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Chroniques régulières

La mère Michel a lu (14) - La Comédie, Dante Alighieri

Ecrit par Michel Host , le Mercredi, 09 Janvier 2013. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

 

« La Mère Michel n’a jamais perdu son chat. Elle le tient attaché, ne le lâche pas de l’œil. Le félin est un livre, il n’a pas d’âge. D’hier, d’aujourd’hui, de toujours, il miaule derrière la porte ».

 

La Comédie (Enfer - Purgatoire - Paradis) de Dante Alighieri, Édition bilingue, présentation & traduction de Jean-Charles Vegliante, Nrf Poésie / Gallimard, 1280 pp., Coll. n°480 / 17 €

Le poème de la chrétienté

 

« Les intuitions des poètes sont les aventures oubliées de Dieu ».

Elias Canetti, Le Territoire de l’homme

Voies de traverse (10) - vie et crimes de Sitarane

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Mardi, 08 Janvier 2013. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

 

Encore adulé aujourd’hui par ses adeptes, auréolé d’une légende aussi étrange que sombre et cruelle, Sitarane aurait pu inspirer un thriller mordant ou un récit fantastique et occulte. Jean-François Samlong a choisi d’en faire le personnage principal d’un roman historique foisonnant, complexe et singulier, prenant pour cadre le début du XXe siècle dans une Réunion soumise aux excès des colonisateurs et aux superstitions les plus folles. Avec une écriture dense et inspirée, il retrace faits réels et chronologie d’une vie de crimes, de magie et de troubles, il compose un récit effrayant, érudit et ensorcelant.

« L’île chancelait, toute nue.

Entre les mains des sorciers noirs qui l’asphyxiaient à coups de gris-gris depuis des mois, elle menaçait de partir en fumée. Ne projetaient-ils pas de lui planter un pieu dans le cœur ? De lui faire rendre gorge selon des plans de bataille décisifs ? Si oui, qui les élaborait si finement ? »

Escapades (2) - A serious man, Coen Bros

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Vendredi, 04 Janvier 2013. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED, Côté écrans

 

Une fois n’est pas coutume : le format télévision, même « grand écran plat », convient très bien à « A serious man » de Joel et Etan Coen. Je ne sais pas, sûrement le côté « journal intime » du film qui sied bien à mon salon. En tout cas, ce fut un vrai bonheur de revoir le dernier « Cbrothers ».

 

Il paraît que quelques Juifs se sont agacés devant ce film. Je comprends que certains, habitués au « culturellement correct », puissent s’offusquer devant une telle « déconstruction ». Une telle rupture avec le pathos traditionnel des films du genre « humour juif » a de quoi surprendre, déconcerter, voire irriter. Pas une trace de folklore juif américain du début à la fin. On est formé à Woody Allen, avec ses figures archétypiques et sympas : l’intello new-yorkais, l’écrivain qui se cherche, l’artiste égocentrique, le psychanalyste rongé d’angoisse, l’hypochondriaque agité, la mère abusive, le père paumé. Bref, la galerie de figures-types, qui font rire, qui attachent. Avec ce film des frères Coen, rien de ce genre.

A commencer par le choix des acteurs. Pas un visage connu, pas un visage séduisant.

Chemins de lectures (16) - Jim Harrison, la Terre des hommes

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 13 Décembre 2012. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

 

Quelle alchimie opaque fabrique le lien secret et indélébile qui se tisse entre un lecteur et l’œuvre d’un écrivain ? Faut-il la chercher dans les espaces de la ressemblance, dans les échos plus ou moins muets qui s’établissent entre les deux êtres qui sont à chaque bout de l’écriture ? Y a-t-il vraiment un statut du « ah imbécile qui crois que je ne suis pas toi ! » de Victor Hugo dans la rencontre parfois vitale d’un lecteur et d’un livre ? Il y a peu je posais la question ici de « qui écrit ? » à propos de Guy De Maupassant. La question consubstantielle en est « Qui lit ? »

 

Il ne faut pas tenter de répondre à cette interrogation troublante. Il n’y en a sûrement pas, ou trop. Peut-être qu’adolescent, j’ai entendu les terreurs et les dégoûts de Baudelaire parce que j’en éprouvais une part. Peut-être que j’ai avalé London parce qu’il portait une part de mes idéaux. Sûrement ai-je mythifié Fante parce qu’il parle, à chaque ligne, de mes douleurs et de mes joies.

Voies de traverse (9) Prof chez les taulards, Aude Siméon

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Lundi, 03 Décembre 2012. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

 

Prof chez les taulards, Aude Siméon, éditions Glyphe, 2012, 205 pages, 15 €

 

Prof chez les taulards est un témoignage, hors des sentiers battus, hors de la retape des têtes de gondole. Ce livre raconte l’expérience d’une enseignante en milieu carcéral. Elle accompagne des étudiants en détention souhaitant passer le brevet ou valider le Diplôme d’accès aux études universitaires. L’auteur ne fait pas de nombrilisme, elle ne cherche pas les honneurs. En revanche, elle parle avec sincérité de ce métier complexe, rendu pus complexe encore par les étudiants auxquels elle s’adresse. Une dizaine de volontaires se prêtent au jeu. Tous sont condamnés à de longues peines. Certains viennent s’occuper, d’autres visent un diplôme jamais réussi dans la vie d’avant. Les motivations sont diverses, les attitudes face à l’étude et à la littérature également. Il y a des arnaques, des manipulations, des jeux de séduction, de grands moments de partage et d’échanges, des déceptions inévitables. Comme dans toute salle de classe, finalement.