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Collection "Les Coquinettes", entretien avec Fabienne Blanchut

Ecrit par Valérie Debieux 18.05.13 dans La Une CED, Les Dossiers, Entretiens

Collection

 

Après des études d’Histoire à l’Université de Grenoble, Fabienne Blanchut « monte » à Paris où elle entreprend un DEA en Sciences Sociales à Jussieu, puis enchaîne avec un DESS en Audiovisuel et Editions à la Sorbonne. Après un début de carrière au CSA, puis chez M6, et ensuite à TF1, elle commence alors à écrire des concepts d’émissions télévisées. L’écriture devient son mode d’expression favori, et la littérature jeunesse lui tend les bras.

Auteure de livres pour enfants et scénariste auprès des télévisions française et belge, elle publie actuellement une nouvelle collection chez Hachette, Les Coquinettes, avec sa complice de toujours, Camille Dubois. Et de rappeler que Fabienne Blanchut continue à travailler sur Princesse parfaite (plus de vingt volumes chez Fleurus).

Des Coquinettes à l’aquarium vient de paraître, et, à cette occasion, Fabienne Blanchut a accepté de répondre à mes questions.

Valérie Debieux : Fabienne Blanchut, vous vivez aujourd’hui à Bruxelles, quel est votre emploi du temps ?

 

Fabienne Blanchut : Mes journées se partagent essentiellement en trois activités : je travaille à la télévision où je suis responsable de la veille concurrentielle pour la RTBF (la chaîne nationale belge), je travaille aussi pour BETV, Canal+ Belgique. D’autre part, plusieurs sociétés de productions (télé) font appel à mes services comme consultante ou auteur. En effet, je conçois et j’écris des émissions (documentaires, magazines, programmes courts…) et apporte ma connaissance du milieu audiovisuel et des relations avec les différentes chaînes de télé aux producteurs qui en font la demande. Voilà, pour la partie « Media consulting » mais aussi et surtout, je suis une auteure jeunesse comblée depuis bientôt 8 ans.

 

Valérie Debieux : La littérature jeunesse… Quel a été votre déclic ?

 

Fabienne Blanchut : Il n’y a pas un mais plusieurs déclics… D’abord, j’ai été une enfant à l’imagination très fertile. J’adorais qu’on me raconte des histoires, ensuite, je m’empressais de faire des mises en scène et de rejouer les fins qui ne me plaisaient pas… Quand j’ai su lire (assez vite), je n’ai plus levé les yeux des livres (je suis toujours aujourd’hui une lectrice compulsive [Sourire]. A cela rajoutons que j’avais, disons depuis toujours, une certaine facilité à écrire et à inventer des univers auxquels adhéraient mes ami(e)s. La littérature pour enfants, s’est imposée, je dirais, naturellement. D’autant plus que j’apprécie les collaborations et que c’est ce qu’offre cette littérature-ci… a contrario du roman qui est un travail solitaire. Travailler avec un illustrateur est un partage formidable que j’ai la chance de vivre.

Enfin, le dernier déclic est à créditer sur le compte de mon frère, Thomas. J’habitais Paris à l’époque. Mon frère, qui était sur Annecy, avait dans ses amies une jeune femme qui avait fait une école d’arts et qui se spécialisait dans l’illustration pour enfants. Il m’a donné son numéro de téléphone. Quelque temps après, j’échangeais pour la première fois avec Camille Dubois. Nous avons bavardé, longuement, et décidé, assez vite, de nous envoyer illustrations et textes… Immédiatement, nous avons su que nos univers se répondraient. Ainsi est né le personnage qui est devenu, par la suite, la collection Zoé, Princesse Parfaite, éditée par Fleurus Enfants. Thomas est en quelque sorte le parrain de cette collection. Mon lutin !

 

Valérie Debieux : Qu’est-ce qui vous touche le plus dans le monde de l’enfance ?

 

Fabienne Blanchut : La facilité avec laquelle les enfants s’évadent. Leur monde est en perpétuel mouvement. C’est ça que je rêve de saisir… et de retranscrire… Je crois que ma grande force est de demeurer fidèle à l’enfant que j’ai été. Et ma plus grande fierté est de donner envie aux enfants de lire. Avec la littérature, IMPOSSIBLE de s’ennuyer dans la vie. C’est le message qui passe auprès des plus petits, et des parents que je rencontre. Je le vis comme une vraie responsabilité d’ailleurs, car ces bouts de choux sont les futurs lecteurs des romans d’hier, d’aujourd’hui et de demain… En les regardant, je me dis qu’un jour, quand je serai une vieille dame écrivain, l’un d’entre eux débutera sa carrière d’illustrateur et que peut-être, nous réaliserons un album ensemble… Ce serait amusant !

 

Valérie Debieux : Vous travaillez depuis des années avec Camille Dubois. Est-ce que vous vous concertez avant d’entreprendre la préparation d’un nouvel album ? Comment procédez-vous à chacune de vos créations ?

