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Boby Lapointe, C’est bon pour c’que t’as, Abécédaire, Chloé Radiguet

04.09.13 dans Recensions, La Une Livres, Les Livres, Récits, Le Cherche-Midi

Boby Lapointe, C’est bon pour c’que t’as, Abécédaire, avril 2013, 288 pages, 17 €

Ecrivain(s): Chloé Radiguet Edition: Le Cherche-Midi

Boby Lapointe, C’est bon pour c’que t’as, Abécédaire, Chloé Radiguet

 

 

« Je ne veux que du bien aux langues de tous pays, et à celle que je connais le mieux, le français, qui est si riche, si vivante, si renouvelée que je ne comprends pas pourquoi les gens qui pourtant changent de chemise tous les jours se servent si longtemps des mêmes clichés qu’ils trempent à toutes les sauces. Ces négligés de la glotte ignorent les plaisirs des jeux de mots dans cette langue dotée de tous temps de tant de redondances que tout peut se traduire en allitérations, calembours, et autres fientes de l’esprit (…) ».

Lire Boby Lapointe raconté par Chloé Radiguet, c’est comme croquer un bonbon acidulé : ça agace la dent et ça fait très plaisir. Elle procède par touches impressionnistes et, tout en délicatesse, ferre le personnage dont on a l’impression d’avoir une vue d’ensemble – l’impression, seulement : ce n’est pas une mince affaire que de s’approcher de ce géant des figures de style.

La pertinence de l’abécédaire est ici de l’ordre d’un plaisir rêveur. C’est jouer des mots comme l’on joue enfant, c’est la joyeuse liberté de pourvoir prendre le livre, lire quelques lignes et le reposer sans se soucier d’une chronologie : un livre infini, en quelque sorte. L’on y ricoche sur l’histoire du traité de mathématiques qu’il a présenté à Louis Leprince-Ringuet, de l’Académie des sciences, lequel lui a assuré qu’il aurait fait un bon chercheur, sur le mot « langue », évidemment le plus précieux dans ce glossaire : dès l’enfance, il discute en famille du bon usage des mots. Anne Sylvestre, qui en connaît long sur le langage, dit : « Ce n’était pas seulement une gymnastique des mots, mais un profond amour de la langue. C’était une gymnastique artistique, un travail d’orfèvre… ». « C’est un exercice de haute volée, que Boby exécute avec tant de brio qu’il est impossible d’ôter un mot à ses textes sans ruiner l’édifice », ajoute Chloé Radiguet.

Elle évoque ses amours, nombreuses, le cadre familial de Boby, pierre angulaire de son travail tant dans son enfance qu’avec sa fille Ticha et Jacky son fils. Défilent aussi les congénères et les amis, comme Brassens, des plus aimés, ou Barbara, Brigitte Fontaine, Charles Aznavour et François Truffaut, pour qui il a chanté Avanie et Framboise dans Tirez sur le pianiste. Truffaut racontera que « pour la première fois, le public d’une salle de cinéma applaudit une chanson à l’écran. Cet événement, car c’en est un, se renouvelle à chaque projection du film, quand Boby Lapointe chante… ».

L’homme avait du charme, du talent et n’en faisait qu’à sa tête. Toujours en retard, au point que Brassens s’est maintes fois préparé à faire une heure de tour de chant supplémentaire. Il arrivait « presque » à l’heure, tout repentant – il avait fait un détour de cent kilomètres pour déguster un bon cru, par exemple. Imprévisible et mystérieux bonhomme.

Une vie si riche n’a de début ni de fin – comme cet abécédaire, comme un recueil de poèmes où l’on choisit sa page selon son humeur. La plume élégante et précise de Chloé Radiguet n’y rate rien, elle entre en osmose avec son sujet dès la dédicace : « à ceux-lui (…) ». Suivent trois prénoms d’hommes « par ordre d’entrée dans mon cœur ».

« Tout ce qui est passion se multiplie en se partageant », disait Boby Lapointe.

 

Astrid Waliszek

 


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A propos de l'écrivain

Chloé Radiguet

 

Chloé Radiguet, chroniqueur littéraire pendant près de quinze ans, se consacre désormais à l’édition. Auteur de nouvelles et de textes critiques sur nombre d’auteurs classiques, elle a dédié à Raymond Radiguet, dont elle est la nièce, Fragments suivi de Traits, portrait (Regard, 1989 ; éditions Exantas/Odos Panos, Athènes, 1999), et Raymond Radiguet de Saint-Maur-des-Fossés (Alexandrines, 2000).

En collaboration avec Julien Cendres, Chloé Radiguet a publié les Œuvres complètes de Raymond Radiguet (Stock, 1993 ; nouvelle édition, Omnibus, 2012), Le Désert de Retz, paysage choisi (préface de François Mitterrand, Stock, 1997 ; nouvelle édition, L’Eclat, 2009), l’Œuvre poétique de Raymond Radiguet (préface de Georges-Emmanuel Clancier, La Table ronde, 2001), Raymond Radiguet, un jeune homme sérieux dans les années folles (Fayard/Mille et une Nuits, 2003), et Lettres retrouvées de Raymond Radiguet (Omnibus, 2012). Chloé Radiguet est aussi l’auteur de Brassens… à la lettre (préface de Georges Moustaki, éditions Denoël, 2006) et de l’Abécédaire de Boby Lapointe – C’est bon pour c’que t’as (préambule de Brigitte Fontaine, Le Cherche-midi, 2013). 
« Parisétoise » depuis plus de quinze ans, Chloé Radiguet partage son temps entre Paris et Sète.