Identification

Cycle

Ecrit par Mickaël Bonneau 22.08.14 dans La Une CED, Ecriture, Création poétique

Cycle

 

Oublier

une heure disparaître

une heure mieux que rien

plonger la tête dans les toilettes

ne plus rien comprendre de la

sourdine du monde

sortir du cocon de la machine

ne plus entendre les pales du ventilateur

la programmation électrique

voir la lumière ne plus

sentir l’air rance d’une pièce aux fenêtres

scellées

une Sagrada familia

haute de quelques centimètres qui ne fait

que pousser

le marteau d’un dieu nordique prêt à tout

pulvériser

le nerf qui se tend sous la peau

la peau qui picote

l’acteur d’un chef-d’œuvre italien

l’auteur du plus beau poème et la

tentation de saint Antoine mosquée en style

fluo

dans l’arrière-cour d’un sous-sol

on retrouve le squelette d’un soldat de la Grande Guerre

ses armes rouillées le cuir

épais

on appelle la police l’armée

déjà leurs pas résonnent dans le

grand hall de la rotonde

 

merci de prévoir une chambre pour le moniteur

(voir tableau)

bananes kiwis safran

trop d’allergies

on se voit tout à l’heure

sept personnes arrivent en train

 

le calendrier

les mois comme des grilles de loto

bleu pâle aux jointures discordantes

grésille de la mire

ils ont appelé pour prévenir

le pont des Arts est en flamme

Paris va brûler tout entier

mauvais choix pour le week-end

 

il est bientôt quatre heures

tu dois finir ton livre avant de prendre le bus

 

sur le boulevard c’est la pagaille

le bitume se fracasse contre

l’hôtel de ville

l’adjointe au maire arrêtée pour

attouchement sur la photocopieuse couleur

ta banque condamnée pour avoir

dévalisé le sex-shop d’à-côté

le tabac fait l’amour au feu rouge

et le libraire vend de l’alcool aux mineurs

plus loin les voitures coulent dans les ruelles des

mendiants sans gouttière

sur un papier démocratique

on distribue aux ouvriers des fiches fiscales

dans la basse-cour d’un journal le coq houspille

campagne publicitaire

sa tête asymétrique ignore

qu’on va bientôt lui trancher le cou

c’est lui

le responsable

 

merci pour ces belles années

tous nous te disons

bon vent l’ami !

am stram gramme

ensemble ensemble

pique et pique et ram-tam-tam

tous nous te disons

notre tristesse

 

arrêt Alma

on commence à sentir la fumée

affichez-vous

protégez-vous

Made in China

on joue « Merci » ce soir au théâtre de Varsovie

pour plus de renseignements contactez le numéro suivant

dans la basse-cour le coq houspille

le tram qui cale et le métro

déraille

les poules se plaignent de la comptable

c’est elle

la vraie coupable

 

à l’épicerie le pain est sec les fruits sont blets le tiroir

-caisse est vide

derrière le comptoir l’employé soutient

la classification des fonctions

l’harmonisation des statuts

en cas de problème contactez le service des primes

 

il est minuit docteur Schweitzer

la nuit est grosse au presbytère

le médecin arrive trop tard

c’est une fausse couche

il est une heure tu n’as pas sommeil

il faudrait s’endormir oublier s’oublier

il est deux heures tu n’as pas sommeil

au-dessus de la ville le ciel est mort

l’archange titube le bar se vide

le rideau tombe les ailes froissées

sur un banc la fille de joie

fume l’âme en peine une dernière

cigarette

 

un peu plus tôt dans la soirée le coq est mort sa tête tombée

répertoriée à la rubrique A

tout à l’heure il ne

 

réveillera plus personne

 

tu as encore une heure

une heure mieux que rien

 

Mickaël Bonneau

  • Vu : 1359

Réseaux Sociaux

A propos du rédacteur

Mickaël Bonneau

 

Né en France en octobre 1981, Mickaël Bonneau peut se vanter d’avoir le même thème astral que Charles Bronson : scorpion ascendant capricorne. Ses textes poétiques (il leur préfère ce terme à « poèmes ») commencent à paraître en ligne (blog le-capital-des-mots.fr, revue numérique « Incertain Regard ») et seront pour certains bientôt en revue. Ils sont essorés mais pas repassés, ils ont le rythme et le pli d’une voix qui a choisi d’être la leur à un moment et n’ont pas d’autre prétention que d’être. C’est leur manque, autant que – il le souhaiterait – leur mérite. Mickaël Bonneau / micka-bon@hotmail.com