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Dis-moi que tu m'aimes, Francisco de Paula Fernandez

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas 31.07.12 dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Albin Michel, Espagne, Roman

Dis-moi que tu m’aimes, traduit de l’espagnol par Yvelise Rabier, Wiz Albin Michel, juin 2012, 634 p. 17,90 €

Ecrivain(s): Francisco de Paula Fernandez Edition: Albin Michel

Dis-moi que tu m'aimes, Francisco de Paula Fernandez

 

Voici venu l’été et sa cohorte de plaisirs familiers et longtemps attendus durant la froide saison : du soleil à profusion, le bruit des vagues, le goût des fruits mûrs à point… et les romans d’amour à dévorer sur la plage, à l’ombre d’un parasol bienveillant. L’intrigue de Dis-moi que tu m’aimes semble répondre parfaitement à ces attentes : un chassé-croisé amoureux met en scène et en péril plusieurs jeunes gens à peine sortis de l’adolescence, sous le soleil de Barcelone. Ils sont jeunes, beaux ; ils sont confrontés peut-être pour la première fois aux complexités du sentiment amoureux et aux méandres du désir. Paula, l’héroïne lycéenne, a le cœur qui balance entre Angel, un prétendant dragué sur Facebook, et Alex, un garçon rencontré par hasard et qui a les mêmes goûts littéraires qu’elle. Or, Angel est courtisé par Katia une chanteuse à succès qui ne laisse pas indifférent. Quant à Mario, frère de Miriam, amie de Paula, il est désespéré car son amour pour Paula le déchire de mille tourments. Et ce n’est que le début…

La petite histoire du livre, né sur Internet et plébiscité par des lectrices nombreuses, place ce titre sous les auspices des dieux du best-seller. Et, nul doute à ce sujet, best-seller, il le sera. Cependant, il n’est guère possible de le recommander. Et ce n’est pas en raison d’une allergie aux fictions amoureuses et à la crème solaire. Car, de la même façon que nos héros sirotent, comme tout jeune urbain qui se respecte de nos jours, du Starbucks, il y a excès de discours sirupeux et de ficelles teenage mal dégrossies. Reflet d’une époque, le roman baigne dans une communication multi-supports et virtuelle. Et cela peut se justifier et même apporter un certain plaisir à voir nos protagonistes jongler avec tous ces codes sociaux, et se retrouver tout aussi démunis et solitaires que leurs ancêtres épistoliers. Or, ici, il n’en est rien, le roman tourne en rond et le lecteur s’ennuie mortellement. Florilège :

« ‒ Ça fait deux mois que vous vous parlez. Vous vous voyez et vous passez la soirée à vous embrasser. Et il a un beau derrière. Qu’est-ce que tu veux de plus ?

‒ Elle a peut-être envie d’autres choses aussi, Diana. Il n’y a pas que le sexe dans la vie.

‒ Bien sûr, Mir. Mais on est jeunes et il faut en profiter. Si on le fait pas maintenant, on le fera quand ? »

« Elle n’est quand même pas en train de tomber sous le charme d’Alex, n’est-ce pas ? Non, c’est impossible. Angel est son petit ami et elle est certaine de l’aimer, son journaliste. Bien sûr que oui. Quelle fille ne tomberait pas à ses pieds ? Alex est juste un copain, dont elle ne sait pas grand-chose, en plus. […] On dirait un coup du destin. Ce qu’il peut être capricieux parfois ! »

Le problème principal, c’est que nous sommes loin des Liaisons dangereuses ou d’un équivalent adolescent. Dans Dis-moi que tu m’aimes, les sentiments n’ont rien de crédible, les questionnements sonnent creux, le désir retombe aussi vite qu’il s’était manifesté. On frôle bien trop souvent la vulgarité, là encore effet de mode désastreux ; les personnages nourrissent des clichés de genre absolument rédhibitoires.

Il est vraiment désolant d’imaginer que des adolescents vont se plonger dans cette histoire et tenter de trouver un miroir à leurs propres sentiments, dans un roman fleuve si pauvre en analyse psychologique, en qualité littéraire et poétique. Le premier amour, le désir naissant méritent de plus beaux écrins que ce roman de plage oubliable et prétentieux.

 

Myriam Bendhif-Syllas


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A propos de l'écrivain

Francisco de Paula Fernandez

Francisco de Paula Fernandez est né à Séville. Dis-moi que tu m’aimes est son premier roman.

 

A propos du rédacteur

Myriam Bendhif-Syllas

 

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Rédactrice

Responsable de la section "littérature jeunesse"

Domaines de prédilection : littérature jeunesse, littérature francophone, documentaires.

Genres : récits, documentaires et albums jeunesse, BD, romans sur l'enfance et l'adolescence, la marginalité.

Maisons d'édition les plus fréquentes : Talents Hauts, Seuil Jeunesse, Sarbacane, Gulfstream, La Boîte à Bulles... Seuil.