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Ainsi parlait ma mère, Rachid Benzine (par Tawfiq Belfadel)

Ecrit par Tawfiq Belfadel 10.02.20 dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Maghreb, Roman, Seuil

Ainsi parlait ma mère, Rachid Benzine, 2020, 96 p.

Edition: Seuil

Ainsi parlait ma mère, Rachid Benzine (par Tawfiq Belfadel)

 

Lire pour vivre longtemps

Après des essais sur la religion et l’Islam, Rachid Benzine se lance pleinement dans la littérature en publiant son premier roman.

Ainsi parlait ma mère présente un homme cinquantenaire au lit de sa mère âgée et malade, dans leur appartement de Schaerbeek, quelque part en Belgique. Célibataire encore, professeur de lettres à l’Université catholique de Louvain, il est le narrateur de la fiction (emploi de JE). « Balzac et sa Peau de chagrin constituent désormais le seul périmètre de mon activité intellectuelle et affective auprès de ma mère » (p13).

Il commence à raconter au présent. Il lit souvent à sa mère La Peau de chagrin de Balzac. C’est son livre préféré. Publié en 1831, mêlant réalisme et fantastique, le roman explore le conflit entre la longévité et le désir.

Le narrateur-personnage raconte ensuite au passé en fouillant les souvenirs. Il raconte l’immigration des parents qui ont quitté Zagora (Maroc) dans les années 50, le père qui travaillait au pilon et son décès, le dur travail de la maman et ses difficultés à apprendre le français, l’amour des livres…

Ainsi, le fils passe son temps au près de sa mère, basculant du passé au présent. Le roman de Balzac pourra-t-il prolonger la vie de la vieille ? Qui des deux, la maman et le fils, comble la solitude de l’autre ?

Le roman confronte la longévité et le désir. Les médecins disent que cette vieille va mourir dans quelques jours. Cependant, elle vit encore et son seul désir est d’écouter son fils lui lire La Peau de chagrin. Ce thème illustre aussi comment l’art peut sauver la vie. Cela rappelle Schéhérazade des Mille et une nuits ou Zabor de Kamel Daoud : les personnages repoussent la mort par la narration.

D’autres thèmes complémentaires se croisent dans le roman : l’immigration des parents, l’intégration, l’exil, la langue française, l’écart entre les parents et enfants dû à l’école… « Mais la fracture culturelle que l’école a établie entre mes frères et elle d’un côté et moi de l’autre me semble définitivement insurmontable. » (p. 53).  Question d’exil, le choix de la Belgique comme lieu d’immigration est unique. Le lecteur est habitué seulement à l’immigration des Maghrébins en France.

Bien qu’il s’agisse d’une fiction, l’auteur a inséré quelques fragments autobiographiques. D’abord, comme le narrateur du roman, Rachid Benzine a enseigné à l’Université catholique de Louvain. Ensuite, lui aussi est né au Maroc. Enfin, il a fait plusieurs déplacements vers la Belgique, invité notamment pour parler de ses recherches en religion et islam.

Pour une lecture comparative, le roman de Benzine fait appel au récit de Sami Tchak Ainsi parlait mon père. Un récit à travers lequel l’auteur transmet les paroles sages de son père, et en même temps rend un hommage universel à l’amour du père.

Bref, mêlant humour et amertume, Ainsi parlait ma mère peint le désir de vie quand tout autour rappelle à la mort. Un roman qui traverse tous les âges : enfance, jeunesse, vieillesse. C’est aussi une belle histoire d’amour entre le fils et la maman, l’Humain et la littérature.

 

Tawfiq Belfadel


L’auteur : né en 1971 au Maroc, Rachid Benzine est un islamologue, professeur d’universités, et écrivain. Il est très connu par son essai Des mille et une façons d’être juif ou musulman.

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A propos du rédacteur

Tawfiq Belfadel

 

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Jeune écrivain algérien de langue française, auteur de Kaddour le facebookiste (éd. Edilivre). A suivi des études de Lettres à l’université de Mostaganem.