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Chroniques régulières

Voies de traverse (3). La revue MONSTRE N°3

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Samedi, 24 Mars 2012. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED, Revues

La revue MONSTRE, « Indétectable », N° 3, semestriel, janvier 2011, 112 pages, 15 €.


Le projet de La revue Monstre a de quoi retenir l’attention : elle se définit comme une « revue qui épuise le genre », une « revue d’exploration pédé ». Une position choc et excessive, mais un pari tenu. Voici une revue qui dérange et qui entend bien sortir du champ des productions gay grand public. Une revue qui interroge concepts et clichés et refuse toute hiérarchie : mots et images y pèsent du même poids ; artistes, écrivains, chercheurs, militants LGBT y apportent librement leur contribution personnelle au projet choisi. Revue d’art ou recueil universitaire, Monstre ne tranche pas, elle associe et dissocie, elle crée son propre genre.


Après le placard et les clichés  « gay », La revue Monstre met le doigt sur ce qui échappe, sur ce qui reste à découvrir ou à couvert, en interrogeant « l’indétectable ». A l’heure où on ne se cache plus, où la visibilité est même de mise, faut-il paradoxalement s’exposer et se fondre dans la masse ? « être out par fierté, mais banalisés » ? Que signifie pour un « gay » de se dire « indétectable » ?

Chronique du sel et du soufre (Mars 2012)

, le Mardi, 13 Mars 2012. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

Faut-il relire Pierre Benoit ?

Hier soir, je suis allé avec curiosité rue de Verneuil, au 53, dans ce magnifique hôtel d’Avejan  qui abrite le Centre National du Livre, actuellement dirigé, et surtout animé avec vigueur par Jean-François Colosimo. En effet, une soirée était consacrée au cinquantenaire de la mort de Pierre Benoit (1886-1962), à l’occasion de la réédition de La châtelaine du Liban, Axelle et Mademoiselle de la Ferté par l’éditeur de Benoit, Albin Michel. Je ne regrette pas mon déplacement, du tout. D’autant que l’on fêtait aussi la parution de l’érudite biographie de Gérard de Cortanze  Le romancier paradoxal, toujours chez Albin Michel…

Fait rare : Francis Esménard, le Président actuel d’Albin Michel, a pris le risque de nous faire part de ses souvenirs personnels sur Pierre Benoit. J’ai apprécié son ton chaleureux, serein, et qui avait un parfum de sincérité émue. Il y avait dans la salle plus de 100 personnes et cela me surprit. Je croyais Pierre Benoit quelque peu oublié, après avoir été jadis un auteur de grands succès populaires en domaine romanesque comme Koenigsmark (1918) ou L’Atlantide, l’année suivante. D’autant que l’écrivain voyageur est encore aujourd’hui injustement critiqué pour son attitude sous le régime de Vichy avec lequel il ne collabora pourtant jamais.  Non seulement Benoit fut une victime injuste de l’Épuration ( il fit de la prison à Fresnes, avant d’être libéré en avril 1945 et lavé de tout soupçon, Jean Paulhan et Louis Aragon ayant intercédé pour lui) mais encore il demeura toute sa vie un fervent patriote viscéralement incapable de collaborer avec les Allemands sous Pétain.

La mère Michel a lu (8), le captif de Mabrouka d'El Hassane Aït Moh

Ecrit par Michel Host , le Lundi, 05 Mars 2012. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

LE CAPTIF DE MABROUKA, roman, 150 pp., éditions de L’Harmattan, collection Lettres du monde arabe, 2010. 14,50 €.

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De deux nouvelles, la bonne et la moins bonne, les héros des séries policières souvent choisissent de révéler la seconde en premier lieu, réservant la première pour après. Héroïquement, imitons-les.

