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Ce masque, Matthieu Gosztola (2) - « La Danse »

Ecrit par MCDEM (Murielle Compère-Demarcy) le 08.09.17 dans La Une CED, Les Chroniques

Ce masque, Matthieu Gosztola (2) - « La Danse »

 

Nous entrons dans la danse de Ce masque comme nous entrons dans un Livre-monde, Livre-Bibliothèque, Livre-Maison. Plusieurs pièces, immenses et profondément secrètes pour certaines, dont nous découvrons les archives du monde au fur et à mesure de notre avancée, dans l’instant fugace : éternel, par sa singularité – un hapax dans nos existences – « que la littérature nous révèle » écrit Antonio Lobo Antunes – un palimpseste qui s’ouvre (et nous ouvre) toutes les marges des (par)chemins.

Des livres circulent dans cet Espace du monde-livre, certains retiennent notre démarche dans leurs labyrinthes. En parcourant cet Espace nous mêlons passé, présent, futur (« continuation du présent ») ; nous scrutons l’avenir dans un retour aux sources vives de la Mémoire du monde via notre mémoire personnelle ; nous trouvons à portée de regard comme, chacun, un Œil-Sentinelle éclairant notre route, – là un livre de Pascal Quignard – luisant dans des Performances de ténèbres ou de Petits Traités –, ici un livre de Henri Meschonnic – peut-être la Critique du rythme –, ailleurs un livre de Michaux – L’Espace du Dedans ; plus loin, d’autres livres plus tard, d’autres feuilles battantes de notre Œuvre-Vie encore…

Les (par)chemins, nous les parcourons dans l’espace parsemé de nos instants fragmentaires composant le mille-(e-tre) feuilles de nos cœurs ouverts aux pulsations du monde, aux pulsations de nos états de perception vibrants comme l’est, ardemment, l’état (é)mouvant amoureux.

Ces (par)chemins cheminent au long de ce nouveau livre de Matthieu Gosztola, Ce masque, dans les « jours de rêverie, au musée du quai Branly »

 

« (Où tout est fragments. Comment y répondre autrement

Que par des fragments ?). (…) ».

 

Nous pouvons, répond l’auteur escorté de « ses » auteurs conviés comme « des êtres chers » – bien vivants dans le Livre-bibliothèque – approcher les masques du monde – tous les masques du musée-monde ? – en les touchant. Lorsque nos mains « reprennent leur lente danse des gestes du quotidien, sans cesse évanouie et pourtant sans cesse renaissante, lorsque nos mains quittent leur danse du quotidien pour retrouver la danse de la diction de l’amour, dans la tendresse et le questionnement que nos paumes tracent sur les choses et les êtres ».

Ces (par)chemins manifestant les liens viscéraux entre l’art et la vie, au sein du Livre-Monde-Maison habité en poète au sens fort hölderlinien du terme, culminent dans ces instants comme de commotionoù une forte émotion esthétique réalise la rencontre d’avec ces hôtes du Livre-Monde-Maison, auteurs « laissant tomber leur peau de présence virtuelle mais incandescente, pour faire apparaître, musicale et nue, la peau du poème ».

Plénitude du temps, suffisance d’un présent, « une présence capable de tout contenir » – les mots se pèsent ici et maintenant comme ils se pensent. La réflexion de philosophes n’intervient jamais par hasard : Levinas, Jankélévitch, etc ; des Fulgurants (« fulgor ») traversent en éclairs de pensée la page : ces corridors « d’Un » Pascal Quignard, par exemple, qui émettent leurs signaux de dé-cryptages du corps-Écriture qui se malaxe et se mange comme on fait manducation, comme on s’incorpore l’aliment du Feu des Anciens ; le Rythme en critique d’« Un » Meschonnic vient imprimer son tempo dans « La Danse »…

Le Corps-Âme amoureux saisi de secousses solaires vers l’Autre habite intégralement Ce masquedansant, s’exposant, (s’)écrivant.

Dansant, – incarnant le désir de la Femme-aimée, – incarnant l’homme séduit la regardant – pénétrant son mystère – désir modelé « de fougère incandescente » au creux de laquelle palpitent : le velours, les lèvres, l’appel du sexe (cf. « Entracte ») – ; la sauvagerie arrimée au cœur ; « le mystère des choses de l’enfance » ; la musique du rythme comme d’Un accroché, abouté à la Falaise effritée du Dire, au licol des chevaux, ainsi Nietzche, par ailleurs scrutant de son énergie (toute)puissante le trouble psychique à l’œuvre à l’origine de La naissance de la tragédie enfantée par l’esprit de la musique… avec, pourquoi pas, « ce grain de folie qui grelotte comme un (premier) désir dans l’air bleui » d’un Cendrars embarqué dans le train tonitruant du Monde (ndla)…

Le Feu nourricier circule dans l’âtre de ce Livre-Bibliothèque-Maison, quelque peu à l’écart du « fracassant Artaud », cependant (par)chemins de Matthieu Gosztola où « on lit de la beauté ; (où) on oublie l’argument et (où) on ne recherche que le trouble psychique, que l’aisthésis noétique et non plus la connaissance sémantique, thématique, noématique, visuelle, contemplative », dixit Quignard rapporté page 148 par Gosztola.