 

Fabienne Blanchut : Cela fait maintenant 8 ans que nous travaillons ensemble Camille et moi. Nous sommes un « vieux couple » !

Sans plaisanter, cette collaboration est extrêmement enrichissante et basée sur la confiance et le respect mutuel. Nous avons toujours énormément échangé. Nous nous faisons des retours sur les textes et les illustrations. Avant même d’envoyer aux éditeurs. Camille est ma première lectrice.

Quant aux méthodes de préparation, ce sont souvent les mêmes car j’ai la chance d’avoir le loisir de choisir les thèmes que je veux aborder, que ce soit pour Zoé, Princesse Parfaite ou pour Les Coquinettes. Notre botte secrète est aussi que les deux dernières filles de Camille ont l’âge de notre « cœur de cible » !! C’est pratique !

Le processus de création est le suivant. Une fois le thème arrêté, j’écris un premier jet. Je laisse reposer, le retravaille puis l’envoie à Camille qui me fait ses remarques. Je les intègre, si je les considère pertinentes, ce qui est souvent le cas, et ensuite j’envoie aux éditeurs. A leur tour, ils me font des remarques. Parfois j’ai des modifications. Le texte est donc retravaillé. Je vais dire que la moyenne pour l’acceptation d’un texte est une V3.

Une fois le texte validé, Camille se met à son tour au travail et nous procédons de la même manière. Je commente ses dessins. Elle modifie. Envoie. Retravaille…

Pour Zoé Princesse Parfaite, un texte ayant reçu l’approbation de l’éditrice ne bouge plus. Pour lesCoquinettes, il arrive parfois que l’illustration et le texte disent la même chose, alors je modifie pour l’enrichir et peux le retravailler jusqu’au départ à l’impression. J’estime que c’est à moi de le faire plus qu’à Camille, car bouger une ligne est moins fastidieux que de changer entièrement une composition de page.

Et puis, il nous arrive d’avoir des commandes séparées… J’avoue que jusqu’à maintenant, c’est avec elle que je préfère travailler. Que voulez-vous, on se manque quand des éditeurs nous séparent [Sourire].

 

Valérie Debieux : Combien d’albums créez-vous par an ?

 

Fabienne Blanchut : Cela est très variable. En général, la première année d’une collection, il faut sortir au moins 4 albums pour installer la série. Cela a été le cas chez Fleurus pendant les 2 premières années d’existence de Zoé, la première année de création de Jules, petit ange parfait et la même chose pour Les Coquinettes chez Hachette.

Lancée en septembre 2012, la collection compte 5 titres, un 6e sortira en septembre et s’appellera Les Coquinettes, amies pour la vie !

Pour répondre très concrètement à votre question, Valérie, on va dire que depuis 2 ans, la moyenne est à 5/6 titres.

 

Valérie Debieux : Vous avez travaillé également sur la collection « Petit Ange Parfait » ainsi que sur celle de « Nina et Grodounours ». Pouvez-vous nous en dire plus à ce sujet ?

 

Fabienne Blanchut : Pour Nina et Grodounours, nous avons sorti en 2006 deux titres aujourd’hui épuisés dans une petite maison d’édition qui elle… a disparu.

Jules petit ange parfait a été publié par Fleurus enfants, 10 titres sont sortis entre 2006 et 2009.

La collection qui nous a fait connaître dès 2005 c’est Zoé Princesse Parfaite. 20 titres parus à ce jour, le 21e sortira en octobre (c’est un scoop). 18 langues de traduction pour le moment (allemand, néerlandais, espagnol, portugais, slovène, russe, danois, italien, catalan, grec, coréen, vietnamien, polonais, turc, thaïlandais, hongrois, arabe et chinois) pour plus d’un million d’albums vendus. Cette aventure est fabuleuse ! C’est fortes de ce succès qu’Hachette nous a publiées, lorsque nous sommes allées leur présenter nos Coquinettes… Je crois qu’il y a déjà une traduction en pourparler…

 

Valérie Debieux : Est-ce que l’animation vous intéresse ? Souhaitez-vous intervenir et lire vos histoires, en public, auprès de médiathèques, de bibliothèques, de librairies, ou encore auprès de la célèbre Fondation Theodora ?

 

Fabienne Blanchut : J’interviens dans des écoles à la demande des instits, bibliothécaires, médiathèques et autres organismes… Ce sont toujours de délicieux moments. Je suis en train de préparer une animation pour les 7/8 ans pour le salon « Le livre sur les quais de Morges » qui aura lieu en septembre. J’adore ! Si je n’aime pas tellement lire mes livres (je ne suis pas une conteuse), j’adore inventer toutes sortes d’activités autour du livre. Et lorsqu’on me sollicite, c’est toujours un immense OUI que je retourne aux invitations.

