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Chroniques régulières

La chronique du sel et du soufre (Février 2013)

Ecrit par Jean-Luc Maxence , le Mardi, 19 Février 2013. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

 

Rendez à Césaire ce qui est à Césaire !

 

À l’occasion du centième anniversaire de la naissance du nègre universel, Aimé Césaire (1913-2008), il semble venu le temps opportun de relire l’œuvre lyrique et flamboyante du condisciple de Léopold Sédar Senghor à l’École Normale Supérieure. L’homme est désormais un mythe, le symbole de l’intégration du poétique et du politique. Son poème Cahier d’un retour au pays natal, écrit en 1938, paraît en 1947 avec une préface d’André Breton. Celui-ci salue en lui « un grand poète noir » entamant le chant profond de la liberté et devenant, après un long destin, le héros du réveil de l’Afrique à la cause des Noirs.

Maire de Fort-de-France depuis 1945, et député de la Martinique, Césaire fut en un premier temps apparenté au groupe communiste, puis il rompit avec ce dernier en 1956, analysant ses options sur l’indépendance des colonies africaines. Ensuite, Césaire finit par fonder le parti progressiste martiniquais.

La mer de tous les choix

Ecrit par Kamel Daoud , le Mardi, 12 Février 2013. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

 

Mère, à force d’écouter Renaud j’ai fini par faire comme lui. J’ai pris la mer la nuit du doute. On était six à embarquer sur une coquille d’œuf et personne n’avait confiance en ce radeau de la méduse. Mais avait-on le choix mère ? Mohamed était le capitaine de la traversée et c’était à lui, après Dieu et ses prophètes, que nous avons confié nos vies. Il possédait la science de la mer d’après ce que nous ont dit les vétérans de la harga. Il y avait également Aïssa, un intello portant des lunettes et la haine du monde. Ses binocles étaient plus pour supporter sa myopie qu’un signe extérieur d’intelligence. A ses côtés, Youcef le chômeur. Lui, c’était une force de la nature, tout dans les bras et rien dans le pois chiche. Son sourire enfantin était un réconfort pour les blessures de la vie, mais il ne se rendait pas compte du monde qui l’entourait. Aïssa l’intello, qui semblait bien le connaître, dira de lui qu’il est l’enfant du ciel et que Dieu avait refermé son livre parce qu’il était innocence. Yahia était le plus âgé des passagers et sa barbe grisonnante trahissait le poids des ans. Il ne parlait pas du tout et quand j’y repense, je ne l’ai pas entendu articuler une seule syllabe depuis notre rencontre sur le sable mouillé de la plage d’où nous avions pris le départ. Egalement à bord de l’aventure, Ibrahim le sage. Un saint homme avec au front la marque de la dévotion. Son regard avait le don d’apaiser les consciences et de réconforter les âmes tourmentées.

Carnets d'un Fou - XX

, le Jeudi, 07 Février 2013. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

 

 

Le 3 février 2013

 

Rétrospectivité / Prospectivité / Objectivité / Subjectivité / Invectivité / Perspectivité / Salubrité

 

« Ce n’est plus le temps où l’on s’étendait sous un arbre à regarder le ciel entre deux orteils, mais le temps où l’on produit ».

Robert Musil

Van Cleef & Arpels : pour une poignée de diamants

Ecrit par Elisa Amaru , le Lundi, 04 Février 2013. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

 

 

Le pedigree d’un auteur augure souvent du livre à venir dans l’ordre de ses priorités. Responsable des pages histoire et royautés du magazine Point de Vue, passionné des belles pierres, de leurs multiples facettes et de leurs attraits, Vincent Meylan s’était déjà entiché de l’univers de la maison Boucheron à travers l’ouvrage très exhaustif Archives secrètes Boucheron. Le sieur Meylan récidive donc avec Trésors et légendes Van Cleef & Arpels, paru fin novembre aux Editions Télémaque. Ou la fascination, le trouble, la tragédie et le grandiose sans égal qu’exercent pierres précieuses et chefs d’œuvre de la haute joaillerie sur les hommes via le prisme d’un titan : Van Cleef & Arpels. Hasard ou prémonition, La parole perdue des pierres, livre de Odile Alleguede publié aux Editions Quintessence, s’intéressait déjà aux rapports ambigus et, parfois, mortels que les joyaux chargés d’histoire entretiennent avec le sort…

Un attrape-coeurs dans la nature

Ecrit par Claire Teysserre-Orion , le Mercredi, 30 Janvier 2013. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

 

« Personne ne capte rien. Ça me prend des fois, j’ai envie de gueuler ça sur les toits. On vit une époque à chier. Croyez-moi, c’est la vérité vraie ».

Le premier roman de Nguyên Huy Thiêp se lit au pas de course. Car il faut le suivre cet anti-héros des rues de Hanoi, capitale bruyante et circulante. Khuê, 20 ans à la première page, est un gamin plutôt gâté par la vie. Il exècre cependant sa famille (« J’ai un père, une mère et un grand frère qui sont cons comme leurs pieds ») et ses professeurs (« Pour faire le paon et débiter des conneries sur l’estrade, ça y va »). Voilà le guide, peu ordinaire, que je me suis dégoté ; il va falloir que je le suive, moi aussi au pas de course : le parcours risque d’être détonnant.

« Les rues de Hanoï, je connais par cœur : crasseuses, bordéliques – à vomir. Les yeux fermés, je reconnaîtrais n’importe quelle rue par son odeur. Vous ne me croyez pas ? L’odeur du marché ? Ça, c’est la rue des Prunus blancs ; l’odeur de la fripe ? La rue de la Plaine du Printemps ; l’odeur des équipements de bureaux ? La rue des Deux-Sœurs-Trung ».