– L’argument aura perdu son récit chrono’-linéaire de ses détours / la connaissance noétique se sera perdue dans une plongée dans l’absence de sens / la connaissance thématique ne possèdera plus ses topos ; l’onomastique n’aura plus de nom ; visuelle, contemplative, la connaissance aura perdu le Désir qui la fondait et l’animait, défigurée par un excès d’Image, défaite du temps habité de sa conception, dévorée par ses reflets trompeurs.

– Tandis que demeure la Beauté.

On lit de la beauté, dans l’Effroi, dans le Sexe, dans le terrible du formidable.

Ce masque de Gosztola instaure, réinstaure – ces inquiétantes étrangetés-là, – non seulement telles que Freud les définissait : « inhérentes aux pratiques magiques », mais plus avant « immanentes » à ces pratiques du Corps de l’Écriture « transcendées » dans le Texte par le Verbe, l’amour, et la chair des marges incandescentes, coruscantes, partagées, « vers » le Désir de l’Ailleurs porté par la Danse.

 

Murielle Compère-Demarcy

 

Ce masque, Matthieu Gosztola, Éditions des Vanneaux, juin 2017 (Gravure de Martin Loeb en première de couverture), 282 pages, 18 €

 

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A propos du rédacteur

MCDEM (Murielle Compère-Demarcy)

 

Lire toutes les publications de Murielle Compère-Demarcy dans la Cause Littéraire

 

Est tombée dans la poésie addictive (ou l'addiction de la poésie), accidentellement. Ne tente plus d'en sortir, depuis. Est tombée dans l'envie sérieuse de publier, seulement à partir de 2014.

A publié, de là jusqu'ici :

Je marche--- poème marché/compté à lire à voix haute et dédié à Jacques DARRAS, éd. Encres Vives, 2014

L'Eau-Vive des falaises, éd. Encres Vives, 2014

Coupure d'électricité, éd. du Port d'Attache, 2015

La Falaise effritée du Dire, éd. du Petit Véhicule, Cahier d'art et de littératures n°78 Chiendents, 2015

Trash fragilité (faux soleils & drones d'existence), éd. du Citron Gare, 2015

Un cri dans le ciel, éd. La Porte, 2015

Je Tu mon AlterÉgoïste, éd. de l'Ecole Polytechnique, Paris, 5e, 2016

Signaux d'existence suivi de La Petite Fille et la Pluie, éd. du Petit Véhicule, coll. de La Galerie de l'Or du Temps ; 2016

Co-écriture du Chiendents n°109 Il n'y a pas d'écriture heureuse, avec le poète-essayiste Alain MARC, éd. du Petit Véhicule ; 2016

Le Poème en marche suivi par Le Poème en résistance, éd. du Port d’Attache ; 2016

Dans la course, hors circuit, éd. Tarmac, coll. Carnets de Route ; 2017

(en cours de publication) Poème-Passeport pour l’Exil, avec le poète et photographe ("Poétographie") Khaled YOUSSEF éd. Corps Puce, coll. Liberté sur Parole (à paraître été 2017)

S'attèle encore. À écrire une vie, ratée de peu, ou réussie à la marge.

Publie en revues (FPM, Traction-Brabant, Les Cahiers de Tinbad, Poésie/première, Verso, Décharge, Traversées, Mille et Un poètes (avec Lignes d’écriture des éditions Corps Puce), Nouveaux Délits, Microbes, Comme en poésie, Poésie/Seine, …).

Rédactrice à La Cause Littéraire, écrit des notes de lecture pour La Nouvelle Revue Littéraire (éd. Léo Scheer), Traversées, Sitaudis.fr, La Pierre et le Sel, Texture.

Effectue des lectures : Maison de la Poésie à Amiens ;  à Paris : Marché de la Poésie (6e), Salon de la Revue (Hall des Blancs-Manteaux dans le Marais, Paris 4e), dans le cadre des Mardis littéraires de Lou Guérin, Place Saint-Sulpice (Paris, 6e), Festival 0 + 0 de la Butte-aux-cailles, Melting Poètes (Paris, 14e) ; auteure invitée aux Festival de Montmeyan (Haut-Var)[depuis août 2016] ; au Festival Le Mitan du Chemin à Camp-la-Source en avril 2017;  [Région PACA] ; au Festival Découvrir-Concèze (Corrèze) du 12 au 18 août 2017

Lue par le comédien Jacques Bonnaffé le 24.01.2017 sur France Culture :

https://www.franceculture.fr/emissions/jacques-bonnaffe-lit-la-poesie/courriers-papillons-24-jour-deux-poemes-de-front