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Bartleby, Herman Melville

Ecrit par Didier Bazy 17.04.12 dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Nouvelles, USA, publie.net

Bartleby, François Bon (Traducteur), Collection Nos Classiques, 22/12/2011, 89 p. 0,99 €

Ecrivain(s): Herman Melville Edition: publie.net

Bartleby, Herman Melville

« L’âme de l’homme est un vide immense et terrifiant ».

Melville. Pierre ou les ambiguïtés.

« Voilà… on se tait un tout petit peu parce que c’est [?] d’être sensible à la beauté d’un pareil texte ».

Deleuze, Cours du 29 octobre 1985.


Commencer par la fin et ouvrir l’appétit :

« Concevez un homme par nature et infortune enclin au désespoir blafard, est-ce qu’aucun poste ne serait plus apte à le rehausser que celui de continuellement manipuler ces lettres perdues, et de les livrer aux flammes ? Parce qu’on les brûle annuellement par pleines charretées. Parfois, du tas de papier, le terne commis trouve une alliance : le doigt auquel elle était destinée, peut-être, est devenu cendres ; un billet de banque offert par élémentaire charité : et celui à qui il était destiné ni ne mange ni même n’aura plus jamais faim ; de l’espoir pour ceux qui meurent sans espoir ; de bonnes nouvelles pour ceux qui meurent suffoqués par de constantes calamités. Aux courses de la vie, ces lettres conduisent à la mort.

Ah, Bartleby ! Ah humanité ! »

Bon sauve Bartleby des flammes. La silice supporte aussi la résistance du papier. Melville ne dit que ce qu’il dit (GD) et Bon traduit au plus près, pour nous, liseurs sur liseuses. Rien à creuser, rien à expliquer tout est en surface, à portée d’œil tactile. C’est cette identité texte=vie, pure immanence, qui touche la folie à la folie, première et ultime nécessité : au milieu. La littérature traditionnelle (pas forcément classique) était un miroir stendhalien qui se promenait le long du chemin de la vie. Ici, espèce d’espace lobatchevkien ou riemannien, le texte est miroir ipsud.

L’inverse n’est pas toujours juste : ce n’est pas parce qu’on décrit journalistiquement, au plus près de l’info « brute », des événements ou de l’actualité, que l’on produit du sens, que des intensités prennent force et vigueur ou que, plus bonnement, une œuvre touche.

Oui, je veux bien, oui : la « retouche » de la traduction donne une vie nouvelle, autre, ni première ni dernière, ô humanité prétentieuse, ô Bartleby, vous le singulier, l’employé aux écritures, le simple, le fou du « dehors », l’intensité du « dedans », vous sans qualité, vous qui préférez ne pas…, sans suspension que le jugement micro-fasciste et déterminant, vous le quelconque et pourtant, vous qui parvenez au point où vous et nous n’ont plus aucune importance que l’humanité tragique et essentielle.

Ô Melville, ô formule !

Pourquoi  la nouvelle de Melville, Bartleby, the scrivener, interpelle-t-elle encore et toujours ? Simplement, parce que Dieu est mort, parce que son fantôme vivra encore longtemps, parce que le héros est fini et son ère avec, mais son erre, pas tout à fait, parce que l’impersonnel est ici et maintenant, sous nos yeux, dans nos affects, derrière nos lunettes, parce que, peut-être, nous préférons ne pas, signe de l’infinie tolérance que nous nous devons pour ne pas… sombrer tout à fait ou tout de suite dans le chaos, parce que nous souhaitons « un peu d’ordre », juste un peu, pour ne pas. Pour ne pas.


Didier Bazy


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A propos de l'écrivain

Herman Melville

Fils d'une famille aisée, la mort de son père marque un tournant dans la vie d'Herman. Face à de gros problèmes financiers, il doit en effet s'engager dans la Marine où il découvre la réalité du prolétariat et des clivages sociaux. En 1841, il embarque à bord d'un baleinier. Il déserte et se cache dans les îles du Pacifique, où il sera fait prisonnier. A son retour à Boston en 1844, il écrit 'Taipei' et 'Omoo', deux romans d'aventures, acclamés par le public. Quant à 'Moby Dick', il ne connaît qu'un succès médiocre. Torturé par des questions morales et existentielles, Herman Melville vit de plus en plus isolé, et ses dernières oeuvres, tel 'Bartleby le scribe' se font de plus en plus sombres et pessimistes sur la nature profonde de l'Homme. Ce n'est qu'au XXe siècle que la qualité de ses romans a été reconnue, et aujourd' hui, 'Moby Dick' est considéré comme un chef d'oeuvre.

A propos du rédacteur

Didier Bazy

 

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Co-fondateur de La Soeur de l’Ange (Ed. Hermann)

Co-fondateur de la Cause Littéraire

Editeur du 1er texte de HD Thoreau en Français

– Préfacier chez Pocket (Molière, Corneille)

– Deleuze et de Cuse (Collectif) Aux sources de la pensée de Deleuze. Vrin, 2005) dir : Stéfan Leclercq

– Après nous vivez (G S Editions, 2007)

– Brûle-gueule (Ed Atlantique, 2010) préface de Michel Host

– Thoreau, Ecrits de jeunesse (bilingue. Ed de Londres, 2012) préface de Michel Granger

L’ami de Magellan (Belin Jeunesse, 2013) sélectionné 2014 prix roman historique jeunesse

– Cendres    (Publie.net, 2015)

– Traitements de textes ( Ed. de Londres 2015 )
– Explorateurs, qui êtes vous ? (Ed. Bulles de savon 2016)

Sélection 2018 prix Michel Tournier Jeunesse

– Savants, qui êtes-vous ? ( Ed. Bulles de savon, diff-distr Flammarion )2017

à paraître 2018

– Péguy internel