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Cours ton calibre, Nolwenn Euzen

Ecrit par Ahmed Slama 16.01.17 dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Poésie

Cours ton calibre, Nolwenn Euzen, éditions QazaQ, janvier 2016, 63 pages, 2,49 €

Ecrivain(s): Nolwenn Euzen

Cours ton calibre, Nolwenn Euzen

 

L’éclair d’Euzen

Cours ton calibre, recueil poétique de Nolwenn Euzen, c’est avec une écriture fine et riche, une syntaxe singulière que la poète nous mène dans le dédale d’une pensée toujours en mouvement. Publié en 2016 dans la jeune maison QazaQ, fondée par Jan Doets, maison qui vient de fêter sa première année…

Tout est dans le titre, Cours ton calibre, ces deux parties ; il y déjà dans le titre l’essentiel du recueil, d’abord le rythme binaire (Cours/Calibre), une syllabe d’un côté (cours), au-delà du tu, deux syllabes, calibre, avec ce ca ample qui déjà ralentit le rythme.

Cours ton Calibre, c’est une histoire de vitesses et de lenteurs, celles d’une écriture qui tantôt se fait vive, tantôt atténuée. Cours ton calibre est à ma manière mon « Connais-toi toi-même ». Dire tiré en avant, imprégné des écarts et des bosses », et c’est sur cette seconde phrase que nous tisserons notre propos, ces deux temps qui constituent l’essentiel du recueil.

Dire tiré en avant

Dès l’introduction, Nolwenn Euzen pose les jalons de son recueil poétique exclusivement numérique. Tout est résumé, « Dire tiré en avant » ce sont ces phases d’une poésie qui se fait prose, ces mots couchés qu’on lit, fluides, où s’instaurent dès les premières sonorités une vitesse poétique. « On se fréquente le corps de plus ou moins d’événements. On frise si le cil lisse notre morceau le plus sensible. On se participe précipité. Au cou partout à tous les coups d’accord ». Des phrases ramassées, quelques syllabes, qu’achèvent ces points, brusques, vitesse imprimée par les diverses allitérations, revenons un instant à la citation ci-dessus, relisons-là. Remarquez la répétition de la nasale, la résonnance des [r] et puis ce boulevard, celui des [si] qui s’instaure, et puis la jonction entre les deux phrases, ce « on » qui les lie, la revoilà cette jonction du « on », qui établit un lien depuis la phrase première, on pourrait parler d’anaphore, une anaphore soutenue par l’agencement des phrases, à l’intérieur on retrouve toujours ces nasales, et voilà que nous avons basculé à une répétition du [p]+[r], « participe » ici est une pièce centrale de l’agencement, on y retrouve le [si] de la phrase précédente et il servira d’appui, de liaison aussi, pour la suivante, et l’on repart, nouvelle itération celle du ou.

Pourquoi, demanderez-vous, cette mise en exergue des allitérations, ce jeu subtil, n’est autre que le « dire tiré en avant » évoqué, en construisant ainsi les phases de proses  avec un retour permanent à la phrase précédente pour réenclencher une nouvelle boucle de répétitions syllabiques qui vous font glisser le palais, les articulations, on goûte le frémissement prosodique (si, bien évidement, on lit en remuant les lèvres) ; une prose poétique qui au fil des pages se découvre et se dénude de sa ponctuation, comme si la ponctuation était de ces petites roues que l’on fixe aux bicyclettes des enfants, on apprend, et puis on ne laisse place qu’au rythme des sons, qu’à l’agencement d’une syntaxe singulière « quelle douleur nous carne sa colère qu’est-ce qui flotte nous carguer une question dansons la caroncule pour s’excroire de notre graine s’il n’y a plus de peine chez nous y-en a chez la voisine bien qu’elle ne soit pas pour nous… ».

Ecarts et bosses

Et parmi ces mots couchés, cette prose mélodique se dressent des fragments, cette imprégnation « des écarts et des bosses ». C’est d’une lenteur qu’il s’agit, le rythme s’y fait plus lent et dans le blanc de l’écran, tablette ou smartphone, les mots et les phrases s’épandent, leur sens, ils résonnent. C’est d’une

« Étreinte du calme

Raison cursive

Effort nul

Chauds dans le vide

On ne pense pas »

Où la pensée s’écrit et s’établit en une lenteur, cette lecture qui se fait verticale, ligne japonaise, courbe d’une pensée singulière ; nous ne sommes pas loin du haïku, de cet éclair qui dessine toujours en creux les contours de son discours… parfois il se fait plus long avec, toujours, la même efficacité verbale ;

« Sans le vocabulaire de nos tractations

La moindre déviation

Déclenche.

Ce qui compte ici

Ne peut suffire

Où n’importe où augmente

Pourquoi parce que

C’est clair sûr sans allusion

Ça ne se prononce même pas.

Digression

Sans viser mène à dire.

Trop évident

Quelque chose au-delà de

Est beaucoup trop parlant.

Nous sans intérêt particulier »

pensée en mouvement et qui sinue, déviation, déviation des sonorités, celle des mots surtout…

Romain Rolland avait consacré un roman, L’éclair de Spinoza, au z contenu dans Spinoza, de même nous pourrions encore longuement gloser au sujet du z d’Euzen ; mais c’est à vous, désormais, qu’il incombe de parcourir ce la concavité et convexité du rail…

 

Ahmed Slama

 


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A propos de l'écrivain

Nolwenn Euzen

 

Nationalité : France 
Né(e) : 1976

Biographie : 

Nolwenn Euzen, née en 1976, a publié son premier recueil Présente, l’Idée bleu (2008) et La fonction minuscule dans l’anthologie Triages, (Tarabuste, 2009).

 

 

A propos du rédacteur

Ahmed Slama

 

Ahmed Slama,

Agenceur de mots littéraire : finaliste du Prix du Jeune Ecrivain Français 2015 et 2016, lauréat du prix de la revue Rue Saint-Ambroise, retrouvez son feuilleton Topologie des Clopes. Agenceur de mots journalistique au BondyBlog. Il se propose, chaque semaine, de cartographier le réseau littéraire numérique à travers sa chronique, LittéWeb, à retrouver dans La Cause Littéraire.