 

Valérie Debieux : Vous venez de vous rendre au Salon du Livre de Paris en mars dernier. Vous serez présente à la Croix-Valmer en mai prochain, à Morges dès la rentrée de septembre ainsi qu’à St-Etienne, en octobre 2013. J’imagine que les rencontres avec vos jeunes lecteurs et lectrices doivent être très touchantes. Comment réagit votre lectorat face à vos histoires ? Avez-vous une anecdote à nous raconter ?

 

Fabienne Blanchut : La rencontre avec son public est une expérience unique pour un auteur. Très intense même si fugace car quand vous avez 30 personnes devant vous, vous ne pouvez pas trop vous attarder pour discuter. Cependant, je crois savoir me rendre disponible et essaye, au mieux, de personnaliser ces instants. Heureusement, maintenant avec les moyens de communication (je pense à facebook où je suis active pour parler des rencontres et des sorties de mes albums), il arrive que nous prolongions la conversation et que nous nous rencontrions même une nouvelle fois… Il est des parents qui sont devenus des correspondants réguliers et qui m’envoient des photos et des nouvelles de leurs têtes blondes, brunes ou rousses [Sourire].

Et puis, il y a les fans de la première heure. Ce qui est génial avec nos albums, à Camille et à moi, c’est que nous sommes déjà à la 2e génération voire la 3e de lecteurs/lectrices. Et puis toute la famille se sent concernée, les parents, les grands-parents, les tantes, les oncles… C’est vertigineux de se dire qu’on est dans plein de foyers… Emouvant, vraiment.

Une anecdote ? Il y en a plusieurs : je retiens surtout les yeux émerveillés des enfants qui arrivent juste à hauteur de la table de dédicaces, leur timidité face à moi, leurs questions car moi j’ai le droit d’écrire dans les livres et pas eux, leur courage aussi quand, de très timides, ils se décrispent et viennent demander un bisou et une photo. A trois ans, je ne sais pas trop ce qu’ils retiennent de cet instant mais il se passe forcément des choses.

Je retiens aussi les parents qui viennent nous dire « merci » de les avoir aidés à passer un cap avec leurs enfants concernant « les caprices », « la propreté », « les mensonges », « la politesse »… Une maman m’a dit un jour « vous avez changé notre vie »… C’est tellement dingue, que ça me donne encore des frissons quand je relis son message.

A 99% ce sont des remarques bienveillantes et des encouragements à continuer encore et encore…

Enfin, je me souviens, plus particulièrement, d’une fillette à Brest qui était venue me demander si les Princesses pouvaient avoir des lunettes. Elle était très myope cette petite fille, avec des verres très épais. D’abord, j’ai essayé de la rassurer et elle a vu que je portais également une paire de lunettes. Ensuite, je me suis et surtout lui ai promis de créer une histoire autour des lunettes. J’ai tenu ma promesse ! Dans les Coquinettes, Phulan (une de nos petites chipies) en porte. Et puis, une chose incroyable s’est produite : Fleurus et les opticiens KRYS nous ont commandé, à Camille et à moi, un album qui s’intitule Jules et Zoé portent des lunettes… de vue, de soleil, de piscine… Cet album lui est dédié, parce que je n’ai jamais oublié sa petite voix inquiète… « Dis Madame, est-ce que tu sais toi s’il existe des princesses qui portent des lunettes ? ».

 

Valérie Debieux : Je vous laisse le mot de la fin…

 

Fabienne Blanchut : Que vous dire… Nos 38e et 39e albums sortiront à l’automne, nous avons déjà pour 2014 trois titres en préparation pour Hachette, deux pour Zoé Princesse Parfaite. J’ai en solitaire deux projets (sans Camille) pour une maison d’édition suisse… Avec Fleurus, nous réfléchissons aussi à une nouvelle collection « garçons »…

Vous l’aurez compris, je rêve de ne faire plus que cela : écrire, écrire et encore écrire !

Et puis, nous travaillons sur une adaptation possible de Zoé en dessin animé… Ce qui serait une consécration et un bonheur immense. A suivre donc…

Mon dernier mot sera pour nos lectrices et lecteurs. Le succès est là grâce à eux. Cela nous rend très heureuses et Camille et moi ne saurons jamais assez les remercier. Vous nous comblez !

Enfin, merci à vous Valérie pour cette tribune, ce délicieux moment, votre gentillesse et la pertinence de vos questions.

 

Entretien mené par Valérie Debieux

 


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A propos du rédacteur

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Valérie Debieux a été Directrice adjointe, rédactrice et responsable de la communication sur les réseaux sociaux (septembre 2011-juillet 2014)

Rédactrice et responsable du secteur littérature suisse

Ecrivain et traductrice littéraire née en Suisse en 1970

Membre de l’Association des Amis de Jean Giono: http://www.jeangiono.org/


Le site de Valérie Debieux :

www.lagalerielitteraire.com