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Dix-sept ans, Colombe Schneck (2ème critique)

Ecrit par Pauline Fouillet 26.03.15 dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Roman, Grasset

Dix-sept ans, janvier 2015, 90 pages, 10 €

Ecrivain(s): Colombe Schneck Edition: Grasset

Dix-sept ans, Colombe Schneck (2ème critique)

 

Il est un sujet très complexe que tout être humain peine à aborder. Souvent tabou et ce, malgré l’évolution actuelle des mœurs, l’avortement est encore aujourd’hui synonyme de gêne, de honte.

Alors, comment aborder le dernier roman de Colombe Schneck ?

Il lui aura fallu du temps pour aborder ce sujet et c’est avec un court récit passionné et fort en émotions qu’elle évoque cette période de sa vie. J’allais vous dire « cette triste période » mais sans doute aurais-je fait une erreur d’interprétation car à aucun moment l’auteur n’évoque cet événement en ces termes. Décision grave et sensible oui, mais triste non, car prise en toute connaissance de cause et raisonnablement.

L’auteur, dès le début du roman, fait un constat d’absence. Absence de ce thème dans la littérature, de cette réalité dans les discussions parents-enfants, de cette nécessité dans les pensées collectives.

Simone Veil avait fait de l’avortement son combat, sa vie, et avait réussi à faire prendre conscience à la population française de la triste nécessité qu’est l’avortement. Depuis lors, la conscience collective ne s’est plus appesantie sur cet événement médical et psychologique. Le résultat étant qu’aujourd’hui, nous assistons à une régression dans ce domaine.

Colombe Schneck ne regrette pas son geste. Tomber enceinte à 17 ans alors qu’elle s’apprêtait à passer le bac, elle sait avoir pris la bonne décision. Néanmoins, celle-ci aura un impact sur toute sa vie. Toujours elle repensera à cet enfant qui était déjà le sien et dont elle aurait pu suivre la croissance, qu’elle aurait su aimer comme elle aime ses autres enfants. Toujours elle s’interrogera sur sa décision : « Que, peut-être, sa présence ne m’aurait pas autant empêchée de vivre ».

En 1976, l’avortement est devenu un droit pour les femmes, un droit qui peut être parfois considéré comme inhumain par certains, mais qui permet aux femmes d’être plus à égalité avec la gente masculine. Car en effet, une grossesse, un enfant, enchaîne d’une certaine manière la femme. Quand l’homme, dont les relations avec ses enfants sont sans doute moins vitales, peut se départir plus facilement de son rôle social et sentimental.

Alors qu’elle tombe enceinte, l’auteur se sent injustement prise au piège de son sexe et dit ainsi : « Je suis rattrapée par ma condition de fille ». Et avec sa dernière phrase, elle rend hommage à cet événement (rappel au roman d’A. Ernaux à laquelle elle renvoie tout au long de ce texte) mais aussi à cet enfant qui n’a pas eu le temps d’être : « Ton absence m’a permis d’être la femme libre que je suis aujourd’hui ».

Parler de ce thème n’est pas simple tout comme il n’est pas aisé d’évoquer ce roman. Émotionnellement très fort, il renvoie la femme que je suis dans un continuel questionnement. Qu’attends-je de la vie ? De ma condition sexuelle ? Qu’est-ce que je souhaite réellement en tant que femme ? Le malheur aujourd’hui est que la société nous aveugle par de fausses images d’égalité avec nos concitoyens hommes. Mais la réalité est tout autre et sans doute nous sommes-nous trop laissées aller, avons-nous baissé les bras.

Sur à peine 100 pages, Schneck nous envoie une bonne droite dans l’estomac. Le souffle coupé, elle questionne, interroge, remet en question, en cause.

Ce récit de femme pour la femme est plus qu’un état des lieux, c’est une nécessité psychologique et politique pour l’être humain, la femme que nous sommes. Et à tous les hommes qui oseront tourner ces pages, ce sera une vraie prise de conscience sur la réalité et l’impact d’une décision qu’ils n’auront jamais à prendre et qui sans doute leur ouvrira l’esprit.

Loin d’être un roman classique, Dix-sept ans est avant tout un roman psychologique dérangeant. Et si vous souhaitez le lire, dites-vous bien que malgré la facilité de lecture, ce texte nécessite une grande attention et une prédisposition à l’ouverture d’esprit.

Bravo à Colombe Schneck ! Son récit est véritablement un besoin social auquel elle répond avec brio et qui sera, pour beaucoup, une aide pour une meilleure remise en cause de nous-même et peut-être une meilleure acceptation de ce geste.

 

Pauline Fouillet

 

Lire l'article de Laurence Biava


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A propos de l'écrivain

Colombe Schneck

 

Colombe Schneck, née à Paris en 1966, est journaliste et écrivain. La Réparation est son cinquième livre.

 

A propos du rédacteur

Pauline Fouillet

 

Rédactrice

 

Je suis née le 27 avril 1988 à Ruffec (Charente). Après un master de droit dont une année effectuée en Italie, je reprends ma véritable passion, la littérature. Je deviens alors libraire dans une librairie indépendante et chroniqueuse pour divers magasines littéraires. Je parle et lis couramment l'italien et découvre ainsi leur littérature en langue originale.