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Chroniques régulières

La chronique du sel et du soufre (Octobre 2012)

Ecrit par Jean-Luc Maxence , le Mercredi, 17 Octobre 2012. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

Sachons lire et écrire

 

In memoriam en arabe et en français ? En juin 1939, lors d’une enquête effectuée en Kabylie, Albert Camus écrivait : « Il n’est pas de spectacle plus désespéré que cette misère au milieu du plus beau pays du monde ». En effet. J’ai songé à cette phrase, à cette clef, en lisant avec émotion les récits d’Algérie de Dominique Dussidour (1) que le Service de Presse bien inspiré des éditions de La Table Ronde vient de m’adresser.

Chemin faisant, je me suis demandé – logique du raisonnement – ce qui faisait qu’un journal de voyage était frappant ou non. Quelle alchimie secrète faisait qu’un cahier d’observations soit bouleversant ou sans grand intérêt, selon les mots et les images, et non point seulement selon les idées. Alors, j’ai repris l’œuvre de Camus, encore lui, quand il souligne qu’il faut être deux lorsqu’on écrit pour toucher au cœur et que le grand problème devient en littérature française la bonne traduction de ce que l’on sent en ce qu’on veut faire sentir au lecteur. Et Camus de préciser : « Nous appelons mauvais écrivain celui qui s’exprime en tenant compte d’un contexte intérieur que le lecteur ne peut connaître ». L’auteur médiocre, par là, est amené à dire tout ce qui lui plaît. La grande règle de l’artiste, au contraire, est de s’oublier à moitié au profit d’une expression communicable (nous soulignons à dessein la seconde partie de la phrase).

La Cause Buissonnière (8) : Bonbek

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Dimanche, 14 Octobre 2012. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

 

« Aaaaaah », « Grrrrrr », « Beurk »… voilà à quoi vous vous exposez cet automne avec le dernier numéro de la revue Bonbek, « la revue pour enfants qui rend jaloux les parents » ! Vos enfants vont hurler de peur et de rire en se saisissant de cet objet de convoitise qui renvoie au placard les publications bêtifiantes et les « jolies histoires ».

Au programme de ce numéro totalement déjanté, il y a des MAXi-plantes et des MAXi-frousses, un Monstrorama, des Monstres à dessiner et à habiller, d’horribles et succulentes recettes, un jeu d’ombres chinoises à vous faire frissonner dans vos chaumières, une BD, une petite histoire et une grande en version bilingue, qui font peur bien entendu… Les dessins et illustrations regorgent de créatures terrifiantes et bizarres. Le design et la réalisation technique de la revue sont tout simplement parfaits. Plein d’humour et de jeux de mots, Bonbek décoiffe et offre à ses lecteurs un cocktail très réussi : leurs goûts, leurs thèmes favoris s’y trouvent mis en valeur avec une exigence rare et un refus total du conformisme ; ainsi la rubrique Demande à ta mère :

La Mère Michel a lu (12) - L'an dernier à Jérusalem de Myriam Sâr

Ecrit par Michel Host , le Jeudi, 11 Octobre 2012. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

 

 

« La Mère Michel n’a jamais perdu son chat. Elle le tient attaché, ne le lâche pas de l’œil. Le félin est un livre, il n’a pas d’âge. D’hier, d’aujourd’hui, de toujours, il miaule derrière la porte ».

 

L’An dernier à Jérusalem

par Myriam Sâr / Sarah Vajda

160 pages

Prix : 16 €

Chemins de lectures (15) - Le Nobel et le scribouillard

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 04 Octobre 2012. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

 

Il arrive que l’Académie suédoise ait de très belles idées. Il y a quelques années elle nobélisa Mario Vargas-Llosa.

Jamais aucun prix littéraire ne m’aura fait bondir de joie comme celui attribué à Mario Vargas-Llosa. A la fois parce qu’il est dans le cercle très fermé de mes écrivains préférés depuis une quarantaine d’années et que je considère « Tante Julia et le scribouillard » comme un des plus grands livres jamais écrits dans l’histoire de la littérature. Et je ne suis pas loin d’en penser autant de « La ville et les chiens », de « la Guerre de la fin du monde » et de « Qui a tué Palomino Molero ? ».

Ma première rencontre avec Le grand Vargas-Llosa est attachée à jamais à un souvenir personnel profond : un ami, professeur d’espagnol dans le même lycée que moi du temps qui me semble déjà lointain où j’enseignais les Lettres, un grand oiseau au grand cœur qui s’appelait Francis (adiós Francis, descansa en el cielo) et qui dévorait la littérature hispanique m’a dit un jour : « Comment peux-tu porter aux nues le « Cent ans de solitude » de Gabriel Garcia Marquez (qui était alors LE livre !) alors que je parie que tu n’as même pas encore lu un Vargas-Llosa ? » Et c’était vrai, je n’avais jamais entendu même ce nom. Alors Francis m’a passé « La Ville et les chiens » et le virus s’est installé en moi, pour toujours.

Les deux font la paire

Ecrit par Jean Bogdelin , le Mardi, 02 Octobre 2012. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

 

Il y a parfois des injustices en littérature, où un sujet, pourtant traité avec talent par un écrivain, semble produire un écho important chez un autre, au point de lui inspirer presque la même histoire, et conduire de surcroît la seconde histoire à prendre un envol sans commune mesure avec la première, obtenant un effet si définitif, à cause d’un moment particulièrement favorable, qu’elle rejette la première quasiment dans les oubliettes. C’est ce qui est arrivé à Lokis (1869) de Mérimée.

Lorsque le jeune R.L Stevenson parcourait le Midi en 1873 (Travels with a donkey in the Cevennes), prolongeait-t-il son plaisir en parcourant le soir, avant de se coucher, étant supposé qu’il avait fréquenté les autres, la dernière nouvelle de Mérimée, très précisément Le Manuscrit du Professeur Wittembach, plus connus sous le titre de Lokis ? Il connaissait les écrivains français de l’époque, et lisait V Hugo, dont la stature lui était bien familière, à preuves ses chroniques publiées dans The Cornhill.

Par ailleurs, en dépit de l’opinion peu favorable, plus politique que littéraire, de Hugo sur Mérimée, écrivain de cour sous Napoléon III, la parution des nouvelles posthumes de Mérimée, justement en 1873, n’a pu échapper à notre jeune voyageur.