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Chroniques régulières

Chemins de lectures (12) Joyce, le début de la fin ?

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 05 Avril 2012. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED


James Joyce constitue un cas à part dans la littérature mondiale. (A peu près) tout le monde le connaît, au moins de nom. (A peu près) tout le monde dit que c'est un immense écrivain. Si vous grattez un peu, vous vous apercevez très vite que très peu l'ont vraiment lu. Ou, s'ils l'ont fait, c'est un livre voire un bout de livre. Et il est rare qu'ils y aient pris vraiment du plaisir ! Voilà qui pose question. Comment peut-on à la fois considérer Joyce comme un écrivain majeur du XXème siècle et sentir, confusément, que sa lecture n'est pas toujours un moment de bonheur pour ceux qui s'y consacrent ?


Nous sortons souvent de Joyce un peu... lessivés ! La traversée d'« Ulysses » est une expédition hasardeuse (osons la métaphore homérique). J'ose à peine parler de « lecture ». Joyce nous emmène avec lui dans un furieux combat avec la langue. Ou « contre » la langue. Et c'est pire encore avec ses œuvres tardives, « Finnegan's Wake » en particulier. Une question surgit jusqu'à l'obsession quand, au gré des lectures de Joyce, on revient, comme je viens de le faire, à son « Dubliners » (« Gens de Dublin »). Je pense en particulier à la nouvelle intitulée « The Dead » (« Les morts »).

Chronique du sel et du soufre (Avril 2012)

Ecrit par Jean-Luc Maxence , le Mercredi, 04 Avril 2012. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

 

L’inattendu retour de Gustave Thibon


La collection, « Les Dossiers H », qui s’ouvrait avec un spécial Léon Bloy, est prestigieuse. C’est l’inoubliable Dominique de Roux qui la créa en 1961 et la suivit jusqu’en 1973. Puis Jacqueline de Roux prit le relai avec pertinence et opiniâtreté.  En fait, « Les Dossiers H » sont  la suite logique des « Cahiers de l’Herne ». Dans la série, parmi les plus réussis des épais volumes consacrés à chaque fois à un écrivain « spirituellement » majeur, j’aime conseiller les relectures passionnantes  de Pierre Boutang, de René Daumal, de René Guénon, du franc-maçon Joseph de Maistre, ou encore d’Alexandre Vialatte ou d’Ernst Jünger.  Toujours est-il que vient de paraître et d’apparaître en librairie  une somme de 65O pages (grand format !) entièrement vouée à la résurrection imprévisible de Gustave Thibon, soudainement « sorti » de son « purgatoire » injuste, et replacé en pleine lumière du vivant  grâce à l’impeccable et fervente érudition de Philippe Barthelet qui a su  mettre en valeur l’indépendance de  Gustave Thibon, lequel  « n’est le disciple de personne, ni dans l’ordre intellectuel, ni – puisque le français distingue les deux – dans l’ordre spirituel » (sic).

La cause buissonnière : lisez jeunesse ! (1)

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Samedi, 31 Mars 2012. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED


Il est des histoires que l’on ne se lasse pas de lire et de relire et d’autres, si souvent transposées qu’on les juge galvaudées ou devenues insipides. « Le Petit Chaperon rouge » fait partie de ces rengaines si familières qu’on y devient allergique ou qu’on lui préfère ses pastiches, ses réécritures en diverses couleurs, à diverses époques... ou ses adaptations en cartoon ou film d’animation.

Mais revenons à notre galette : Charles Perrault offrit à ce conte sinistre une fin sans appel, le loup dévorant avec délices une mère-grand et le chaperon lui-même. Avertissement de l’auteur : jeunes enfants et surtout jeunes filles « font très mal d’écouter toute sorte de gens » ! Avertissement redoublé d’une deuxième moralité encore plus impitoyable et qui signale que « tous les loups ne sont pas de la sorte » de ce méchant mangeur d’hommes, « que ces loups doucereux / De tous les loups sont les plus dangereux ». Cette chute sauvage - et son cortège de moralités - a été remplacée, chez les frères Grimm, par l’arrivée chevaleresque d’un bûcheron qui s’empresse d’ouvrir les entrailles de l’animal pour en faire sortir les deux parentes vives et intactes et d’y fourrer des pierres.

La mère Michel a lu (9). Moments de philosophie antique

Ecrit par Michel Host , le Mardi, 27 Mars 2012. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED


PLATON. EUTHYPHRON. L’invention de l’éthique personnelle. Traduction du grec ancien de Victor Cousin. Révision, notes et postface par Yannis Constantinidès. Éd. Mille et Une Nuits. 72 pp. 3,50 €


ÉPICTÈTE. De l’attitude à prendre envers les tyrans et autres textes. Texte traduit du grec ancien et établi par Joseph Souilhé, avec la collaboration d’Armand Jagu. Folio Gallimard, n°5350, 130 pp., 2 €.


SOCRATE L’ICONOCLASTE


La Mère Michel eût-elle aimé être des disciples de Socrate, elle qui a la tête si peu philosophique ? Sans doute ne l’eût-elle jamais rencontré dans quelque banquet ou réunion de beaux esprits, ni même suivi au Lycée, d’ailleurs non encore construit à l’époque, ou dans les rues d’Athènes…

Voies de traverse (3). La revue MONSTRE N°3

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Samedi, 24 Mars 2012. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED, Revues

La revue MONSTRE, « Indétectable », N° 3, semestriel, janvier 2011, 112 pages, 15 €.


Le projet de La revue Monstre a de quoi retenir l’attention : elle se définit comme une « revue qui épuise le genre », une « revue d’exploration pédé ». Une position choc et excessive, mais un pari tenu. Voici une revue qui dérange et qui entend bien sortir du champ des productions gay grand public. Une revue qui interroge concepts et clichés et refuse toute hiérarchie : mots et images y pèsent du même poids ; artistes, écrivains, chercheurs, militants LGBT y apportent librement leur contribution personnelle au projet choisi. Revue d’art ou recueil universitaire, Monstre ne tranche pas, elle associe et dissocie, elle crée son propre genre.


Après le placard et les clichés  « gay », La revue Monstre met le doigt sur ce qui échappe, sur ce qui reste à découvrir ou à couvert, en interrogeant « l’indétectable ». A l’heure où on ne se cache plus, où la visibilité est même de mise, faut-il paradoxalement s’exposer et se fondre dans la masse ? « être out par fierté, mais banalisés » ? Que signifie pour un « gay » de se dire « indétectable » ?