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Arrive un vagabond, Robert Goolrick

Ecrit par Alexandre Muller 01.09.12 dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, La rentrée littéraire, Roman, USA, Editions Anne Carrière

Arrive un vagabond, 318 p. trad. USA Marie de Prémonville, 23 Août 2012, 21,50 €

Ecrivain(s): Robert Goolrick Edition: Editions Anne Carrière

Arrive un vagabond, Robert Goolrick

Toute cette affaire a eu lieu il y a des dizaines d’années à Brownsburg. C’était une ville comme il en existait immédiatement après la guerre. Une ville avec son épicerie générale où l’on vendait des cocas et des sodas acidulés. Avec son enfilade de boutiques quasi identiques, un boucher, un coiffeur, une banque, une quincaillerie et son école.

Ici les gens vivaient une vie simple, sans aspirer à plus qu’ils ne pouvaient avoir, avec unique projet de vivre paisiblement, de mourir et de monter au paradis. Au crépuscule, les pères et les mères de famille s’asseyaient sous la véranda pour discuter d’une voix douce les événements du jour et siroter du thé glacé. On écoutait aussi la radio le soir. On ne verrouillait pas sa porte. On ne voyait pas un chien en laisse.

Les habitants appartenaient à la terre, à cet endroit particulier, comme leur appartenaient leurs voitures ou leurs vaisselles. Qu’ils soient blancs ou noirs, ils n’avaient pour réconfort que la religion qui les aidait à accepter ce qu’ils enduraient et les montagnes environnantes.

Voilà pour le décor.

Le vagabond arriva de nulle part. Sur le siège passager de son pick-up reposaient deux valises. L’une contenait ses vêtements et un jeu de couteaux de boucher. L’autre, cadenassée, était remplie d’argent.

Il se gara dans le champ de Russell Hostett contre un dollar la nuit.

Il dormait sur le plateau arrière, à ciel ouvert. Se baignait dans la rivière avec du savon acheté à l’épicerie. Chaque soir avant de s’endormir il buvait un verre de whisky et fumait une Lucky Strike puis il écrivait dans son journal. Une vieille habitude qui remontait à l’enfance.

Les gens de Brownsburg patientaient en attendant qu’il fasse quelque chose. Personne ne lui serrait la main. On savait comment il s’appelait mais pour le reste. Qui était-il ? Que cherchait-il ? Que voulait-il ?

Au bout d’une semaine, Charlie Beale passa enfin à l’action. Il se présenta d’abord chez Russell pour lui acheter vingt hectares de sa terre. « Je cherche juste un endroit paisible ». Puis au début de la deuxième semaine dans la région il se gara devant la boucherie de Will Haislett pour lui réclamer du travail.

Comme boucher, Charlie Beale savait y faire. Non seulement il travaillait bien mais en plus il charmait les clientes, blanches ou noires. Plus que de charme, il faisait preuve avec chacune de la même déférence et de la même gentillesse réservée.

A la fin de sa première semaine de travail, une femme pénétra dans la boutique, et c’est là que cette histoire devient bien plus qu’une anecdote. Les lumières s’éteignent, le film démarre. Tout s’arrête et quelque chose d’inexplicable débute.

Cette histoire n’a rien d’une anecdote. Au contraire, ce récit, aussi simple soit-il, aborde de très nombreux sujets. L’intégration d’un étranger dans une petite ville, le communautarisme religieux, l’amitié, la trahison, la manipulation, la vie par procuration…

Robert Goolrick signe avec Arrive un vagabond son troisième roman. Son style est fameux, ses récits cinématographiques. Féroces avait été une des grandes révélations de la rentrée littéraire 2010, encensé par la presse et soutenu par un certain nombre de libraires. Depuis, son univers littéraire n’a pas perdu de son extrême noirceur. Sa capacité à prendre le lecteur à contre pied reste toujours aussi spectaculaire.

« Tout souvenir est une fiction, gardez bien ça à l’esprit… »

 

Alexandre Muller


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A propos de l'écrivain

Robert Goolrick

 

Robert Goolrick vit à New York. Il est l’auteur de The End of the World as We Know It, un récit acclamé par la critique américaine. Une femme simple et honnête est son premier roman.

A propos du rédacteur