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Chroniques régulières

Voies de traverse (4) Abdellah Taïa

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Samedi, 21 Avril 2012. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

 

Il est des rencontres littéraires qui ne vont pas de soi. Des livres autour desquels on tourne longtemps ; des livres qu’on observe de loin, que l’on ouvre, puis que l’on referme. Il faut parfois savoir attendre. Il faut même apprendre à renoncer. Il faut laisser le temps faire sa besogne, avant d’espérer entrer en communion avec l’œuvre qui s’échappe. Les livres d’Abdellah Taïa font partie de cette catégorie de livres qui résistent mais qui offrent les plus grands moments de lecture, qui vont s’imprimer en vous avec ténacité et voracité.

D’un livre à l’autre, Taïa se raconte. Il raconte son enfance, son Maroc, Salé, les rituels quotidiens et la percée des esprits, sa mère M’Barka, son grand frère adoré et perdu, le cinéma, ses amours, ses rêves, ses entrées en Europe, Paris, la Suisse, la douleur de l’amour, ses espoirs. Avec pudeur, avec l’impudeur de sa pudeur, il tisse une toile qu’il n’arrête pas de défaire. De son propre aveu, il refuse la fiction et subit le joug de son « je » (« Genet, Abdallah et moi », 2010). Il travaille à pleines mains cette matière qui est sienne et dont il cherche à faire jaillir sa vérité.

Carnets d'un fou - XVI, Michel Host

Ecrit par Michel Host , le Mercredi, 18 Avril 2012. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

 

Le 10 avril 2012

 

Rétrospectivité / Prospectivité / Objectivité / Subjectivité / Invectivité / Perspectivité / Salubrité

 

Nous autres pauvres sommes comme le zéro qui de soi ne vaut rien, mais donne valeur au chiffre qui s’y appose, et d’autant plus de valeur que plus de zéros le suivent. Si tu veux valoir dix, mets un pauvre auprès de toi…

Mateo Alemán

Guzmán de Alfarache

 

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Souffles. Les enfants ont grandi !

Ecrit par Amin Zaoui , le Lundi, 09 Avril 2012. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

Les enfants ont grandi ! Ceux qui sont nés au premier lever du soleil, du premier jour de l'indépendance, ont aujourd'hui cinquante ans ! Depuis que le coq du village a chanté l'heure de l'aube de l'indépendance, quelques rêves ont vieilli ! D'autres se sont rouillés ! D'autres encore ont fleuri ! Nos grands-pères, nos pères, littéraires ou génitaux, tous, un jour ont pris le chemin vers le levant pour récolter les étoiles ! La liberté ! Ils avaient une autre image de l'Algérie. Leur Algérie. Ils l'avaient imaginée libre, plurielle et moderne. Un demi-siècle après, et depuis le lancement du premier youyou d'une femme aux pieds nus noyés dans la boue, la tête et le cœur dans la liesse, je me demande : vivons-nous dans le rêve qui hantait cette femme, vivons-nous le symbolique de ce youyou d'indépendance ? Certes, cette femme campagnarde analphabète vénérait, comme toutes nos grands-mères et nos mères, la lumière de la lettre “el harf”.

Aujourd'hui nous avons huit millions d'écoliers, peut-être un peu plus, mais la quantité ne fait pas le rêve de cette femme-là. L'école est sinistrée et la femme au youyou est abattue. Certes, parce qu'elle apprenait des centaines de contes et des histoires fabuleuses, cette femme au youyou aimait le voyage, imaginait ses enfants et ses petits-enfants partir un jour visiter le monde, celui installé sur l'autre rive. Mais cette femme au youyou n'a jamais imaginé qu'un jour d'indépendance, ses enfants seront offerts aux requins et au sel de la mer. Et la femme au youyou est triste.

Chemins de lectures (12) Joyce, le début de la fin ?

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 05 Avril 2012. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED


James Joyce constitue un cas à part dans la littérature mondiale. (A peu près) tout le monde le connaît, au moins de nom. (A peu près) tout le monde dit que c'est un immense écrivain. Si vous grattez un peu, vous vous apercevez très vite que très peu l'ont vraiment lu. Ou, s'ils l'ont fait, c'est un livre voire un bout de livre. Et il est rare qu'ils y aient pris vraiment du plaisir ! Voilà qui pose question. Comment peut-on à la fois considérer Joyce comme un écrivain majeur du XXème siècle et sentir, confusément, que sa lecture n'est pas toujours un moment de bonheur pour ceux qui s'y consacrent ?


Nous sortons souvent de Joyce un peu... lessivés ! La traversée d'« Ulysses » est une expédition hasardeuse (osons la métaphore homérique). J'ose à peine parler de « lecture ». Joyce nous emmène avec lui dans un furieux combat avec la langue. Ou « contre » la langue. Et c'est pire encore avec ses œuvres tardives, « Finnegan's Wake » en particulier. Une question surgit jusqu'à l'obsession quand, au gré des lectures de Joyce, on revient, comme je viens de le faire, à son « Dubliners » (« Gens de Dublin »). Je pense en particulier à la nouvelle intitulée « The Dead » (« Les morts »).

La cause buissonnière : lisez jeunesse ! (1)

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Samedi, 31 Mars 2012. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED


Il est des histoires que l’on ne se lasse pas de lire et de relire et d’autres, si souvent transposées qu’on les juge galvaudées ou devenues insipides. « Le Petit Chaperon rouge » fait partie de ces rengaines si familières qu’on y devient allergique ou qu’on lui préfère ses pastiches, ses réécritures en diverses couleurs, à diverses époques... ou ses adaptations en cartoon ou film d’animation.

Mais revenons à notre galette : Charles Perrault offrit à ce conte sinistre une fin sans appel, le loup dévorant avec délices une mère-grand et le chaperon lui-même. Avertissement de l’auteur : jeunes enfants et surtout jeunes filles « font très mal d’écouter toute sorte de gens » ! Avertissement redoublé d’une deuxième moralité encore plus impitoyable et qui signale que « tous les loups ne sont pas de la sorte » de ce méchant mangeur d’hommes, « que ces loups doucereux / De tous les loups sont les plus dangereux ». Cette chute sauvage - et son cortège de moralités - a été remplacée, chez les frères Grimm, par l’arrivée chevaleresque d’un bûcheron qui s’empresse d’ouvrir les entrailles de l’animal pour en faire sortir les deux parentes vives et intactes et d’y fourrer des pierres.