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D'acier, Sylvia Avallone

Ecrit par David Campisi 28.09.13 dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Italie, Roman, J'ai lu (Flammarion)

D’acier, Trad. Italien par Françoise Brun. mai 2013, 411 pages, 7,60 €

Ecrivain(s): Silvia Avallone Edition: J'ai lu (Flammarion)

D'acier, Sylvia Avallone

 

Piombino, Italie.

Le soleil est de plomb, il coule du ciel dans une pluie de feu et arrose la côte toscane et la cité industrielle. Le béton est brûlant, les plages bondées de sable chaud, les corps sont nus, les regards sont remplis de désir.

Du désir, il y en a partout dans D’acier. Il se faufile dans toutes les scènes, s’insinue dans les silences, caresse les peaux nues qui s’exhibent aux yeux de tous. Anna et Francesca sont des objets, leur arme, c’est leur corps. « Leur beauté, elles vous l’envoient à travers la gueule ». Anna et Francesca sont belles, trop belles. Elles sont les princesses de la plage, déambulent en bikini entre les adolescents du quartier. Elles ont 13 ans. Encore un an et la liberté s’ouvrira à elles comme une fleur au printemps. 14 ans, c’est le scooter. C’est l’aventure. C’est la fuite.

Les barres d’immeubles sont bourrées de familles qui s’entassent. Tous les pères travaillent à l’usine. L’usine d’acier, c’est la vie. Elle structure les passions, canalise les ambitions les plus folles. Incarne les pires tragédies. L’acier en fusion traverse les existences.

Anna et Francesca. L’une brune, l’autre blonde. Elles aiment les regards qu’on pose sur elles. Elles ont le pouvoir au creux de la main, ou plutôt au creux des reins. Au bout des seins. Partout où la peau s’affiche. Chaque centimètre carré exposé est une victoire sur la vie. Sur le pouvoir qu’elles exercent autour d’elles. Les garçons se tortillent de désir, les filles grincent de haine contre elles. En hiver, tandis que les corps se couvrent et que tout le monde se ressemble, Anna et Francesca perdent le contrôle de leur existence. Tout leur échappe. Leur pouvoir disparaît et se dilue dans la pluie et la brume, et le ronronnement sourd de l’usine qui fait trembler le sol.

Anna et Francesca se touchent, se caressent, parfois s’embrassent avec un goût de doute. Et si elles tombaient amoureuses l’une de l’autre ? Et si la vie devait les séparer, un jour ? Et si… et si…

Elles partagent tout. Les endroits cachés – ceux que personne ne connaît. Les envies. Les désirs. Les peurs. Les angoisses. Les danses folles, nues dans la salle de bain, aux yeux de tous. Tous les voisins regardent. Elles le savent. Elles adorent. A deux, maîtresses du monde. Un monde de feu où les corps suent et transpirent. Ceux qui sont laids n’ont aucun pouvoir.

Les drames s’articulent. Bientôt la vie change, l’hiver approche, et les dirigeants de l’usine annoncent des plans de licenciement. Anna s’affranchit de ce désir ardent qui brûle pour Francesca. Francesca, elle, ne s’affranchit de rien. Son père frappe sa mère. Son père frappe tout le monde. Belle, mais couverte d’hématomes vert émeraude.

Bientôt la vie bascule. Bientôt les garçons viennent découper à la hache la complicité des deux amies qui promettaient pourtant de ne jamais se séparer. Les drames rôdent dans les rues bondées de passants et de touristes. Des catastrophes s’amorcent, et au loin l’ile d’Elbe éclate de promesses.

Des pères qui hurlent dans les immeubles, un frère qui veille sans veiller sur la petite sœur trop belle qui attire trop de regards. Des amis qui réapparaissent après des années de silence. Des lignes de coke dessinées sur des miroirs, et des miroirs qui bientôt ne reflètent plus rien.

D’acier est un roman de feu où tout brûle et se consume, les passions éclatent au soleil, les tabous explosent sous la plume de Silvia Avallone. Les non-dits débordent. Les caresses sont comme le fer rouillé dans la peau. Silvia Avallone écorche les drames humains pour notre plus grand plaisir.

 

David Campisi

 


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A propos de l'écrivain

Silvia Avallone

 

Silvia Avallone (née le 11 avril 1984 à Biella) est une écrivaine et poétesse italienne contemporaine. Son premier roman, paru en 2010, remporte le prix Campiello Opera Prima.

 

 

A propos du rédacteur

David Campisi

 

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David Campisi : vit en Suisse,

Passionné de marketing, de littérature, de philosophie et de politique.