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D'images et de Bulles (18)

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas le 19.08.15 dans Chroniques régulières, La Une CED, Les Chroniques

D'images et de Bulles (18)

 

Jim Hawkins T.1 Le Testament de Flint, Sébastien Vastra, Ankama éditions, janvier 2015, 56 pages, 14,90 €

 

Pourquoi s’intéresser à une nouvelle adaptation de L’Île au Trésor de R. L. Stevenson ? Parce que les histoires telles que celles-ci n’en finiront jamais de nous fasciner d’une part, et d’autre part parce que le talent fou de Sébastien Vastra n’a pas fini de s’épanouir et qu’il vaut la peine de suivre son évolution.

Dans ce premier volume, le jeune Jim mène une existence routinière mais somme toute paisible au sein de l’auberge de l’Amiral Benbow, auprès de sa mère et de son père malade. Il rêve à une vie d’aventures en écoutant les marins de passage ou en se plongeant dans les livres prêtés par son ami le docteur Livesay. « Ulysse, Drake et Roberts étaient mes héros, voyageurs d’infortune guidés par leur soif d’aventures. Je passais des heures à scruter le large, prêt à embarquer s’ils apparaissaient ». Lorsque le vieux capitaine morse Billy Bones s’installe à demeure, l’aventure semble enfin prendre une forme concrète et palpable. Jim observe et écoute. Que renferme ce coffre sur lequel Bones veille jalousement ? Qui est cet unijambiste qui effraie tant le capitaine et que Jim est chargé de démasquer ?

« Soudain avance armé, émergeant des ténèbres, un cortège d’âmes damnées, sur une marche funèbre. La tache entre les mains, le félon tremble cerné, espérer serait vain, son destin est scellé. Par ces vers abrégeons, portons le coup de grâce, sa chair nous honorerons de notre appétit vorace ».

Le jeune homme voit ses cauchemars se réaliser lorsque surgissent tour à tour un loup sanguinaire et un sinistre vautour aveugle mais pas manchot pour deux sous. Ce dernier remet à Bones la marque noire qui aura raison de lui. Jim et sa mère trouvent alors dans le coffre quelque argent et un paquet mystérieux qu’ils remettent entre les mains de Livesay et de Trelawney, le châtelain. Alors qu’ils échappent de justesse à la bande de l’unijambiste, se dévoile la légende du plus fameux pirate des sept mers, le capitaine Flint. Et lorsque Jim et ses amis découvrent la carte du trésor de Flint, il n’y a plus qu’une seule issue possible : partir à sa recherche.

Jim Hawkins offre une nouvelle vie à la fabuleuse aventure contée par R. L. Stevenson : une vie toute en atmosphères inquiétantes et périlleuses, une vie toute en images élégantes et aiguisées. Car non content de réaliser un scénario impeccable, animé par des dialogues pertinents et percutants dans un très beau lettrage, l’auteur crée une Angleterre du XVIIIe siècle ultra réaliste mais peuplée d’animaux humanisés, apportant une grande attention aux détails, à la réalisation efficace et minutieuse de chaque vignette. Et on ne se lasse pas de voir l’humanité incarnée par ces espèces variées qui témoignent si bien des différents caractères humains : le morse vieillissant, à la dent cassée, est encore habité par une force incroyable mais se trouve lourd de tous les crimes commis et de tous les secrets portés ; l’ignoble Pew et ses pupilles vides, trompant l’adversaire sur sa vitesse et la poigne inflexible de ses serres ; Kong John Silver, le coq, devenu un formidable gorille, emporte immédiatement l’adhésion, mélange de calme et de sauvagerie retenue. Quant à Jim, jeune et vaillant lion adolescent, il recèle à la fois tous les potentiels de son espèce et l’innocence et la fragilité de la jeunesse.

Alors, on laisse l’histoire se dérouler, une nouvelle fois sous nos yeux ; et on engrange ces portraits saisissants, ces vues du port ou du littoral britannique, ces auberges obscures et mal famées, ces compositions fantasmagoriques ou ces superbes scènes de combat à l’épée… Et pour ceux dont ce serait une première fois, on ne peut que se réjouir qu’une telle rencontre se fasse à travers un album d’une si belle qualité.

En attendant le prochain tome et le début du voyage de l’Hispaniola, fredonnons encore : « Ils étaient quinze sur le coffre du mort ! oh ! oh ! et une bouteille de rhum ! oh ! oh ! ».

 

Myriam Bendhif-Syllas

 

Sébastien Vastra suit des études d’Arts plastiques et remporte quelques concours de BD. Après une prolifique collaboration avec Fred Duval, il s’attelle à son premier projet en solo, adapté de L’Île au Trésor de R. L. Stevenson.

 

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A propos du rédacteur

Myriam Bendhif-Syllas

 

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Rédactrice

Responsable de la section "littérature jeunesse"

Domaines de prédilection : littérature jeunesse, littérature francophone, documentaires.

Genres : récits, documentaires et albums jeunesse, BD, romans sur l'enfance et l'adolescence, la marginalité.

Maisons d'édition les plus fréquentes : Talents Hauts, Seuil Jeunesse, Sarbacane, Gulfstream, La Boîte à Bulles... Seuil.