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C’est gentil d’être passé, Hélène Dassavray

Ecrit par Vincent Motard-Avargues 01.11.14 dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Poésie, Le Pédalo Ivre

C’est gentil d’être passé, 2013, 46 pages, 8 €

Ecrivain(s): Hélène Dassavray Edition: Le Pédalo Ivre

C’est gentil d’être passé, Hélène Dassavray

 

Certains poètes possèdent ce talent rare et donc surprenant, de savoir parler deux langues. La langue double du poème, avec ses codes, références, us et coutumes ; et la langue brute de décoffrage du quotidien, avec sa franchise, sa gouaille, sa sincérité, son immédiateté.

Quelle personne, après avoir été aimée, ne se promet-elle pas de ne plus jamais tomber dans le piège sadique des sentiments ? Quelle femme, amoureuse de son homme, ne regrette pas le sexe de celui-ci, autant que les attributs de l’amour ?

Mais quelle personne parmi celles-ci a les mots pour le dire, de telle sorte que le poème devient un miroir pour les lecteurs – miroir sans tain, peut-être ? Et quelle femme sait parler de son désir, de son amour, toujours vif, sans jamais l’exhiber comme une vérité intime, mais l’exprimer à la manière d’un code commun à toutes et tous, à un moment ou un autre de l’existence ?

L’évidence du sentiment, du manque de sentiment, de la frustration du manque de sentiment, voilà le fond commun à tous ces poèmes courts, incisifs, percutants, sans détours ni tricherie, sans fioritures ni facilités. Une langue directe, mais une langue de poète, c’est-à-dire une langue qui continue à parler, longtemps, après lecture, qui suit le lecteur à travers ses heures, sa vie, ses amours.

L’ordinaire est extraordinaire, voilà ce que, en gros, sommairement, il peut être retenu de cette famille d’auteurs dont fait partie Hélène Dassavray, dont certains, beaucoup, enrichissent le fonds des éditions du Pédalo Ivre. Trouver dans le territoire de la normalité cette matière principale du vivre, ce détail fondamental faisant le sel du plat quotidien… leitmotiv, manifeste de ces poètes ?… ou définition même de ce qu’est la poésie ?

 

Extrait :

 

Visite surprise

 

Oui l’amour

C’est gentil d’être passé

Mais là je suis occupée

Tu sais ce que c’est

Oui l’amour

C’est bien de se voir

Moi aussi j’apprécie

Mais là il est tard

Oui, l’amour

La prochaine fois

Appelle-moi avant

Que l’on ait plus de temps

 

Vincent Motard-Avargues

 


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A propos de l'écrivain

Hélène Dassavray

 

Hélène Dassavray nait au milieu du siècle dernier dans le plus petit département de France. Le bac en poche elle part dans le sud étudier la vie, le rock'n roll, et l'amour. 
Après les nombreux et divers métiers d'usage (un peu orientés tout de même : bibliothécaire, libraire, animatrice d'ateliers d'écriture...) puis la création d'un café culturel alternassociatif, elle partage aujourd’hui son temps entre le Sud et Paris où elle organise des manifestations culturelles et des ateliers d’écriture.
Son but : travailler au ralentissement du monde.
Elle écrit depuis qu'elle sait le faire, mais en 2000 elle se rend compte que sa prose peut intéresser des lecteurs. C'est ainsi qu'elle écrira son premier roman Les ruines de la future maison, publié en 2008, un succès du bouche à oreille en cours de réédition. D’autres ouvrages suivront, romans ou recueils de poésie.
Si le matériau de base d’Hélène Dassavray est l'autofiction, elle en fait ressortir avec une tendre dérision les émotions universelles dans un maniement subtil de la langue. 
Ses écrits sans fioritures sont à cheval entre le simple et le sublime ; ils racontent sans dire, nous dévoilent une humanité avec ses travers, parfois blessée à vif, mais toujours belle et espérante. Des phrases ciselées en arabesques tendres, l’humour en filigrane, la dérision en toile de fond. 
Un critique a trouvé la formule lorsqu'il l'a qualifiée de "poète du réel". On pourrait ajouter : dentelière de mots et conteuse de l’âme.
Flore Naudin

Hélène Dassavray vit en partie à Paris et dans le Vaucluse.

 

http://helene.dassavray.over-blog.com/

 

A propos du rédacteur

Vincent Motard-Avargues

 

Vincent Motard-Avargues, né à Bordeaux où il vit et travaille, pratique peinture, photo et musique en amateur ; a créé la revue en ligne Ce Qui Reste ; a publié trois livres : Recul du trait de côte, éditions de la Crypte, 2014, Si peu, tout, éditions Éclats d’encre, 2012, Un écho de nuit, éditions du Cygne, 2011, etc. ainsi que quatre plaquettes, dont trois chez Encres Vives ; puis une trentaine de participations à des revues/anthologies/sites collectifs.