Identification

Chroniques régulières

Chemins de lectures (15) - Le Nobel et le scribouillard

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 04 Octobre 2012. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

 

Il arrive que l’Académie suédoise ait de très belles idées. Il y a quelques années elle nobélisa Mario Vargas-Llosa.

Jamais aucun prix littéraire ne m’aura fait bondir de joie comme celui attribué à Mario Vargas-Llosa. A la fois parce qu’il est dans le cercle très fermé de mes écrivains préférés depuis une quarantaine d’années et que je considère « Tante Julia et le scribouillard » comme un des plus grands livres jamais écrits dans l’histoire de la littérature. Et je ne suis pas loin d’en penser autant de « La ville et les chiens », de « la Guerre de la fin du monde » et de « Qui a tué Palomino Molero ? ».

Ma première rencontre avec Le grand Vargas-Llosa est attachée à jamais à un souvenir personnel profond : un ami, professeur d’espagnol dans le même lycée que moi du temps qui me semble déjà lointain où j’enseignais les Lettres, un grand oiseau au grand cœur qui s’appelait Francis (adiós Francis, descansa en el cielo) et qui dévorait la littérature hispanique m’a dit un jour : « Comment peux-tu porter aux nues le « Cent ans de solitude » de Gabriel Garcia Marquez (qui était alors LE livre !) alors que je parie que tu n’as même pas encore lu un Vargas-Llosa ? » Et c’était vrai, je n’avais jamais entendu même ce nom. Alors Francis m’a passé « La Ville et les chiens » et le virus s’est installé en moi, pour toujours.

Les deux font la paire

Ecrit par Jean Bogdelin , le Mardi, 02 Octobre 2012. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

 

Il y a parfois des injustices en littérature, où un sujet, pourtant traité avec talent par un écrivain, semble produire un écho important chez un autre, au point de lui inspirer presque la même histoire, et conduire de surcroît la seconde histoire à prendre un envol sans commune mesure avec la première, obtenant un effet si définitif, à cause d’un moment particulièrement favorable, qu’elle rejette la première quasiment dans les oubliettes. C’est ce qui est arrivé à Lokis (1869) de Mérimée.

Lorsque le jeune R.L Stevenson parcourait le Midi en 1873 (Travels with a donkey in the Cevennes), prolongeait-t-il son plaisir en parcourant le soir, avant de se coucher, étant supposé qu’il avait fréquenté les autres, la dernière nouvelle de Mérimée, très précisément Le Manuscrit du Professeur Wittembach, plus connus sous le titre de Lokis ? Il connaissait les écrivains français de l’époque, et lisait V Hugo, dont la stature lui était bien familière, à preuves ses chroniques publiées dans The Cornhill.

Par ailleurs, en dépit de l’opinion peu favorable, plus politique que littéraire, de Hugo sur Mérimée, écrivain de cour sous Napoléon III, la parution des nouvelles posthumes de Mérimée, justement en 1873, n’a pu échapper à notre jeune voyageur.

Voies de traverse (7) : Olivius (Editions de l'Olivier)

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Lundi, 01 Octobre 2012. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

 

Aux éditions de l'Olivier :

Cul nul, Baraou et Dalle-Rive, 2012, 12 €

Les Filles de Montparnasse : 1. Un grand écrivain, Nadja, 2012, 24 €

Palacinche, Caterina Sansone et Allessandro Tota, traduit de l’italien par Aurore Schmid, 2012, 187 pages, 22 €

 

Les éditions Cornélius et les éditions de l’Olivier viennent de s’associer au sein d’Olivius pour lancer une collection de romans graphiques, initiée par la parution en octobre 2012 de trois ouvrages très différents, mais tous d’une égale qualité. Deux maisons en quête d’une même exigence et visant l’excellence. Une collection mettant en œuvre les qualités et les compétences de ses deux fondatrices.

Petites leçons de crimes : faites les poches !

Ecrit par Elisa Amaru , le Lundi, 24 Septembre 2012. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

 

« Nous avons fait table rase de tout ce qui embarrasse un livre ; l’esprit, l’observation, l’originalité, l’orthographe même ; et ne voilà que du crime ». Voilà qui promet ! Et promeut, à la fin, une forme particulière d’art, qui coûterait au premier innocent venu quelques dizaines d’années de prison : le meurtre. Car, belle et bonne idée, la division « Labyrinthes » des Editions du Masque vient de commettre la réédition d’un petit bijou d’humour glauque, issu des noirs méandres d’un cerveau comme le XIXème siècle en produisait alors.

La fabrique de crimes de Paul Féval (1816-1887) égrène les bas faits aussi gratuitement qu’un procès-verbal taché des rinçures du cordial d’un condamné. Paul Féval, spécialiste du genre romanesque auquel il donna ses plus grandes lettres de commerce aux côtés de son compère Dumas, rompt ici avec la veine feuilletoniste qui fit Le Chevalier Ténèbre, La Fée des grèves, L’homme sans bras, Jean Diable, ou son succès le plus populaire Le Bossu, pour se pencher monstrueusement sur cette Fabrique de crimes. Qu’y voit-on ? Les vertus et menus plaisirs de la Faucheuse à l’œuvre, implacable et délicieuse construction narrative qui lie les cadavres à la pelle à raison de 73 meurtres par chapitre… pour seulement 157 pages. On aura été plus mal payé ! Et moins congrument régalé.

La cause buissonnière (7) : Goodbye Berlin

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Vendredi, 14 Septembre 2012. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

 

Goodbye Berlin, Wolfgang Herrndorf, traduit de l’allemand par Isabelle Enderlein (Tschick), Editions Thierry Magnier, mai 2012, 329 pages, 14,50 €

 

A l’image de sa couverture choc aux dessins stylisés percutants, noir et blanc mâtiné de rose fluo sur fond bleu électrique, Goodbye Berlin est un roman qui ne peut pas passer inaperçu. Sa lecture va vous remuer, vous coller une claque. Dans le bon sens du terme car on en redemande, de tels – premiers – romans d’une qualité pareille, maitrisés avec poigne et d’une humanité confondante.

Dès les premières lignes, le ton est donné, direct, désopilant ; on comprend que quelque chose cloche pour le narrateur, qu’on est arrivé au bout d’une longue série d’aventures, aboutie chez les flics : « Et là, je me suis pissé dessus de frousse. Maik Klingenberg, le héros. Et ça, alors que je sais même pas pourquoi je m’explique juste maintenant. C’était clair depuis le départ, que ça allait finir comme ça ». On ne s’attend pas à une happy end mais on a d’autant plus envie de savoir ce qui s’est passé et qui est ce Tschichatow dit Tschick, au patronyme bizarre, qui a disparu ?