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Chroniques régulières

Rentrée Littéraire 2013 : en faveur d’un certain art de livre

Ecrit par Elisa Amaru , le Mardi, 10 Septembre 2013. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

 

Bon, d’accord. Même si le terme galvaudé refleurit comme un marronnier chaque année, la rentrée littéraire, c’est tous les mois. Tous les jours, presque. Personne ne sait en général où donner de la lunette entre nouveaux titres, ressorties, reparutions, formats poche ou XXL, Pléiade ou Digest, éditions revues et augmentées, nouvelles publications annotées, exemplaires illustrés et traductions corrigées, alors en pleine cohue de rentrée littéraire, songez donc ! La preuve : sur 555 titres annoncés en plusieurs « salves » (aucun éditeur ne souhaitant marcher sur la couverture d’un confrère et griller toutes ses cartouches d’encre d’un coup), dont 198 romans étrangers et 357 français (parmi lesquels 86 premiers romans), combien de chroniqués ? La moitié ? Moins ? Ce n’est pas de la flemme de la part des critiques nationaux comme des écrivaillons des grands groupes aux dithyrambes troupiers (quoi ? le dernier Amélie Nothomb ? formidable !), non, c’est beaucoup plus insidieux et infiniment plus élaboré que cela. Il s’agit plutôt d’une lassitude faite d’habitude et d’accointance blasée avec le milieu, conjointe en temps et en heure avec l’actualité massive sur la scène littéraire de trois catégories d’auteurs. Ceux dont on a déjà et à maintes reprises parlé (Amélie sic) ; ceux dont on parlera (il faut bien changer, histoire de) ; enfin ceux qu’on a déjà oubliés faute d’y avoir d’emblée prêté attention.

La poésie élégiaque de Christian Bachelin

Ecrit par Jean Bogdelin , le Lundi, 09 Septembre 2013. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

 

On n’ose plus dire d’une poésie qu’elle est lyrique. Le mot est devenu pire que ringard. C’est dommage.

Dans l’Antiquité le poète était représenté une lyre à la main. C’est normal, il récitait ses poèmes en s’accompagnant. Forcément, il y avait du rythme dans la mélopée qu’il déclamait. Il était populaire, et le bon peuple devait se retrouver dans ses ballades et ses romances, au point de fredonner sûrement par cœur, sans se forcer, juste pour le plaisir, certains des morceaux entendus. Le charme de la poésie s’installait à distance, preuve de sa force, par cette présence dans l’esprit, meilleure même que la longueur en bouche après dégustation de grands vins. Cela a duré au moins jusqu’au Moyen Age et la Renaissance, puis le lyrisme, sans doute par ses excès, notamment avec le Romantisme, n’a plus convaincu. De nos jours le poète, celui qui se prend au sérieux, a rejeté sa lyre, et a laissé aux autres le soin de continuer à séduire le peuple à un niveau supposé subalterne, occupé par les Ferré, ou les Brassens. Dire que la poésie n’a plus de public n’est pas vrai, puisque ces auteurs ont mis en musique, et chanté avec succès, Villon, Baudelaire, Apollinaire, ou Aragon.

Ekphrasis 5 - Le grand parasol multicolore

Ecrit par Marie du Crest , le Samedi, 07 Septembre 2013. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

Le grand parasol multicolore


Le jardin en gradins est de l’autre côté de la paroi de verre. Un petit cabanon de bois bleu se dresse au centre comme sur une plage. Une jeune fille vend des boissons rafraîchissantes et des confiseries à ceux qui sont venus les voir. Nul ne peut entendre le bruit de la mer. Des tables et des sièges attendent les visiteurs. Boulevard Raspail. Paris. De loin, je les aperçois de dos ainsi que le reflet coloré de la grande ombrelle.

Couple sous un parasol. Matériaux divers, 300x 40 x 350 cm. Ils ont tous deux à peu près le même âge. Septuagénaires géants, retraités, installés sans vergogne au milieu de la grande salle d’une fondation d’art contemporain. Je ne peux pas m’approcher d’eux, leur adresser une tape amicale : Que faîtes-vous ici, en tenue de bain en plein Paris ?  Ils sont sculpture que l’on ne touche pas ; périmètre sacré délimité au sol par un trait gris épais, jalousement surveillé par un gardien jeune et sérieux. Je tourne autour d’eux sept fois. Un parasol leur sert de dais nuptial, légèrement incliné pour les protéger de l’absence du soleil imaginé par l’artiste. Jaune bleu rouge, pétales de toile et tige de métal blanchi.

"Souffles". La 404... !!!

Ecrit par Amin Zaoui , le Mercredi, 04 Septembre 2013. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

 

La 404 est la voiture de toute la mémoire de la nation. Sur le dos de la 404 notre histoire a été construite. Du moins, une grande partie ! Elle est toute une mémoire, toute une histoire ! La 404 a marqué des générations. La 404 est la monture magique qui a façonné l’imaginaire de deux générations algériennes et maghrébines. Peut-être un peu plus. La monture extraordinaire qui a su quand et comment transporter l’intelligentsia rurale algérienne vers la cité. Chaque intellectuel, sans exception aucune, détient en lui, dans ses tréfonds, des souvenirs palpables envers ce véhicule.

La 404 ! La 404 est la voiture célébrée, narrée, dite, chantée, peinte, décrite… par un grand nombre d’écrivains algériens et maghrébins. Dans la poésie comme dans le roman. En arabe littéraire comme en tamazight, en français comme en dialectes. De Kateb Yacine jusqu’à Tahar Djaout. De Tahar Ouatar jusqu’à Mohamed Meflah. De cheikh El Hasnaoui jusqu’à Brahim Tazaghart. Tout ce monde de la création était fasciné par cette 404.

Carnets d'un fou - XXII

Ecrit par Michel Host , le Samedi, 31 Août 2013. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

Le 28 juillet 2013

Rétrospectivité / Prospectivité / Objectivité / Subjectivité / Invectivité / Perspectivité / Salubrité

« Je me sens très optimiste quant à l’avenir du pessimisme » : Jean Rostand (Cité par Michel Host, dans son Petit vocabulaire de survie aux Éd. Hermann, 2012)

 

Ces Carnets d’un fou sont un tissu d’observations et de réflexions. Tissu déchiré parfois, car enfoui dans le sépulcre de l’impubliable : deux éditeurs, craintifs, ont fait marche arrière tant les timides et rares audaces qu’il enveloppe leur ont paru devoir contrarier leur bonne réputation, leur chiffre de vente et leur belle complicité avec la chronique littéraire parisienne. Seule une publication en revue est donc accessible à ces notations. La Cause littéraire, après La Vie littéraire, les accueille à son tour : qu’elles en soient remerciées. Ravaudages et reprises, donc ! Mis sur le métier en 1999, on y verra défiler des « vues » d’un passé de quelques années auxquelles, ici ou là, des commentaires touchant à notre proche actualité fourniront d’autres perspectives. Nous attendons monts et merveilles de ces travaux d’aiguille.