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Albert Camus, fils d’Alger, Alain Vircondelet

Ecrit par David Campisi 16.09.13 dans La Une Livres, Recensions, Les Livres, Essais, Fayard

Albert Camus, fils d’Alger, 2013, 456 pages, 10 €

Ecrivain(s): Alain Vircondelet Edition: Fayard

Albert Camus, fils d’Alger, Alain Vircondelet

 

Qui était Albert Camus avant de devenir Albert Camus ? A quoi ressemblait le petit gosse des ruelles algéroises lorsqu’il n’était qu’un enfant ? Où vivait-il ? Quelle était sa vie ?

Tant de questions auxquelles Alain Vircondelet tente d’apporter des réponses par le prisme de la terre, le prisme du sol et du soleil. Lui qui vient d’Alger à l’instar de Camus, c’est par le ciel et la « chaleur énorme » qu’il va nous proposer une lecture de la vie d’Albert Camus, écrivain et philosophe, comédien et journaliste. Lui qui a grandi dans les mêmes rues, fréquenté les mêmes écoles et les mêmes plages, éprouvé le même soleil et caressé les mêmes absinthes, c’est une proposition très « littéraire » de la vie de Camus qui nous est fournie dans cette biographie qui, sans les nier toutefois, met de côté les grandes œuvres littéraires et philosophiques de Camus pour rester focalisé sur les terres où il a grandi.

Alain Vircondelet, usant d’une sémantique très proche des œuvres camusiennes, va peu à peu s’effacer dans le récit pour faire parler Camus, et c’est parfois le grand écrivain que nous lisons entre les mots dans deux styles très proches qui s’enlacent et se confondent. Le récit est presque un hommage au style, une tentative d’imitation réussie et troublante.

Lorsqu’Albert Camus n’était encore qu’Albert, il arpentait les plages de sa ville et écoutait déjà le monde qui murmurait dans les rouleaux d’écume. Il dévorait des yeux le soleil écrasant des étés algérois. Le petit Camus était déjà le grand, animé des mêmes passions.

Il y eut les études, les participations variées aux journaux locaux, puis les premiers écrits et les groupes d’amis. Les « maisons devant le monde » et les premières traces d’une maladie rongeante. Le corps qui souffre mais qui jouit, les yeux qui se perdent dans la contemplation d’Alger, cette ville dont Camus ne pourra jamais se défaire et s’affranchir et à laquelle il restera enraciné toute sa vie malgré ses voyages en Italie, au Mexique ou en Provence. Jamais, dans son cœur, Alger ne fut remplacée. Jamais l’Algérie ne fut oubliée.

Après une jeunesse précoce, il y eut la montée à Paris et les prises de position sur les colons. La guerre, ensuite, et la publication de L’Etranger qui fera de Camus un « grand » de la littérature, rapidement adopté par Jean-Paul Sartre et ses sbires de Saint-Germain-des-Prés. La suite est connue. Les lynchages par les « élites » parisiennes, le peuple algérien perdu par ses propos : lui qui tenta de concilier tous les intérêts sans se définir ni d’un camp ni de l’autre, il va s’aliéner toutes les communautés pour avoir défendu la non-violence dans une époque où tout le monde prônait les armes. Il paiera cher le prix de sa philosophie non-violente et sera à jamais blessé de ne pas avoir été compris.

Alain Vircondelet nous fournit ici une appréciation délicieuse de la vie de Camus et de ses œuvres, pourtant les prises de position du biographe sur les convictions religieuses d’Albert Camus semblent très personnelles, voire fantasmées. Pourquoi faire de Camus un quasi-chrétien ? Pourquoi voir dans Noces à Tipasa une œuvre chrétienne alors qu’il s’agit d’un immense texte panthéiste ? Camus, qui récusait le fait d’être athée, était-il pour autant aussi proche de la chrétienté qu’Alain Vircondelet tente de nous le faire croire ? Il faut croire en un Camus panthéiste à la recherche d’innombrables dieux partout où la terre est belle et les fruits gorgés de soleil.

Albert Camus, fils d’Alger, est une biographie fascinante et romancée qui comblera les amateurs chevronnés comme les simples initiés.

 

David Campisi

 


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A propos de l'écrivain

Alain Vircondelet

 

Connu principalement pour son oeuvre biographique, Alain Vircondelet mène de front plusieurs activités. Il passe son enfance en Algérie puis étudie à Paris, à l’Université de la Sorbonne où il passe une licence de lettres modernes et de philosophie, et décroche son CAPES. Docteur en lettres et en histoire de l’art, il enseigne la littérature des XVIIIe et XXe siècles et devient maître de conférence à la faculté des lettres de l’Institut Catholique de Paris. Sa rencontre avec Duras, à qui il consacre sept ouvrages, le place parmi les meilleurs spécialistes de la dame et joue un rôle déterminant dans sa carrière d’écrivain. Sa première source d’inspiration romanesque demeure sa terre natale, dont il tire des récits d’enfance qui traitent de l’exil, du bonheur perdu, de l’amour pour la mère, et un livre sur Camus (‘Camus, fils d’Alger’). Auteur d’une quarantaine de biographies, de Casanova à Blaise Pascal en passant par Rimbaud, Foucauld, Balthus, Sagan ou Jean-Paul II, Alain Vircondelet est unanimement salué par la critique pour son ouvrage sur Saint Exupéry, ‘La Véritable Histoire du Petit Prince’. Commissaire d’exposition et conférencier dans le monde entier, il contribue également à des travaux encyclopédiques (Universalis) et à des organes de presse (Le Figaro), fonde le prix Marguerite Duras et reçoit, parmi d’autres titres honorifiques, celui de Chevalier des Arts et des Lettres.

 

A propos du rédacteur

David Campisi

 

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David Campisi : vit en Suisse,

Passionné de marketing, de littérature, de philosophie et de politique.