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Chroniques régulières

Partagez la littérature, le sel et l'eau

Ecrit par Amin Zaoui , le Mardi, 11 Juin 2013. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

 

"Souffles" (in Liberté, Alger)

 

Nous sommes le peuple du partage. Le partage est l’essence, et le sens de la vie. On se partage le pays, son soleil, ses langues et son histoire. Du moins ce qu’il devrait être, ce qu’il fallait être ! Pour vivre ensemble, mais en différence, en multiplicité, en pluralité et en diversité, il faut que le partage soit une culture et un comportement. Afin que le partage prenne son goût, il faut accepter l’autre. S’accepter en présence de l’autre. On partage les souffles du corps, son feu et sa cendre, avec celle qu’on aime, afin de voir la vie autrement, belle et élevée. Les jours coulent dans le miel et dans la flamme. On partage le bonheur, même si le bonheur n’est qu’illusion, avec ceux frappés par le malheur. On partage le malheur, même si le malheur est une réalité, afin de vérifier la patience des autres, et la nôtre aussi. On partage le plaisir d’écrire avec le lecteur, afin de déguster la magie du mot et le spiritisme du verbe. Sans le partage, il n’existera ni l’envie de l’écriture, ni celle de la lecture.

Chemins de lectures (17) - Black Dahlia, Black USA, Black Ellroy

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 30 Mai 2013. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

 

 

Avec « Underworld USA » James Ellroy continue ses fouilles littéraires et archéologiques dans les entrailles les plus  secrètes de l’Amérique, les plus glauques. Après « American Tabloïd » et « American Death Trip » le grand James nous donne, en point d’orgue à sa « Trilogie Américaine », une œuvre éblouissante, alliant avec sa maestria habituelle le noir le plus sombre et le talent le plus lumineux. C’est ça le secret. Ombre et lumière, les deux clés de l’énigme Ellroy, qui commence vraiment (il avait cependant écrit auparavant 6 chefs-d’œuvre !) par son « Dahlia Noir » (1987) et l’obsession envahissante de la mort de sa mère assassinée le 22 juin 1958, alors que James était un petit garçon de 10 ans. Obsession qu’il prétend lever avec « Ma part d’Ombre » en 1996 mais qui, obstinément, reste encore dans toute son œuvre, si ce n’est comme thème narratif, du moins comme matière même de l’écriture. L’œuvre d’Ellroy est écrite du sang de sa mère.

De la métaphysique pour reposer du politique

Ecrit par Kamel Daoud , le Vendredi, 17 Mai 2013. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

 

… Ce qui me bouleverse ce n’est pas ma mort : elle est mienne. Ce qui me chavire, me donne le vertige, me remplit d’extase et abîme ma pensée c’est ma naissance. Ma venue au monde. Comment cet immense vide qui me précède a fini par se concentrer dans l’infinie probabilité du hasard et l’extrême précision de la nécessité, pour m’engendrer moi, mes pensées, mon identité ? Qu’est-ce qui a obligé le vide à se remplir par ma présence. En quoi suis-je une nécessité et comment un être que rien n’attend finit par venir au monde comme une personne que rien ne remplace ?

Ce n’est pas ma tombe qui me fascine, mais le vide auquel je m’adosse. Le grand cosmos qui précède mon prénom est plus inquiétant et plus inexplicable que la pierre tombale qui va seulement essayer d’un peu me retenir.

Ce n’est pas la disparition qui est un drame, mais la naissance. Que je retourne au vide n’est que pente naturelle, mais que je remplace le vide par ma personne voilà le grand mystère, la formidable inquiétude qui devrait tous nous faire tourner la tête vers les commencements et occuper notre réflexion.

A la Cause, je bulle (1)

, le Jeudi, 16 Mai 2013. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

 

The Grocery, Acte I, t. 2, Guillaume Singelin et Aurélien Ducoudray, Ankama, février 2013, 104 pages, 14,90 €

 

The Grocery, Acte II, t. 2, Déclaration de guerre à Baltimore, Guillaume Singelin et Aurélien Ducoudray, Ankama, « Label 619 », 14 février 2013, 104 pages, 14,90 €

 

Révélation et succès incontournable de l’année 2011, le 1er volet de The Grocery dessinait la vie d’un quartier de Baltimore soumis à la crise économique et aux affrontements des gangs, la lutte pour la survie et le pouvoir. Installé depuis peu avec son père repreneur de l’épicerie du coin, Elliott devient ami avec les « cornerboys », des types déjantés, des adolescents aussi touchants que dangereux, menant leur petit commence de dope sans trop se poser de questions jusqu’à ce qu’un ancien caïd ne vienne imposer sa loi. D’une erreur à l’autre, Elliott sombre dans la délinquance et entraîne son père dans sa chute.

La chronique du sel et du soufre (Mai 2013) - Quelle singularité pour un "bon" livre ?

Ecrit par Jean-Luc Maxence , le Mercredi, 15 Mai 2013. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

 

Ce mois-ci, les éditeurs, petits et grands, m’ont donné à lire une riche mosaïque d’ouvrages passionnants à découvrir, très différents les uns des autres, et gardant tous, jusqu’au bout de la lecture, une existence personnelle, une individualité particulière, une singularité. Essayons d’y voir clair dans cette diversité de beaux talents.

Dominique Fabre, avec Des nuages et des tours (1), décrit et fait battre du cœur son quartier de la rue du Château des Rentiers, lequel est proche du mien, celui des hautes tours du treizième arrondissement de Paris, celui des Olympiades et de la zone asiatique. Le romancier, ici davantage poète que créateur d’intrigues humaines, réussit avec brio à décrire ce qu’est, aujourd’hui, un « village urbain », avec ses égrégores et son pittoresque, son no man’s land pathétique, ses miséreux et ses héros, ses humanistes et ses salauds, ses arbres tout blancs en fleurs, son énorme boucan et ses ombres perdues. Cela m’a fait songer à Jean Follain, à Valéry Larbaud, à Yves Martin. C’est plein de tendresse, saison après saison.