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Chroniques régulières

John Steinbeck : De America

Ecrit par Avi Barack , le Mardi, 05 Juin 2012. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

 

L'opinion la plus courante concernant John Steinbeck et son œuvre, et ce n’est innocent ni d’une conception inepte de la littérature ni d'un parti pris idéologique, est que le cadre du travail de Steinbeck, de son discours, serait en gros un regard « sur » l’Amérique. Et on en a tiré, à longueur d’études et de thèses à n’en plus finir, une vision parfaitement desséchée de ce trésor littéraire. Regard « sur » l’Amérique entend regard « sur » l’histoire de l’Amérique d’où coupure Histoire/sujet regardant : du coup, de papa Steinbeck, on attend une critique – tant qu’à faire "marxiste-léniniste" ne lésinons pas – de l’Histoire Yankee passée et présente ! Ben voyons. Il y a Steinbeck et il y a les USA donc tout est possible. Tout est possible oui, même l’aveuglement, même de passer les bornes. De se permettre un glissement de préposition s’érige en symptôme. Du « sur » au « de » c’est la frontière, rien que ça, entre idéalisme et matérialisme. Il n’y a pas de « ça-parle » de Steinbeck « sur » l’Amérique parce que l’enracinement symbolique est ce qui du réel intervient dans l’imaginaire. Du réel ou, il y en a qui disent de la « réalité ». On peut dire cela plus simplement (j’entends bien la rumeur de l’hystérie) : Le discours de John Steinbeck n’est pas « sur » l’Amérique mais « de » l’Amérique. L’Amérique n’est pas son propos mais son lieu, le socle émetteur de son écriture, sa source.

La mère Michel a lu (10) - Le dernier Contingent, Alain-Julien Rudefoucauld

Ecrit par Michel Host , le Mardi, 15 Mai 2012. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

Le dernier contingent, Alain Julien Rudefoucauld, Éditions Tristram, 2012, roman, 501 pp., 24 €

www.Tristram.fr/ Tristram – BP 90110 – 32002 AUCH Cedex

 

DES MONDES SE REGARDENT, S’ÉLOIGNENT ET SOMBRENT

C’est entendu, le roman a fait parler de lui, et en bien. Le contraire eût été étonnant. Il a aussi obtenu un prix littéraire de renom, celui de France-Culture/Télérama. Voilà qui ne desservira pas son auteur, ni son éditeur, du moins La Mère Michel le leur souhaite bien haut.

 

Commençons par le volet aléas et désagréments. J’ai lu que plus de cinquante éditeurs avaient refusé le livre. Félicitons-les, ils ne se sont pas déjugés : pareils à eux-mêmes ils ont témoigné de la magnifique constance de leur pusillanimité et, comme souvent à travers leur regard commercial, leur myopie, leur goût du calibrage routinier, ont sous-estimé les capacités du lectorat et préjugé de ses réactions.

Souffles - La poésie et la pomme de terre !

Ecrit par Amin Zaoui , le Samedi, 05 Mai 2012. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

 

La poésie est faite pour faire rêver les lecteurs et les auditeurs. Le peuple qui ne rêve pas est un “amas” d’individus (ghachi), remorqué dans un wagon d’un train égaré et retardataire. Dont la destination est indéterminée. Inconnue. La pomme de terre (Lbatata), elle aussi, est faite pour faire rêver les Algériens. Le peuple qui ne cultive pas sa pomme de terre est un “peuple” sans pomme de terre ! C’est-à-dire sans rêve ! Cela dit, la pomme de terre et la poésie appartiennent génétiquement et génialement à la même famille, c’est-à-dire celle de l’art. Celui qui fait rêver debout ! Et le rêve est une forme de résistance ! Et le peuple qui rêve est un peuple en bonne santé ! Entre les Français et les Belges il y a eu toute une guerre intellectuellement féroce, et ça continue toujours, sur l’origine de celui qui fut le premier créateur des “frites”. Un Belge ou un Français ? Et les frites ne sont que de la pomme de terre ovale découpée en forme d’allumettes trempées dans de l’huile de tournesol ou d'arachide, bouillante ! Donc les frites, selon le dictionnaire français agréé par l’Académie française ou par l’Académie belge francophone, ne sont qu’une dérivée, parmi d’autres, de la pomme de terre. Plutôt une métamorphose !

Chemins de lectures (13) : Le Horla et les "voix" de l'écriture

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 03 Mai 2012. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

 

L'expérience de la lecture du « Horla » de Guy De Maupassant reste à jamais une traversée d'un espace d'effroi, où l'écriture s'érige en aventure extrême. J'entends extrême comme à toute extrémité, au bord de la chute, au bord d'un gouffre sans fond qui n'est rien moins que la folie.

 

L'écriture est toujours une expédition dangereuse, dont on ne sait si l'on reviendra intact. La littérature est pleine de ces tragédies du « dire sur soi », car il n'y a pas d'autre vraie matière de l'écriture fictionnelle que soi. Quel que soit l'effort de détachement, de distanciation, d'arrachement de l'œuvre à celui (à celle) qui la produit, en fin de compte, il reste un seul réel irréductible : l'âme de l'auteur, le sang de l'auteur, le corps de l'auteur. A un journaliste qui lui demandait de parler de lui Jorge-Luis Borges répondit, c'est devenu célèbre, « Que voulez-vous que je dise de moi ? Je ne sais rien de moi. Je ne sais même pas la date de ma mort ! ». Citation fameuse qui prend tout son sens quand on lui adjoint cette autre, du même Borges, en 1970 à l'occasion de la parution de son « Autobiographie » : « De toutes façons, je n'ai jamais rien écrit d'autre qu‘une autobiographie ! »

La Cause buissonnière : Lisez jeunesse ! (2)

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Vendredi, 27 Avril 2012. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

 

Abreuvés de jeunes filles amoureuses de vampires, de jeunes filles vampires, de jeunes filles luttant contre des vampires, de jeunes filles à la sauce chick-lit ou gossip, on en vient à se demander où sont passées les héroïnes. Celles qui n’attendent pas en haut d’une tour que leur existence démarre mais bien celles qui ont à vivre une destinée hors du commun, des aventures palpitantes et périlleuses, sans être le simple faire-valoir d’un garçon, sans forcément passer par la case love-story. Celles qui affrontent une réalité pesante et complexe et en sortent grandies, enrichies, prêtes à entrer dans une nouvelle étape de leur vie, sans se préoccuper outre mesure de leur look ou du qu’en dira-t-on. Celles pour qui l’amour ne se résume pas à un jeu, à une façon d’asseoir une réputation ou d’accéder à un statut social.

Le temps des héroïnes n’est pas révolu. Il s’agit d’être exigeant et de débusquer ces perles rares, ces figures qui parviennent à nous sortir des clichés et du marasme ambiant par leur originalité, leur fraîcheur et leur vivacité. Qu’elles explorent l’histoire, le fantastique, le handicap ou les traumatismes, qu’elles enquêtent, qu’elles luttent pour leur vie ou assumer leurs amours, voici les héroïnes de ce début 2012.