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Chroniques régulières

La chronique du sel et du soufre (Juin 2013) - Le questionnement philosophique

Ecrit par Jean-Luc Maxence , le Mercredi, 19 Juin 2013. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

L’éternel et indispensable questionnement philosophique

 

On doit à sa propre volonté et à l’amitié personnelle de Claude Saliceti pour feu Bernard Caussain l’heureuse parution de ce Dictionnaire du questionnement (1) qui affiche l’ambition de nous aider à poser correctement les questions métaphysiques de la vie et à définir précisément le sens des mots. Des mots justes pour espérer atteindre l’objectif de se faire comprendre du plus grand nombre, objectif plus ambitieux qu’il n’y paraît !

Si la philosophie, venu du latin philosophia (ami de la sagesse) désigne toute démarche de la pensée visant à être à la fois un acte de connaissance et une règle de vie, nous sommes tous philosophes et quêteurs de sens. Nous aspirons à la rigueur, à la cohérence, nous revendiquons souvent une pensée rationnelle, un doute méthodique, tout en voulant garder et cultiver une capacité d’étonnement, d’émerveillement, en effet. Ce volume, rassembleur de termes exprimant concepts et valeurs, est un outil précieux, une source de références pour tout « honnête homme » du XXIème siècle. La rencontre de Bernard Caussain, qui était professeur de philosophie, et de Claude Saliceti qui dialogua avec Bernard d’Espagnat, Directeur du laboratoire de physique théorique et des particules élémentaires dans Candide et le physicien (2), est féconde. Elle peut aider à clarifier le débat de la vie.

La collectionneuse d'Eric Rohmer

Ecrit par Sophie Galabru , le Vendredi, 14 Juin 2013. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

 

Ce film d’Eric Rohmer est le quatrième des six contes moraux. La Collectionneuse aborde autant de thèmes que celui de la beauté et de la peinture, de l’activité et de la paresse, autour d’un trio de forces où s’illustrent les problématiques de la pureté et de la collection, du désir et du nihilisme. Adrien, jeune mondain antiquaire désargenté laisse sa maîtresse mannequin Mijanou partir faire des photos à Londres et s’installe pour l’été dans une villa isolée des environs de Saint-Tropez, appartenant à son ami Rodolphe. Il partage la demeure avec un intellectuel artiste et nihiliste, Daniel, son maître à penser. Haydée, une séduisante jeune fille, elle aussi invitée par Rodolphe, vient troubler leurs vacances.

 

Les Prologues : les discussions dialectiques

Trois prologues indépendants présentent à leur façon chacun des protagonistes du trio. Le premier expose Haydée Politoff, la collectionneuse marchant sur la plage, au bord de la mer, le silence laisse place à des plans rapprochés sur son corps androgyne et seul, elle est la femme qui séduit, la beauté muette.

Partagez la littérature, le sel et l'eau

Ecrit par Amin Zaoui , le Mardi, 11 Juin 2013. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

 

"Souffles" (in Liberté, Alger)

 

Nous sommes le peuple du partage. Le partage est l’essence, et le sens de la vie. On se partage le pays, son soleil, ses langues et son histoire. Du moins ce qu’il devrait être, ce qu’il fallait être ! Pour vivre ensemble, mais en différence, en multiplicité, en pluralité et en diversité, il faut que le partage soit une culture et un comportement. Afin que le partage prenne son goût, il faut accepter l’autre. S’accepter en présence de l’autre. On partage les souffles du corps, son feu et sa cendre, avec celle qu’on aime, afin de voir la vie autrement, belle et élevée. Les jours coulent dans le miel et dans la flamme. On partage le bonheur, même si le bonheur n’est qu’illusion, avec ceux frappés par le malheur. On partage le malheur, même si le malheur est une réalité, afin de vérifier la patience des autres, et la nôtre aussi. On partage le plaisir d’écrire avec le lecteur, afin de déguster la magie du mot et le spiritisme du verbe. Sans le partage, il n’existera ni l’envie de l’écriture, ni celle de la lecture.

Chemins de lectures (17) - Black Dahlia, Black USA, Black Ellroy

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 30 Mai 2013. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

 

 

Avec « Underworld USA » James Ellroy continue ses fouilles littéraires et archéologiques dans les entrailles les plus  secrètes de l’Amérique, les plus glauques. Après « American Tabloïd » et « American Death Trip » le grand James nous donne, en point d’orgue à sa « Trilogie Américaine », une œuvre éblouissante, alliant avec sa maestria habituelle le noir le plus sombre et le talent le plus lumineux. C’est ça le secret. Ombre et lumière, les deux clés de l’énigme Ellroy, qui commence vraiment (il avait cependant écrit auparavant 6 chefs-d’œuvre !) par son « Dahlia Noir » (1987) et l’obsession envahissante de la mort de sa mère assassinée le 22 juin 1958, alors que James était un petit garçon de 10 ans. Obsession qu’il prétend lever avec « Ma part d’Ombre » en 1996 mais qui, obstinément, reste encore dans toute son œuvre, si ce n’est comme thème narratif, du moins comme matière même de l’écriture. L’œuvre d’Ellroy est écrite du sang de sa mère.

De la métaphysique pour reposer du politique

Ecrit par Kamel Daoud , le Vendredi, 17 Mai 2013. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

 

… Ce qui me bouleverse ce n’est pas ma mort : elle est mienne. Ce qui me chavire, me donne le vertige, me remplit d’extase et abîme ma pensée c’est ma naissance. Ma venue au monde. Comment cet immense vide qui me précède a fini par se concentrer dans l’infinie probabilité du hasard et l’extrême précision de la nécessité, pour m’engendrer moi, mes pensées, mon identité ? Qu’est-ce qui a obligé le vide à se remplir par ma présence. En quoi suis-je une nécessité et comment un être que rien n’attend finit par venir au monde comme une personne que rien ne remplace ?

Ce n’est pas ma tombe qui me fascine, mais le vide auquel je m’adosse. Le grand cosmos qui précède mon prénom est plus inquiétant et plus inexplicable que la pierre tombale qui va seulement essayer d’un peu me retenir.

Ce n’est pas la disparition qui est un drame, mais la naissance. Que je retourne au vide n’est que pente naturelle, mais que je remplace le vide par ma personne voilà le grand mystère, la formidable inquiétude qui devrait tous nous faire tourner la tête vers les commencements et occuper notre réflexion.