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Brefs 1 par Jean-Jacques Nuel

Ecrit par Jean-Jacques Nuel 19.03.13 dans La Une CED, Ecriture, Ecrits suivis

Brefs 1 par Jean-Jacques Nuel

 

La fronde

(Des temps troublés)


Un matin, après mon petit-déjeuner, je refusai tout net de passer de la cuisine à mon bureau pour y tenir comme chaque jour mon journal intime. Cet acte d’insubordination, voire de rébellion, marqua le début de la révolution dans le pays. Les étudiants occupèrent les universités, les ouvriers se mirent en grève, les routiers bloquèrent la circulation sur les grands axes, tandis que des millions de manifestants défilaient dans les rues des grandes villes. Bientôt, toute l’activité économique se trouva paralysée, et des barricades furent érigées dans la capitale, notamment au Quartier latin, qui connut son lot de violences, de pillages, de vitrines brisées, de voitures incendiées.

Trois semaines plus tard, les émeutes furent réprimées dans un bain de sang ; on compta plusieurs centaines de morts et des milliers d’arrestations. Je repris mon journal intime, comme si de rien n’était. Mieux, je poussai la précaution jusqu’à reconstituer les dates manquantes, en remplissant les pages de banalités et de pensées convenues, afin de me créer un alibi pour ces journées insurrectionnelles. Maintenant que l’ordre avait été rétabli, la police recherchait activement les meneurs et les instigateurs de cette révolte.

*

La mobilité professionnelle


Chaque automne, les feuilles mortes tombent sur le sol, générant des emplois précaires de ramasseurs de feuilles. Ce phénomène végétal, cyclique et naturel, est le bienvenu car, en novembre, nous ne pouvons plus être surveillants de plages en slips de bain. Au fil des mois, nous nous déplaçons sur les lieux des travaux saisonniers ; nous ramassons des pommes, des oranges, des fraises, des noix, des myrtilles, nous faisons les vendanges, nous occupons de petits emplois dans les stations de sports d’hiver ou dans les stations balnéaires l’été. Nos maigres salaires suffisent à peine à payer nos voyages, notre hébergement et notre nourriture ; inutile de penser à mettre un peu d’argent de côté pour nos vieux jours : nous gagnons juste assez pour assurer notre subsistance. Mais nous voyons du pays, nous aimons la rencontre, et l’infinie variété des paysages changeants. Errants sur la terre autant qu’éphémères, nous sommes doublement de passage.

 

Jean-Jacques Nuel


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A propos du rédacteur

Jean-Jacques Nuel

 

Jean-Jacques Nuel est né le 14 juillet 1951 à l’Hôtel-Dieu de Lyon et demeure encore dans cette ville. Après avoir publié des recueils de poèmes, il se consacre à l’écriture de textes courts, d’aphorismes, de nouvelles et de récits. A publié notamment des recueils de textes courts : Courts métrages (Le Pont du Change, 2013) ; Portraits d’écrivains (Editinter, 2002) ; La gare (Orage-Lagune-Express, 2000), ainsi qu’un roman : Le nom (A contrario, 2005).

jj.nuel@laposte.net

Blog : http://nuel.hautetfort.com