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Chroniques régulières

Carnets d'un fou - XVII, Michel Host

Ecrit par Michel Host , le Mardi, 11 Septembre 2012. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

 

Le 8 septembre 2012


Rétrospectivité / Prospectivité / Objectivité / Subjectivité / Invectivité / Perspectivité / Salubrité.


« Examinez les esprits qui réussissent à nous intriguer : loin de faire la part des choses, ils défendent des positions insoutenables. S’ils sont vivants, c’est grâce à leur côté borné, à la passion de leurs sophismes : les concessions qu’ils ont faites à la « raison » nous déçoivent et nous agacent. La sagesse est néfaste au génie ; mortelle au talent ».

E.M.Cioran

Le fantôme de Lucrèce Borgia

Ecrit par Jean Bogdelin , le Lundi, 10 Septembre 2012. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

 

Lorsque Mérimée écrivit son conte en trompe-l’œil Il viccolo di Madama Lucrezia, il avait peu de chance de compter dans sa postérité Alfred Hitchcock. Sa manière avait pourtant quelque chose de hitchcockien avant l’heure, avec l’abondance d’indices d’un véritable thriller, enfermant le lecteur dans une habile mise en condition afin de l’amener à imaginer une seule fin possible, celle de voir enfin le fantôme de Lucrèce Borgia, personnage de la Renaissance célèbre par sa beauté, sa culture et ses mœurs dépravées.

Il s’agit d’un thriller fantastique, ayant pour décor une maison abandonnée dans une sombre ruelle de Rome, avec tous les ingrédients à effets gradués parsemant l’écriture, expérimentés déjà dans La Vénus  d’Ille, à partir d’une situation assez anodine, visite de la ville des papes par un jeune homme, le narrateur lui-même. Occasion pour ce jeune homme de se remémorer le pape Borgia, père de Lucrèce. La beauté de sa fille était assez grande pour intéresser Léonard de Vinci en personne, et le portrait qu’il en avait fait était exposé, au meilleur endroit, dans le salon du palais où le narrateur allait loger. Il eut le loisir de l’examiner en détail en attendant la maîtresse des lieux, la marquise Aldobrandi, avec laquelle son propre père avait eu une liaison durant son séjour vingt cinq ans plutôt, quand Rome était sous domination française.

La cause buissonnière, lisez jeunesse ! (6) Art et patouilles

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Jeudi, 30 Août 2012. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

En partenariat avec deux musées incontournables, Actes Sud propose aux enfants deux parcours ludiques dans le monde de l’art. Il ne s’agit pas de transformer les chères têtes blondes – et les autres – en historiens de l’art, en conformité avec les objectifs ministériels, mais bel et bien de les familiariser avec la culture d’ici et d’ailleurs, avec de grandes œuvres patrimoniales, et ce, avec humour, avec légèreté, avec intelligence, de leur donner envie de mettre la main à la pate, de colorier, de découper, de gribouiller, d’imiter, de comprendre... en toute liberté.

Cahier de patouilles au Louvre permet de découvrir ce lieu magique et quelques uns des trésors du célèbre musée, voire de prolonger une visite. Les activités s’enchaînent, aussi diverses qu’amusantes : faire son autoportrait en vis-à-vis de celui d’Albrecht Dürer, élaborer la coiffure d’un pharaon, s’initier à la calligraphie ou aux écritures anciennes, réaliser une mini maquette du Louvre, composer une nouvelle nature morte ou reconstituer une couronne royale ou un casque, tatouer le dos de la Baigneuse d’Ingres, fabriquer des masques, des marionnettes ou un flip book… Les auteurs n’en sont pas à leur coup d’essai et leur travail témoigne d’une belle maîtrise, d’une réelle capacité à mettre à hauteur d’enfant l’un des plus grands musées du monde. Qualités non négligeables, ce Cahier en petit format s’emportera partout et surprendra par sa facilité de manipulation.

La cause buissonnière : lisez jeunesse ! (5)

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Jeudi, 02 Août 2012. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED, Jeunesse

Drôles de zoos

 

Le zoo est un univers inépuisable pour les visiteurs et les lecteurs : un lieu gigogne qui permet de rassembler les espèces les plus incroyables, de faire se côtoyer micro et macrosmes, d’entrer en contact avec la nature sauvage dans toute sa chatoyante diversité. Parmi de nombreux titres, saluons trois projets très différents, mais tous aussi riches et originaux à offrir aux zoologistes en herbe.

Dans la catégorie documentaire, Des Zoos vient de sortir chez Gulf Stream. Ce petit format dense et très complet dresse un véritable historique de la collection animale, avant de présenter le fonctionnement et les caractéristiques d’un établissement zoologique, ainsi que les métiers qui s’y rencontrent. Le troisième chapitre précise les différentes catégories de zoos aujourd’hui et le rôle de ces lieux pour le devenir de la biodiversité. Le livre est fouillé, savant tout en restant très abordable ; il s’accompagne de nombreuses illustrations réalistes et d’images humoristiques qui raviront les jeunes lecteurs. Une série de cartes d’identités complète la connaissance de l’inventaire animalier. La mise en perspective historique se révèle particulièrement intéressante ; elle éclairera les lecteurs qui auront visionné Zarafa, l’histoire de la première girafe introduite en France. Une vraie mine d’informations et un plaisir pour les curieux.

Dérives sur un bien vacant

Ecrit par Kamel Daoud , le Dimanche, 29 Juillet 2012. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

 

« Cher Antoine. Ou Claude. Ou Alex. Nicolas. Ou Astérix. Ou De Gaulle. J’ai longtemps hésité à t’écrire et cette longue lettre traîne depuis des années dans ma tête comme un cerf-volant épuisé et rabattu entre les parenthèses de deux vents. Comme ces écrivains scrupuleux et obsédés par l’exactitude qui naissent dans ton pays pour en inventorier les nuances, j’en écris souvent des feuillets entiers, virtuellement, avant de les froisser et de continuer ma vie, sans songer à Toi. D’abord, parce que je répugnais à l’effort et ensuite, parce que j’ai lentement compris que cet effort n’était pas une fainéantise qui devait me culpabiliser, mais une raison tout à fait objective : certes nous parlons tous deux le français, mais nous ne partageons pas la même langue. Ou peut-être que nous la partageons, mais pas équitablement : A toi, on t’a donné la langue, la terre qui va avec, une bonne partie de l’Histoire et beaucoup de livres pour le prouver.

A moi, il est échu une langue ni morte ni vivante, ravagée par des trous insonores, des approximations, des particularismes insulaires et une grande dose de solitude due au piège de l’Histoire dont vous avez pris les archives en nous laissant les cimetières.