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Bible et poésie, Michael Edwards

Ecrit par Patryck Froissart 09.06.16 dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Poésie, Editions de Fallois

Bible et poésie, janvier 2016, 167 pages, 19 €

Ecrivain(s): Michael Edwards Edition: Editions de Fallois

Bible et poésie, Michael Edwards

 

Michael Edwards s’est intéressé au christianisme à l’âge de 19 ans. C’est alors qu’il a abordé la lecture de la Bible. Il est devenu chrétien par la suite, durant ses études universitaires à Cambridge. Il raconte avoir vécu sa conversion comme une seconde naissance.

Cet homme de lettres, ce poète, semble alors avoir entamé, en parcourant la Bible, en même temps qu’il traçait son chemin vers la foi, une véritable odyssée poétique.

Dans les premières pages de l’ouvrage, il expose sa définition, intéressante, du langage poétique « en général ».

La poésie attire l’attention sur le langage et sur le mystère des mots, sur leur capacité à créer, presque d’eux-mêmes, des réseaux de sens, des émotions insoupçonnées, des rythmes et une musique pour l’oreille et pour la bouche qui se répandent dans tout le corps et tout l’être. […] Elle brûle les apparences, elle découvre l’invisible, elle ouvre, comme une petite fenêtre ou une grande baie, sur l’inconnu, sur autre chose

L’expérience poétique est ainsi fondamentalement assimilable à l’expérience mystique.

Exprimant l’émerveillement qui fut (et qui reste) le sien dès son premier contact avec la langue de la Bible, il s’attache à convaincre que la puissance poétique qu’il estime inhérente au message biblique, puissance qu’il ressent comme « surnaturelle », ne peut être que d’origine divine : « Les mots même de la Bible vibrent de puissance ».

La fonction poétique du langage est certes évidente, et intuitivement éprouvable par tout un chacun, dans un certain nombre de passages de la Bible, parmi lesquels le célèbre et universel Cantique des Cantiques, et aussi, ponctuellement, les citations et les transcriptions de chants, poèmes, proverbes qui parsèment le discours biblique.

Elle peut paraître inexistante au lecteur dans la majeure partie de la somme biblique, dont la forme est plus généralement et plus banalement prosaïque, et dont la modalité et les personnages ressortissent au genre du récit, souvent à la structure de conte, ou de la parabole proche de la fable à finalité morale, ou de la chronologie historique, ou de la généalogie, ou de l’hagiographie, ou de la mythologie…

La thèse de l’auteur est, d’affirmation décisive, que la Poésie est partout présente dans la Bible.

Ainsi La Poésie, étant la forme suprême et sublime du Verbe, exprime-t-il, serait l’essence même du texte biblique. Il ne pourrait en être autrement puisque le Livre est, selon la théologie chrétienne, la parole de Dieu, de qui le Verbe, d’après l’Evangile selon Saint Jean, est consubstantiel : « Au commencement était la Parole, et la Parole était avec Dieu, et la Parole était Dieu » (traduction de Louis Segond).

Dès le commencement est donc la Poésie.

« La poésie survient dès le début. Au deuxième chapitre de la Genèse (verset 23), Adam accueille ainsi la création de la femme :

Voici enfin l’os de mes os,

et la chair de ma chair.

Celle-ci sera appelée femme,

Car elle fut tirée de l’homme.

Ce sont les toutes premières paroles humaines rapportées… »

La consubstantialité de la Parole biblique et de la Poésie se révèle à l’auteur :

La découverte […] avait également pour conséquence de rendre évidente l’altérité du christianisme. Il existait autre chose dans le réel […] Pour l’atteindre il me fallait un moyen de connaissance que je ne possédais pas […] La formule même du père « I believe ; help thou mine unbelief » m’affectait comme la poésie […] La poésie aussi est étrange, car elle aussi a pour tâche de laisser entrevoir ce qui nous transcende.

La Poésie, même profane, éveille un sentiment de présence, et permet de s’approcher de l’être de ce qu’elle évoque.

Bien que l’ouvrage soit sous-tendu par l’expression par l’auteur de sa certitude du caractère sacré de la Bible et de la nature entière et définitive de sa propre Foi, il ne constitue pas, loin s’en faut, une simple thèse de théologie.

Son grand intérêt réside en ce double dessein de Michael Edwards d’expliquer d’une part la puissance verbale, deux fois millénaire, de la Bible par la nature poétique de la langue (par-delà les questions que peuvent poser les diverses traductions) qui y est à l’œuvre, et, d’autre part, de considérer toute forme d’expression poétique comme une sorte d’émanation d’une Parole Divine, et de voir un Souffle Divin en l’inspiration de tout Poète.

La thématique n’est certes pas nouvelle (les Grecs considéraient déjà le Poète comme « possédé » des dieux), mais l’originalité et l’érudition de son développement par Michael Edwards font que tout lecteur, croyant ou athée, intéressé ou non par les questions religieuses et/ou concerné ou non par les études littéraires, est susceptible de retirer bénéfice de sa lecture.

 

Patryck Froissart

 


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A propos de l'écrivain

Michael Edwards

 

Michael Edwards, né à Barnes (Richmond upon Thames) le 29 avril 1938, est un poète, critique littéraire, traducteur et professeur franco-britannique. Il est membre de l’Académie française depuis le 21 février 2013 et Knight Bachelor depuis 2014. Après avoir enseigné le français, l’anglais et la littérature comparée à l’Université de Warwick jusqu’en 2002, il est devenu professeur au Collège de France où il occupe la chaire d’Étude de la création littéraire en langue anglaise. Il a spécialement étudié Shakespeare, Racine et Arthur Rimbaud. Bilingue, il utilise dans son œuvre poétique le français et l’anglais, parfois les deux dans le cadre d’un même ouvrage (par exemple dans Rivage mobile). En tant que poète chrétien, Edwards voit dans l’art une entre-vision de la nouvelle terre que promet la Bible à la fin des temps. Pour lui, le christianisme donne la clef de ce que pressentent tant de poètes non chrétiens, cette perception d’une autre dimension dans le réel (Source Wikipédia).

 

A propos du rédacteur

Patryck Froissart

 

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Patryck Froissart, originaire du Borinage, a enseigné les Lettres dans le Nord de la France, dans le Cantal, dans l’Aude, au Maroc, à La Réunion, à Mayotte, avant de devenir Inspecteur, puis proviseur, et de diriger divers établissements à La Réunion et à Maurice. Longtemps membre du Cercle Jehan Froissart de Recherches Poétiques de Valenciennes, il a collaboré à plusieurs revues de poésie et a reçu en 1971 le prix des Poètes au service de la Paix. Il est membre de la SGDL, de la SPAF, de la SAPF.

Il a publié : en 2011 La Mise à Nu, un roman (Mon Petit Editeur); en août 2013, Les bienheureux, un recueil de nouvelles (Ipagination Editions), Prix Spécial Fondcombe 2014 ; en janvier 2015, La divine mascarade, un recueil de poèmes (Editions iPagination); en septembre 2016, Le feu d'Orphée, un conte poétique (Editions iPagination), troisième Prix Wilfrid Lucas 2017 de poésie décerné par la SPAF; en février 2018, La More dans l'âme, un roman (Ipagination Editions); en mars 2018, Frères sans le savoir, Bracia bez wiedzy, Brothers without knowing it, un récit trilingue (Editions CIPP); en avril 2019, Sans interdit (Ipagination Editions), recueil de poésie finaliste du Grand Prix de Poésie Max-Firmin Leclerc.