Il n’est pas bon qu’un éditeur quel qu’il soit «fabrique »  - c’est le terme consacré -  des livres dans lesquels l’inexistant travail de relecture place le lecteur dans de pénibles perplexités : coquilles en nombre suffisant pour être remarquées, orthographe ici ou là aléatoire, modes et aspects des verbes sujets à variations mal explicables et au manque de cohérence… tout cela diminue l’agrément de la lecture, c’est-à-dire sa facilité. Son mouvement naturel vers l’avant en est freiné et tout le monde en pâtit, le lecteur bien entendu, l’auteur qui s’en trouve desservi, l’éditeur enfin dont le sérieux est mis en doute. Pour en finir avec le sujet, ceci : tous ceux qui actuellement traînent leurs guêtres chez les éditeurs savent que le travail très délicat et spécialisé du correcteur d’édition n’est plus qu’exceptionnellement confié à de véritables professionnels, mais la plupart du temps à des stagiaires, à des novices par conséquent, que l’on paye à peine ou pas du tout. C’est d’ailleurs la raison.

Voies de traverse (2) : Chéribibi N°007

, le Dimanche, 04 Mars 2012. , dans Chroniques régulières, La Une CED

 

A l’image de son saint patron, le ChériBibi a une trogne qui ne revient pas aux honnêtes gens, il parle depuis la rue, hante les lieux malfamés, s’écrit sans soutien, sans compromis, le bagout aux lèvres, la plume persuasive et le trait acéré. Rappelons son hymne scandé depuis les tréfonds des bagnes : « Qui qui fait sauter tout l’fourbi ? C’est Chéri-Bibi ! C’est Chéri-Bibi ! ».


Pour cet « Automne érotique », la revue réaffirme avec force sa formule 100 % culture populaire en un format conséquent et dense, fête ses quarante… enfin vingt ans révolus et enjoint ses lecteurs à créer leur propre presse. Musique, littérature, cinéma, bd, illustrations, nouvelles et critiques détonantes de tout poil se pressent dans ce numéro féroce et tentateur où l’on annonce de la « fiction pulpeuse », de la « culture copulaire », « du sexe ! du sang ! de la dialectique ! ».


Ames sensibles s’abstenir, le ChériBibi ne mâche pas ses mots et affiche ses coups de cœur et coups de gueule… sans fausse pudeur. S’avèrent particulièrement savoureuses les chroniques sur Musidora/Irma Vep, l’œuvre de Clovis Trouille, la chanson paillarde en Jamaïque, les films de Lina Wertmüller ou l’analyse des « rape and revenge films ».

A contre courant (1) : Philip Roth

Ecrit par Loredana Kahn , le Vendredi, 24 Février 2012. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

S’il semble difficile de parler de Philip Roth tant sa notoriété est grande, les travaux sur son œuvre innombrables, et sa grandeur quasi intouchable, que dire alors d’une approche qui se permettrait des réserves – venant qui plus est d’une modeste (mais régulière) lectrice ! A 78 ans, on lui a accordé tous les éloges littéraires, il est adulé par des générations de lecteurs et, comme il se doit des vrais « monstres littéraires », détesté par quelques-uns. Il ne lui manque que « son » Nobel (celui-qu’il-mérite-depuis-si-longtemps), annoncé chaque année …

Mais quelle que soit la grandeur reconnue – et incontestable - de Roth comme écrivain, son importance réelle mérite un regard critique, une sorte d’évaluation « post opus » en quelque sorte, le maître étant (il nous l’a assez dit depuis des années dans ses derniers romans) en fin de parcours. Et, comme il se doit d’un regard critique, nous nous attacherons aux manques et imperfections, aux défauts osons le dire, qu’on peut avoir ignorés (ou voulu ignorer) dans nos passions de lecteurs. Dans le cas de Roth, une figure obligée s’impose : alors que son œuvre est immense et diverse, tout regard analytique sur son travail doit commencer par Portnoy et son Complexe, le livre qui a fondé sa notoriété et dont l’ombre sensuelle, lascive hante encore aujourd’hui beaucoup des romans de l'écrivain âgé, ainsi que ceux de ses jeunes « disciples », qu’ils soient américains, français, de partout dans le monde.