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Chroniques régulières

A la Cause, je bulle (1)

, le Jeudi, 16 Mai 2013. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

 

The Grocery, Acte I, t. 2, Guillaume Singelin et Aurélien Ducoudray, Ankama, février 2013, 104 pages, 14,90 €

 

The Grocery, Acte II, t. 2, Déclaration de guerre à Baltimore, Guillaume Singelin et Aurélien Ducoudray, Ankama, « Label 619 », 14 février 2013, 104 pages, 14,90 €

 

Révélation et succès incontournable de l’année 2011, le 1er volet de The Grocery dessinait la vie d’un quartier de Baltimore soumis à la crise économique et aux affrontements des gangs, la lutte pour la survie et le pouvoir. Installé depuis peu avec son père repreneur de l’épicerie du coin, Elliott devient ami avec les « cornerboys », des types déjantés, des adolescents aussi touchants que dangereux, menant leur petit commence de dope sans trop se poser de questions jusqu’à ce qu’un ancien caïd ne vienne imposer sa loi. D’une erreur à l’autre, Elliott sombre dans la délinquance et entraîne son père dans sa chute.

La chronique du sel et du soufre (Mai 2013) - Quelle singularité pour un "bon" livre ?

Ecrit par Jean-Luc Maxence , le Mercredi, 15 Mai 2013. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

 

Ce mois-ci, les éditeurs, petits et grands, m’ont donné à lire une riche mosaïque d’ouvrages passionnants à découvrir, très différents les uns des autres, et gardant tous, jusqu’au bout de la lecture, une existence personnelle, une individualité particulière, une singularité. Essayons d’y voir clair dans cette diversité de beaux talents.

Dominique Fabre, avec Des nuages et des tours (1), décrit et fait battre du cœur son quartier de la rue du Château des Rentiers, lequel est proche du mien, celui des hautes tours du treizième arrondissement de Paris, celui des Olympiades et de la zone asiatique. Le romancier, ici davantage poète que créateur d’intrigues humaines, réussit avec brio à décrire ce qu’est, aujourd’hui, un « village urbain », avec ses égrégores et son pittoresque, son no man’s land pathétique, ses miséreux et ses héros, ses humanistes et ses salauds, ses arbres tout blancs en fleurs, son énorme boucan et ses ombres perdues. Cela m’a fait songer à Jean Follain, à Valéry Larbaud, à Yves Martin. C’est plein de tendresse, saison après saison.

Le traître de sa mère !

Ecrit par Amin Zaoui , le Mardi, 14 Mai 2013. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

Mais par un jour, j’ai constaté que la langue de Yemma n’est pas tout le ciel d’Allah ! Le transistor radio allumé, diffusant le journal d’informations et autres choses obscures ! j’écoutais, et je ne comprenais rien ! Mon frère aîné, le nez dans un livre, m’a poussé vers une autre envie d’évasion. Jeté dans une école, j’ai appris une autre chose. Une autre langue, que ma mère ne comprenait point ! Ne déchiffrait rien. Dans mes cahiers, mes livres, je me sens tout seul ! Sans ma mère ! Je commence une évasion dont ma mère n’est pas l’actrice, ni l’observatrice, ni la contrôleuse ! Malika, elle aussi s’éloigne !

J’avance d’un pas dans la langue des cahiers, la langue arabe classique, pour reculer de deux dans la langue de ma mère. Je perds l’écoute ! Je perds le conte ! Je perds ma mère ! Je perds Malika ! Je lisais les livres dans une langue étrange pour moi et étrangère à ma mère !

La route des épices :

Puis, un jour, un autre jour, le nez dans les Mouallakat (la poésie antéislamique) ou diwan El-Mutanabbi, mon père pointa à ma tête, sur un ton impérial, m’adressa l’expression suivante : arrête cet arabe. Il ne te servira à rien.

L'anarchiste, un mauvais compagnon à suivre

Ecrit par Claire Teysserre-Orion , le Vendredi, 10 Mai 2013. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

 

« Ce que c’était exquis tout de même de trouver la vie immonde ».

Soth Polin avait été tellement féroce dans sa dernière nouvelle qu’il m’avait conquise et je voulais le garder comme compagnon de voyage au Cambodge. Pour le retrouver, j’allais de Kep à Phnom Penh, il y avait vécu avant de s’exiler à Paris en 1974 échappant ainsi au génocide qui allait sacrifier tant d’auteurs cambodgiens. Pour cette virée, Soth Polin serait L’Anarchiste, roman culte dans une littérature désertée.

Mais il y a toujours un risque à voyager avec quelqu’un qu’on ne connaît pas et son cynisme allait sérieusement atteindre ma capacité d’émerveillement face au monde, celle que tout voyageur doit impérativement porter en bandoulière sous peine d’être condamné pour blasphème à la diaspora voyageuse. Ne pas s’émerveiller béatement des merveilles du monde, ne pas s’amuser aux amusements de tous et finir par se lasser de ses propres aventures : voici les crimes dont L’Anarchiste et moi-même allions nous rendre coupables dans la médiathèque de l’Institut français de Phnom Penh où nous nous étions donné rendez-vous.

Les Ailes du Désir de Wim Wenders

Ecrit par Sophie Galabru , le Mardi, 07 Mai 2013. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED, Côté écrans

 

Les Ailes du Désir, film de Wim Wenders sorti en 1987 est comme le conte de l'humanité de son enfance à sa vieillesse, de sa naissance à sa mort. Le monde des hommes y apparaît sous la forme d'un grand recueil polyphonique de pensées, perçues et recueillies par  l'oeil attentif de deux anges, Damiel et Cassiel. Ces anges écoutent ou plutôt sont les témoins des pensées secrètes, intérieures des hommes qui passent. Mais cette humanité, sous l'oeil de Wender n'est que juxtaposition de solitudes. Le monde résonne comme une grande interférence, une cacophonie des monologues. Vision étrange et étrangement réaliste du monde. Choisir Berlin n'est pas un hasard. C'est Berlin avant la chute de son mur, Berlin mélancolique et dévastée, Berlin qui sort tout juste de la guerre et du nazisme. Si le nazisme était haine de l'autre homme, on voit ici que Berlin, en négatif de son passé,  est le creuset de l'humanité.

 

Une vieille. Un enfant. Un fils qui pense à sa mère décédée. Une femme qui emménage. Un homme quitté. Derrières la multitude de pensées, et d'individus que nous croisons, Wenders réussit à donner une sorte de cohérence. A travers les infinis singuliers, se dessine l'universel humain, comme on l'entend dans le poème composé par P.Handke.