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D’Images et de bulles (9) Le Petit Loup rouge, Amélie Fléchais

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas le 12.09.14 dans Chroniques régulières, La Une CED, Les Chroniques

D’Images et de bulles (9)  Le Petit Loup rouge, Amélie Fléchais

 

Le Petit Loup rouge, Amélie Fléchais, Ankama, juin 2014, 80 pages, 15,90 €

 

Entre album pour enfants et roman graphique, Amélie Fléchais revisite l’un des contes les plus célèbres du sieur Perrault, en en offrant une variante sombre et stimulante, desservie par un graphisme riche et enchanteur. Lorsque la bête n’est pas celle que l’on croit…

Le petit chaperon est devenu un louveteau, au profil gracieux, la tête recouverte par une capuche dessinant ses oreilles. À la demande de sa mère, le voilà parti à travers la forêt pour apporter à sa grand-mère, devenue trop vieille pour chasser, un gros et gras lapin. Sa mère la louve lui recommande d’éviter la forêt de bois morts où vivent un chasseur et sa fille, « vils, cruels, qui détestent les loups ». Le Petit Loup rouge promet d’écouter sa mère.

Sur sa route, les distractions abondent et le petit loup ne voit pas le temps passer. Et lorsque le sentier disparaît, il ne s’en inquiète pas : il est un loup, après tout ! Mais, épuisé par son périple, le voilà qui goûte une bouchée du lapin et qui… sans s’en rendre compte, finit par avaler l’animal tout entier. Pour sûr, il va se faire sévèrement punir et en plus, le voilà perdu !

Soudain, face au louveteau en pleurs, se trouve une petite fille. Elle propose au Chaperon Loup de l’aider et lui demande de la suivre. Le louveteau accepte avec joie et ne se méfie, ni en entendant l’étrange chanson de la petite fille, ni en observant le paysage de plus en plus désolé où ils s’aventurent. Dans la demeure de l’enfant, le louveteau réalise trop tard son erreur : le voilà tombé dans la gueule du chasseur, ennemi juré des loups. La petite fille confie à l’animal le récit de ses origines et au moment où rentre le chasseur, le louveteau est sauvé miraculeusement par son père qui lui révélera la véritable histoire de ce chasseur et de sa haine des loups.

L’histoire contée par l’auteure est une vraie merveille, puisant dans les profondeurs des âmes confrontées à leurs propres erreurs et à leur incompréhension, renvoyant à une féérie où homme et animal pouvaient ne faire qu’un, à la faveur de la nuit. Les illustrations minutieuses, tout en nuances de formes et de couleurs, variant de style d’une ambiance à l’autre, ne redoublent pas l’intrigue, mais lui apportent rythme, élan et densité. Les doubles pages où se dessinent un chemin sont particulièrement réussies, pleines de vie et de clins d’œil. Les images de la maison du chasseur sont effrayantes à souhait et la technique mixte employée ajoute à la profondeur du décor. Le style plus brut du premier récit enchâssé développe une autre forme de poésie, en mêlant aux teintes de gris et de noir sur le blanc de neige, des rouges sang. Quant au récit final du loup, c’est une féerie d’encre en lavis.

Amélie Fléchais est une grande artiste. Non contente de transporter son lecteur par son talent graphique, elle a su créer une histoire originale qui saura toucher un large public.

 

Myriam Bendhif-Syllas

 

Amélie Fléchais est illustratrice. Elle a publié un premier album Chemin perdu en 2013. Elle travaille également pour le cinéma d’animation.

 

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A propos du rédacteur

Myriam Bendhif-Syllas

 

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Rédactrice

Responsable de la section "littérature jeunesse"

Domaines de prédilection : littérature jeunesse, littérature francophone, documentaires.

Genres : récits, documentaires et albums jeunesse, BD, romans sur l'enfance et l'adolescence, la marginalité.

Maisons d'édition les plus fréquentes : Talents Hauts, Seuil Jeunesse, Sarbacane, Gulfstream, La Boîte à Bulles... Seuil.