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Copies, Thierry Radière

Ecrit par Balval Ekel 06.07.16 dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Récits, Roman, Jacques Flament Editions

Copies, juin 2016, 214 pages, 16 €

Ecrivain(s): Thierry Radière Edition: Jacques Flament Editions

Copies, Thierry Radière

 

Et si cet été vous passiez vos vacances avec un livre comme vous n’en avez jamais lu ? Un texte inclassable parce que « La beauté est dans l’inattendu ». Un roman d’amour ? Un essai philosophique ? Une autobiographie ? Tout cela à la fois, mais certainement pas un de ces livres expérimentaux où l’auteur, sous prétexte d’innovation, déconcerte le lecteur le plus courageux.

Thierry Radière nous parle de l’aventure que c’est de vivre, d’aimer, de lire, de vieillir, de rencontrer les autres. Le lecteur y est constamment tiraillé entre l’envie de se rendre au prochain chapitre et celle de souligner toutes les phrases à partager, comme celles-ci :

« L’écrivain est un magicien : il se sert des mots pour faire croire à la vie dont ses lecteurs rêvent ».

« L’optimisme est plus intelligent que le désespoir : il incite à aimer ».

Un livre dont on pense assez vite qu’on aimerait l’offrir à son conjoint ou sa conjointe parce qu’il renouvelle les discours éculés sur l’amour : « Le temps est ailleurs que dans le souvenir dès que l’amour entre dans nos vies ». Un cadeau à faire à un ami pour en discuter et resserrer nos liens.

Le titre, Copies, ainsi que l’intrigue, la routine des corrections des copies de Bac par un professeur de français, paraissent a priori peu vendeurs. Cependant, l’auteur, comme il le fait déjà depuis une dizaine de livres, sait parler de l’ordinaire et faire entrer dans ce récit une grande brassée de soleil, car « Il y a de la fiction dans nos vies ». Tel un Petit bateau agité par la houle tirant inlassablement sur son amarre, l’esprit du narrateur s’évade vers son amour pour sa femme et la littérature, puis revient à copies :

« Mon amour pour Françoise a d’étranges points communs avec mon goût pour la littérature. Tous les deux me permettent de vivre plus intensément les moments plats de mon existence sans en laisser un à l’ennui ».

Reprenant son stylo rouge pour corriger un examen portant sur la mémoire et les souvenirs, le héros progresse à la fois dans la compréhension de son métier et dans son questionnement sur le sens de toute vie :

« Oui, c’est cela l’adolescence : une contradiction difforme et insaisissable marchant à tâtons dans la lumière, un passage forcé vers une autonomie grandissante et elle les rend peureux en même temps qu’envieux ».

« Par contre, je m’aperçois que les récits de souvenir d’autrui m’enthousiasment toujours autant, parce qu’ils résonnent en moi comme de complexes paraboles ou de simples petites fables sur la vie et la mort ».

Mais ici, la démonstration philosophique s’exprime à travers la poésie et la sensualité : « Françoise prétend que mes caresses donnent un contour à son corps. C’est l’une des plus belles paroles d’amour qu’elle m’ait jamais dites. Maintenant, quand je la désire, je ne peux pas m’empêcher de penser à mes mains sculptant dans sa solitude d’autrefois beaucoup de ma tendresse sédentaire. Le sentiment d’exister est vraiment lié à l’autre ».

La force de ce texte tient précisément au fait que son auteur crée un genre unique, kaléidoscopique et paradoxal. Le récit d’un homme lié à son bureau est curieusement très dynamique ; le professeur qui semble désespéré par son travail, ne cesse d’en montrer l’intérêt ; l’exploration du passé éclaire le présent ; l’interrogation sur l’autobiographie et le métier d’écrivain nous questionne sur notre activité de lecteur et notre rapport à autrui : « Dans le récit des autres, j’ai appris à arrêter ma respiration pour laisser l’invisible de moi-même remuer la terre d’où il vient. Dans les personnages que j’ai vus, sentis et imaginés, j’ai reconnu l’inexplicable de moi-même ».

Copies est bien plus efficace que les best-sellers actuels proposant des recettes simplistes pour être heureux. C’est à la fois un manuel sur l’art de transmettre sa passion pour la littérature, un guide pour mieux comprendre sa vie de couple, un précis de l’art de bien vieillir, d’accueillir la maturité comme une aventure troublante et exaltante : « Il faut du temps pour apprendre à mourir. Il faut du temps pour faire du néant de sa vie un trop-plein d’énergie ».

Dans ce livre atypique, l’auteur nous tend un miroir bienveillant afin que nous posions sur nos vies un regard plein de délicatesse. La nostalgie y devient la pierre angulaire de l’amour : « L’amour pleure souvent ». L’attention au langage, la clé de notre liberté et le rêve que l’on ne peut atteindre, un moyen de vivifier notre existence. Ainsi Thierry Radière illustre à travers son récit la citation de Robert Mac Liam Wilson mise en exergue dans Copies : « Toutes les histoires sont des histoires d’amour ».

 

Balval Ekel

 

Le livre est à commander directement via le site de l’éditeur à l’adresse suivante :www.jacquesflamenteditions.com/254-copies/

 


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A propos de l'écrivain

Thierry Radière

 

Thierry Radière vit et travaille comme professeur d’anglais à Fontenay-le-Comte en Vendée. Poète, romancier, nouvelliste, il est publié dans de nombreuses revues et a plusieurs livres à son actif. Il tient un blog littéraire « sans botox ni silicone » que vous pouvez consulter en cliquant sur le lien suivant : http://sbns.eklablog.com

 


 

A propos du rédacteur

Balval Ekel

 

Balval Ekel vit entourée de livres et de gens qui les aiment. C’est une chance qu’elle essaie de transmettre aux adolescents avec qui elle travaille. Elle est l’auteur de deux livres : Elek Bacsik, un homme dans la nuit, consacré à son père, et Le Bunker, sixième témoignage, éditions Jacques Flament.