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Brise Lame City, Corentin Jacobs

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas 14.07.12 dans La Une Livres, Recensions, Les Livres, Nouvelles

Brise Lame City, Onlit Books, avril 2012, 84 pages, 2,99 €

Ecrivain(s): Corentin Jacobs

Brise Lame City, Corentin Jacobs

Les quatre nouvelles de ce recueil de Corentin Jacobs ne feront pas l’unanimité. Elles lasseront, elles agaceront, elles choqueront assurément. Mais pour les quelques curieux ou courageux qui pousseront leur lecture jusqu’au bout, il y a matière à prendre une bonne rafale de plaisir. De celui qu’on prend en regardant un Pulp Fiction ou un Machete. Un condensé d’action, de violence et d’humour décapant.

Et bien, entrons dans l’univers de Brise Lame City. Dans Muchacho, nous croisons un brave soldat qui communique avec sa famille depuis le front. Il y attend, imperturbable, de mettre une raclée à l’armée du dictateur Juan Antonio Perez. « Selon la légende, Perez mange des araignées et des scorpions sur ses tartines au beurre le matin, de la cervelle de chien avec une sauce aux piments rouges le midi et des yeux de poisson d’eau douce avec un gratin de pissenlits au fromage le soir. Perez arrose tous ses repas d’un alcool blanc à 55 degrés et, pour favoriser la digestion, fume des cigares longs comme l’automobile de Père. Perez est une crapule de la pire espèce. Il mène un génocide contre les Indiens depuis plus d’une décennie, viole les femmes des campagnes, torture leurs maris quand ces derniers lui résistent, vend leurs enfants dans des marchés à esclaves, vole les riches et exploite les pauvres. Beaucoup d’hommes préfèrent le suivre et gonfler ses rangs plutôt que de crever comme des malpropres au fond d’une cave ou au bord d’une route. Notre combat contre Perez est un appel international à la démocratie ».

Le contenu des lettres puis des emails et des SMS serait de peu d’intérêt sans les précisions de dates : le premier contact remonte à 1957… le dernier à 2009. La mission n’aura jamais commencé, elle se résume à une attente vaine et risible, une vaste blague. Quotidien et propagande excessive se mélangent pour produire cette nouvelle où règne l’absurde et où les héros se trouvent désacralisés.

Brise Lame City présente un monde banal de banlieue américaine mais où les protagonistes se trouvent déshumanisés et distingués non plus par des noms mais par des codes : 234-76, V-FP, BH-TH… L’ambiance est à la révolte et à l’émeute sociale dans les Communautés de la Région. Ce vent de folie finit par frapper ce petit quartier bien tranquille : l’un des voisins s’y transforme en tueur psychopathe secondé par sa femme et son fils, totalement dépourvus de recul par rapport à la volonté du premier. La carabine vintage s’y déchaîne comme dans un mauvais jeu vidéo. Exploseront au passage un laitier, un âne de Mongolie, malheureux dommages collatéraux de cette querelle de voisinage.

« V-FP donne Miss Manlicher Schoenauer à BH-TH. V-FP prend la tronçonneuse. Il est temps selon lui de régler son compte au voisin. 234-76 desserre les poings. Sa force musculaire vient de terminer son tour de chauffe. La voilà prête à intervenir. V-FP est debout face à 234-76. 234-76 est bien décidé à agir. Dans dix secondes, il sera trop tard. 234-76 frappe de toutes ses forces dans les bijoux de famille de V-FP. V-FP lâche la tronçonneuse. V-FP a le souffle coupé. 234-76 est debout. Il plante trois violents coups de poing dans les mâchoires de son voisin. Du sang gicle ».

Dans ce récit de science-fiction gore, Corentin Jacobs nous propose trois fins différentes liées aux réponses faites par le lecteur à un test de personnalité complètement loufoque. Mais rassurez-vous : chacune de ces propositions s’avère aussi sanglante et immorale que les autres ! A vous de retrouver à quelle fin appartient l’extrait ci-dessus : un cadeau est réservé aux trois premiers lecteurs avertis.

Les Tribulations d’un Indien traite, par l’absurde à nouveau, le devenir d’un Indien bien décidé à résister au parcage des siens dans des réserves. Mais la démocratie moderne ne lui épargne aucune difficulté et le traite avec une cruauté implacable. Enfin, Water Closed nous offre une scène de pure violence dans l’espace réduit et tragique des toilettes du Club Paradise. Jimmy Hirsch a la mauvaise idée de s’y rendre au mauvais moment et d’y rencontrer les mauvais gars. Jessica non plus n’a pas de chance, elle a choisi de s’envoyer en l’air au mauvais moment, avec le mauvais gars…

L’univers de Corentin Jacobs est résolument noir et cinématographique. Il s’adresse aussi bien aux amateurs de Dashiell Hammett qu’à ceux de série Z. Dans chacune de ses nouvelles, il déploie un style particulier, incisif et jouissif. On s’esclaffe, on se laisse surprendre. On en redemande.

 

Myriam Bendhif-Syllas


  • Vu : 1993

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A propos de l'écrivain

Corentin Jacobs

Corentin Jacobs est un écrivain belge né en 1980. Son premier roman, Compte à rebours contre l’Occident, est paru aux éditions Maelstrom en 2010.

 

A propos du rédacteur

Myriam Bendhif-Syllas

 

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Rédactrice

Responsable de la section "littérature jeunesse"

Domaines de prédilection : littérature jeunesse, littérature francophone, documentaires.

Genres : récits, documentaires et albums jeunesse, BD, romans sur l'enfance et l'adolescence, la marginalité.

Maisons d'édition les plus fréquentes : Talents Hauts, Seuil Jeunesse, Sarbacane, Gulfstream, La Boîte à Bulles... Seuil.