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Arab Jazz, Karim Miské

Ecrit par Yan Lespoux 11.04.12 dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Roman, Viviane Hamy

Arab Jazz. 300 p. 18 €. Mars 2012

Ecrivain(s): Karim Miské Edition: Viviane Hamy

Arab Jazz, Karim Miské

Ahmed Taroudant, en arrêt-maladie pour une dépression chronique, vit cloîtré dans son studio du 19ème arrondissement de Paris, entouré d’une muraille de polars bas de gamme par le biais desquels il s’évade à longueur de journée. Jusqu’au jour où Laura, sa voisine du dessus, la seule personne avec laquelle il a encore quelques liens, est assassinée et mutilée. Comprenant qu’il fait un suspect idéal et sentant que bien des gens dans le quartier aimeraient lui faire porter le chapeau, animé aussi par un profond désir de vengeance, Ahmed va peu à peu se libérer des chaînes de sa maladie pour retrouver le coupable aux trousses duquel sont aussi deux enquêteurs atypiques.


De cette ouverture on ne peut plus classique (un homme va chercher à venger la femme qu’il aime ou, en l’occurrence, aurait pu aimer, tout en prouvant son innocence), on a tôt fait de basculer par ailleurs dans une situation plus complexe. D’abord parce que, de fait, Ahmed est très vite disculpé par les policiers. Ensuite parce que Miské nous présente un quartier, le 19ème arrondissement, où les barrières entre les communautés demeurent perméables malgré la montée des fondamentalismes qu’ils soient juifs ou musulmans.

Ce faisant, l’auteur, documentariste qui a beaucoup travaillé sur ce sujet, nous dresse un portrait intéressant et documentés de ces fondamentalistes qui, malgré tout, arrivent toujours à trouver un terrain d’entente dès lors qu’il est question d’argent. Hassidiques, salafistes, témoins de Jéhovah, savent où se trouve leur intérêt et n’ont finalement qu’un seul dogme : la domination des autres, quels que soient les moyens à mettre en œuvre. Tout cela sans jamais être pontifiant et avec un arrière-goût de vieux polar cinématographique à la French Connection.


Se réclamant assez clairement d’Ellroy – le titre Arab Jazz est une allusion au White Jazz de l’américain – Karim Miské complexifie donc l’intrigue autant que possible, joue un peu avec les lieux et les dates à l’aide de quelques flashbacks et campe quelques personnages qui ne sont pas sans rappeler les hommes de Dudley Smith et des situations qui ne sont pas sans évoquer ses manipulations et ses manigances.

Sur cette toile de fond complexe, donc, l’auteur vient coller les trajectoires personnelles d’Ahmed et de l’enquêtrice Rachel Kupferstein, personnages incontestablement attachants qui viennent éclaircir le côté sombre de l’histoire. Parfois un peu gauche, à l’image de ces personnages, dans la description de cette relation qui se noue entre eux, Karim Miské montre là un côté un peu fleur bleue qui en séduira sans doute certains et en agacera certainement d’autres.


Il n’en demeure pas moins que ce premier roman sait se montrer original dans la manière d’aborder ces thématiques autour des fondamentalismes, du vivre ensemble, du l’utilisation du libre-arbitre et de celles, plus classiques, du poids de l’histoire personnelle et de la rédemption. Après un début où il accumule les références, Karim Miské trouve son rythme et nous offre un polar de très bonne tenue qui mérite amplement le coup d’œil et en appellera, on l’espère, d’autres encore.


Yan Lespoux


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A propos de l'écrivain

Karim Miské

 

Né en 1964 à Abidjan d’un père mauritanien et d’une mère française, Karim Miské grandit à Paris avant de partir étudier le journalisme à Dakar.
De retour en France, il réalise à partir de 1990 des films documentaires sur des sujets aussi variés que la surdité (il apprend pour cela le langage des signes), le néo-fondamentalisme juif, chrétien et musulman, et les interruptions médicales de grossesse. Ses films ont été diffusés sur Arte, France 2, Canal +, Channel four et de nombreuses chaines de télévisions à travers le monde.

En 1997, Karim Miské publie un récit (dans l’ouvrage collectif « Le livre du retour » éditions Autrement) qui relate sa découverte du monde arabe, de l’Afrique et de l’islam lors de son premier voyage en Mauritanie à l’âge de quinze ans et les rapports complexes qu’il entretient depuis lors avec les différentes composantes de son identité.

À partir de 2010, il écrit plusieurs tribunes sur la racialisation de la société française pour Rue89, Le Monde et Respect Magazine. Il a tenu un blog, « chronique des années dix », sur le site des Inrockuptibles.
Arab Jazz a été son premier roman.

 


A propos du rédacteur

Yan Lespoux

 

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Rédacteur

genres : roman noir, littérature américaine - histoire -

éditeurs suivis : Métailié, Seuil, Rivages, Gallimard.

Yan Lespoux, enseignant, docteur en histoire contemporaine.

Tient un blog consacré au roman noir et au polar (www.encoredunoir.com)