Identification

Création poétique

La fille aux tongs (1)

Ecrit par Marie du Crest , le Dimanche, 08 Juillet 2012. , dans Création poétique, Ecriture, La Une CED

 

Les tongs du peintre s’enrubannent. Fils d’Ariane.

 

Les tableaux n’ont pas de titre. UNTITLED. La contemplation est libre. Je regarde toutes les filles du tableau. Elles aussi me regardent ; ou elles tournent le dos. Il y a la fille blonde au corps solide, aux poils pubiens blonds. Elle vient à moi dans un champ. Elle porte des tongs rouges, incongrues. La chaussure légère du trait de pinceau. Sandale antique en plastique. Seule parure, seul vêtement du corps. Son pied gauche est légèrement soulevé. Comment un peintre peut-il faire croire au mouvement sur la toile immobile ? Ces filles-là sont sculpturales, sportives. La fille aux cheveux noirs, de profil, me montre son téton gauche. Ses tongs noires, l’une abandonnée derrière son pied gauche et l’autre dessinant son pied droit. Elle avance dans le déséquilibre de son corps dans un décor végétal et minéral. Les tongs, nous les portons à la plage, les tongs que tous les gens pauvres de la planète portent.

*

Sous la coupole spleenétique du ciel (47)

Ecrit par Daniel Leduc , le Mercredi, 04 Juillet 2012. , dans Création poétique, Ecriture, Ecrits suivis, La Une CED

 

Lorsqu’elle déploya le rouleau de papyrus, ses mains tremblaient à peine, vibration dans le sang.

Elle ne lut, ni ne déchiffra l’écriture hiératique. Seule la beauté des signes la frappa, comme une évidence.

De par ses études en égyptologie, elle aurait pu traduire le contenu du manuscrit, mais tel n’était pas son but.

Délicatement, elle caressa le rouleau de ses paumes ; huma des odeurs, inexistantes, peut-être ; perçut le froissement des fibres végétales ; encore effleura l’encre, à peine estompée. Abandonna le papyrus.

Elle s’empara d’un quelconque codex.

Alors s’enfonça –

dans la question

de l’être.

*****

Sous la coupole spleenétique du ciel (46)

Ecrit par Daniel Leduc , le Mercredi, 27 Juin 2012. , dans Création poétique, Ecriture, Ecrits suivis, La Une CED

 

L’homme [condamné d’être libre] cheminait dans ses pensées.

Les parois du monde, contre lesquelles se heurtent nos plus intimes désirs, il les franchissait, par cette non-connaissance qui le suivait comme son ombre.

C’est pour cette ombre, jappant à ses côtés, qu’il poursuivait sa route. Ombre sautillante, d’habitude abandonnée aux chiens. Tels des sot-l’y-laisse. Balancés dans les poubelles.

Et cette ombre, qui n’apparaissait qu’en s’effaçant, c’était bien le cœur de l’être, le point sublime que l’on atteint, en le niant.

L’homme [dans son Dasein] vagabondait. Là. Où il n’irait.

Jamais.

 

*****

Sous la coupole spleenétique du ciel (45)

, le Mercredi, 20 Juin 2012. , dans Création poétique, Ecriture, Ecrits suivis, La Une CED

 

À l’autre bout du fil, elle distinguait des nuances de ton, qui variaient non seulement par leur intensité, mais surtout par leur pigmentation, par cette rugosité des ondes, sur le tympan.

Elle ressentait une vibration parfaitement inconnue, quelque trille, échappée de quel entrebâillement ?

Son interlocuteur, là-bas, sur un écho de terre, qui était-il ? que disait-il vraiment ? et quelle empreinte ?

Elle n’écoutait plus ce que la voix versait ; elle recevait les phonèmes : comme une averse.

Et cela l’emplissait d’un mystère encore plus grand, que la question des rêves.

Ce n’est pas elle qui raccrocha, cette fois. Pas lui, non plus.

Ce fut une chute dans le silence.

Quelque chose. Comme un non-dit.

 

*****

#unalexandrinparjour

, le Samedi, 16 Juin 2012. , dans Création poétique, Ecriture, La Une CED

Aux brumes épaissies coller ses yeux ouverts.

Et le geste affaibli, somptueux, volontaire

D’arrêter haut le temps de la crue dystopie.

Aux orbes emmêlés dénicher la réponse

À la question retorse, barbelée de ronces.

Le jeu, le grand, le vrai, est affaire d’instinct.

Lance les dés et vois : tu comptes jusqu’à vingt.

Tu comprends à présent la loi de l’entropie.

L’étoile et les larmes… le gouffre de la Terre.

Aux brumes épaissies offrir ses yeux ouverts.