle perdit cet engouement viscéral au profit de la forme romanesque. C’est cette même attention que nous retrouvons avec L’Américanité, laquelle se poursuit de nos jours encore avec la Créolité.