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Chroniques régulières

La mer de tous les choix

Ecrit par Kamel Daoud , le Mardi, 12 Février 2013. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

 

Mère, à force d’écouter Renaud j’ai fini par faire comme lui. J’ai pris la mer la nuit du doute. On était six à embarquer sur une coquille d’œuf et personne n’avait confiance en ce radeau de la méduse. Mais avait-on le choix mère ? Mohamed était le capitaine de la traversée et c’était à lui, après Dieu et ses prophètes, que nous avons confié nos vies. Il possédait la science de la mer d’après ce que nous ont dit les vétérans de la harga. Il y avait également Aïssa, un intello portant des lunettes et la haine du monde. Ses binocles étaient plus pour supporter sa myopie qu’un signe extérieur d’intelligence. A ses côtés, Youcef le chômeur. Lui, c’était une force de la nature, tout dans les bras et rien dans le pois chiche. Son sourire enfantin était un réconfort pour les blessures de la vie, mais il ne se rendait pas compte du monde qui l’entourait. Aïssa l’intello, qui semblait bien le connaître, dira de lui qu’il est l’enfant du ciel et que Dieu avait refermé son livre parce qu’il était innocence. Yahia était le plus âgé des passagers et sa barbe grisonnante trahissait le poids des ans. Il ne parlait pas du tout et quand j’y repense, je ne l’ai pas entendu articuler une seule syllabe depuis notre rencontre sur le sable mouillé de la plage d’où nous avions pris le départ. Egalement à bord de l’aventure, Ibrahim le sage. Un saint homme avec au front la marque de la dévotion. Son regard avait le don d’apaiser les consciences et de réconforter les âmes tourmentées.

Carnets d'un Fou - XX

, le Jeudi, 07 Février 2013. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

 

 

Le 3 février 2013

 

Rétrospectivité / Prospectivité / Objectivité / Subjectivité / Invectivité / Perspectivité / Salubrité

 

« Ce n’est plus le temps où l’on s’étendait sous un arbre à regarder le ciel entre deux orteils, mais le temps où l’on produit ».

Robert Musil

Un attrape-coeurs dans la nature

Ecrit par Claire Teysserre-Orion , le Mercredi, 30 Janvier 2013. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

 

« Personne ne capte rien. Ça me prend des fois, j’ai envie de gueuler ça sur les toits. On vit une époque à chier. Croyez-moi, c’est la vérité vraie ».

Le premier roman de Nguyên Huy Thiêp se lit au pas de course. Car il faut le suivre cet anti-héros des rues de Hanoi, capitale bruyante et circulante. Khuê, 20 ans à la première page, est un gamin plutôt gâté par la vie. Il exècre cependant sa famille (« J’ai un père, une mère et un grand frère qui sont cons comme leurs pieds ») et ses professeurs (« Pour faire le paon et débiter des conneries sur l’estrade, ça y va »). Voilà le guide, peu ordinaire, que je me suis dégoté ; il va falloir que je le suive, moi aussi au pas de course : le parcours risque d’être détonnant.

« Les rues de Hanoï, je connais par cœur : crasseuses, bordéliques – à vomir. Les yeux fermés, je reconnaîtrais n’importe quelle rue par son odeur. Vous ne me croyez pas ? L’odeur du marché ? Ça, c’est la rue des Prunus blancs ; l’odeur de la fripe ? La rue de la Plaine du Printemps ; l’odeur des équipements de bureaux ? La rue des Deux-Sœurs-Trung ».

La chronique du sel et du soufre (Janvier 2013)

Ecrit par Jean-Luc Maxence , le Jeudi, 17 Janvier 2013. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

Du nouveau sur le surréalisme

 

La parution récente de l’ouvrage de Patrick Lepetit Le surréalisme Parcours souterrain (1), préfacé par Bernard Roger est une heureuse surprise. En effet, le surréalisme garde, certes, ses admirateurs, ses fanatiques aussi, mais il y avait belle lurette que rien de véritablement nouveau n’avait été écrit sur le mouvement d’André Breton et ses « souterrains obscurs ». Or, l’étude, ou plutôt l’enquête remarquable de Lepetit, preuves à l’appui, nous démontre que le développement du surréalisme, de son avènement jusqu’à sa dissolution énigmatique en 1969, a toujours été fidèle à une alliance avec l’occulte sous toutes ses formes, y compris avec la franc-maçonnerie, la magie, l’alchimie, les rituels en général.

Comme l’exprime, en toute lucidité, Bernard Roger dans son avant-propos, la première qualité du gros volume de Patrick Lepetit est sa matière première, la myriade des renseignements historiques qu’il contient, le nombre impressionnant de rencontres qu’il propose aux lecteurs, sa biographie quasi exhaustive, et son refus de toute récupération facile. Il faut découvrir, « sous le signe de l’oie » ces quatorze chapitres très denses comme on explore une caverne d’Ali Baba, une grotte mythique aussi… On en ressort lunatique, enthousiaste, chaman aventureux.

Carnets d'un fou - XIX

Ecrit par Michel Host , le Mardi, 15 Janvier 2013. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

 

Le 8 janvier 2013

 

Rétrospectivité / Prospectivité / Objectivité / Subjectivité / Invectivité / Perspectivité / Salubrité

 

Elles [les prostituées] ressemblent au critique littéraire d’aujourd’hui, qui, sous quelques rapports, peut leur être comparé, et qui arrive à une profonde insouciance des formules d’art : il a tant lu d’ouvrages, il en voit tant passer, il s’est tant accoutumé aux pages écrites, il a subi tant de dénouements, il a vu tant de drames, il a tant fait d’articles sans dire ce qu’il pensait, en trahissant si souvent la cause de l’art en faveur de ses amitiés et de ses inimitiés, qu’il arrive au dégoût de toute chose et continue néanmoins à juger.

Balzac, Splendeurs & misères des courtisanes, I