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Chroniques régulières

Chronique du sel et du soufre (mai 2012)

Ecrit par Jean-Luc Maxence , le Lundi, 07 Mai 2012. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

GILLES LA ROCHELLE DANS LA PLÉIADE !

 

Je ne sais trop où se trouvent, ici et maintenant, les fantômes de Louis Aragon et de Pierre Drieu La Rochelle, même s’ils se rencontrent, ces derniers temps, dans l’invisible éternité quand toutes les idéologies partisanes s’évanouissent… J’ai idée que Drieu, le fasciste, rejoignant son vieux camarade communiste Aragon, dans les hautes sphères de la  prestigieuse collection La Pléiade, chez Gallimard (1), doit éclater de rire dans un arrachement formidable et absurde !

En effet, un volume « Romans, Récits Nouvelles » de Drieu La Rochelle, outre une introduction superbe et exhaustive, contient une chronologie, des notes, et surtout État civil, La Valise vide, Blèche, Adieu à Gonzague, Le Feu Follet, La comédie de Charleroi, Rêveuse bourgeoisie, Gilles, Mémoire de Dirk Raspe, Récit secret. Ce choix pertinent rend à Drieu son nouveau charme pour un nouveau siècle. J’ai relu avec émerveillement et plaisir Blèche, Le Feu Follet, La comédie de Charleroi et surtout l’inoubliable Gilles, un chef-d’œuvre, modèle du genre, que toute une génération va pouvoir désormais découvrir, celle qui n’a pas connu Vichy. Pas davantage Hitler.

Souffles - La poésie et la pomme de terre !

Ecrit par Amin Zaoui , le Samedi, 05 Mai 2012. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

 

La poésie est faite pour faire rêver les lecteurs et les auditeurs. Le peuple qui ne rêve pas est un “amas” d’individus (ghachi), remorqué dans un wagon d’un train égaré et retardataire. Dont la destination est indéterminée. Inconnue. La pomme de terre (Lbatata), elle aussi, est faite pour faire rêver les Algériens. Le peuple qui ne cultive pas sa pomme de terre est un “peuple” sans pomme de terre ! C’est-à-dire sans rêve ! Cela dit, la pomme de terre et la poésie appartiennent génétiquement et génialement à la même famille, c’est-à-dire celle de l’art. Celui qui fait rêver debout ! Et le rêve est une forme de résistance ! Et le peuple qui rêve est un peuple en bonne santé ! Entre les Français et les Belges il y a eu toute une guerre intellectuellement féroce, et ça continue toujours, sur l’origine de celui qui fut le premier créateur des “frites”. Un Belge ou un Français ? Et les frites ne sont que de la pomme de terre ovale découpée en forme d’allumettes trempées dans de l’huile de tournesol ou d'arachide, bouillante ! Donc les frites, selon le dictionnaire français agréé par l’Académie française ou par l’Académie belge francophone, ne sont qu’une dérivée, parmi d’autres, de la pomme de terre. Plutôt une métamorphose !

Chemins de lectures (13) : Le Horla et les "voix" de l'écriture

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 03 Mai 2012. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

 

L'expérience de la lecture du « Horla » de Guy De Maupassant reste à jamais une traversée d'un espace d'effroi, où l'écriture s'érige en aventure extrême. J'entends extrême comme à toute extrémité, au bord de la chute, au bord d'un gouffre sans fond qui n'est rien moins que la folie.

 

L'écriture est toujours une expédition dangereuse, dont on ne sait si l'on reviendra intact. La littérature est pleine de ces tragédies du « dire sur soi », car il n'y a pas d'autre vraie matière de l'écriture fictionnelle que soi. Quel que soit l'effort de détachement, de distanciation, d'arrachement de l'œuvre à celui (à celle) qui la produit, en fin de compte, il reste un seul réel irréductible : l'âme de l'auteur, le sang de l'auteur, le corps de l'auteur. A un journaliste qui lui demandait de parler de lui Jorge-Luis Borges répondit, c'est devenu célèbre, « Que voulez-vous que je dise de moi ? Je ne sais rien de moi. Je ne sais même pas la date de ma mort ! ». Citation fameuse qui prend tout son sens quand on lui adjoint cette autre, du même Borges, en 1970 à l'occasion de la parution de son « Autobiographie » : « De toutes façons, je n'ai jamais rien écrit d'autre qu‘une autobiographie ! »

La Cause buissonnière : Lisez jeunesse ! (2)

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Vendredi, 27 Avril 2012. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

 

Abreuvés de jeunes filles amoureuses de vampires, de jeunes filles vampires, de jeunes filles luttant contre des vampires, de jeunes filles à la sauce chick-lit ou gossip, on en vient à se demander où sont passées les héroïnes. Celles qui n’attendent pas en haut d’une tour que leur existence démarre mais bien celles qui ont à vivre une destinée hors du commun, des aventures palpitantes et périlleuses, sans être le simple faire-valoir d’un garçon, sans forcément passer par la case love-story. Celles qui affrontent une réalité pesante et complexe et en sortent grandies, enrichies, prêtes à entrer dans une nouvelle étape de leur vie, sans se préoccuper outre mesure de leur look ou du qu’en dira-t-on. Celles pour qui l’amour ne se résume pas à un jeu, à une façon d’asseoir une réputation ou d’accéder à un statut social.

Le temps des héroïnes n’est pas révolu. Il s’agit d’être exigeant et de débusquer ces perles rares, ces figures qui parviennent à nous sortir des clichés et du marasme ambiant par leur originalité, leur fraîcheur et leur vivacité. Qu’elles explorent l’histoire, le fantastique, le handicap ou les traumatismes, qu’elles enquêtent, qu’elles luttent pour leur vie ou assumer leurs amours, voici les héroïnes de ce début 2012.

Voies de traverse (4) Abdellah Taïa

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Samedi, 21 Avril 2012. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

 

Il est des rencontres littéraires qui ne vont pas de soi. Des livres autour desquels on tourne longtemps ; des livres qu’on observe de loin, que l’on ouvre, puis que l’on referme. Il faut parfois savoir attendre. Il faut même apprendre à renoncer. Il faut laisser le temps faire sa besogne, avant d’espérer entrer en communion avec l’œuvre qui s’échappe. Les livres d’Abdellah Taïa font partie de cette catégorie de livres qui résistent mais qui offrent les plus grands moments de lecture, qui vont s’imprimer en vous avec ténacité et voracité.

D’un livre à l’autre, Taïa se raconte. Il raconte son enfance, son Maroc, Salé, les rituels quotidiens et la percée des esprits, sa mère M’Barka, son grand frère adoré et perdu, le cinéma, ses amours, ses rêves, ses entrées en Europe, Paris, la Suisse, la douleur de l’amour, ses espoirs. Avec pudeur, avec l’impudeur de sa pudeur, il tisse une toile qu’il n’arrête pas de défaire. De son propre aveu, il refuse la fiction et subit le joug de son « je » (« Genet, Abdallah et moi », 2010). Il travaille à pleines mains cette matière qui est sienne et dont il cherche à faire jaillir sa vérité.