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A la découverte des enfants du monde, Caroline Laffon, photographies Biosphoto

Ecrit par Olivier Verdun 01.06.12 dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Jeunesse, La Martinière Jeunesse

A la découverte des enfants du monde, 40 pages animées, La Martinière Jeunesse, mai 2012, 15,10 €

Ecrivain(s): Caroline Laffon Edition: La Martinière Jeunesse

A la découverte des enfants du monde, Caroline Laffon, photographies Biosphoto

« Aucune société n’est parfaite […] aucune […] n’est foncièrement bonne ; mais aucune n’est absolument mauvaise. Toutes offrent certains avantages à leurs membres… » (Claude Lévi-Strauss, Tristes Tropiques (1955), Chapitre XXXVIII, Pocket, pp. 462-463).

Un livre des Éditions de la Martinière Jeunesse qui vient juste de sortir en librairie et qui ravira les amateurs de photographies de reportage. Comme son titre l’indique, le livre de Caroline Laffon part à la découverte des enfants du monde, des Andes péruviennes aux Philippines, en passant par les Etats-Unis ou l’Europe.

La présentation, à la fois ludique et bien documentée, offre un panorama des mille et une façons qu’ont les enfants de s’amuser, de manger, d’aller à l’école, de s’habiller, voire de travailler. Les quarante pages animées défilent tel un diaporama qu’on ne se lasse pas de parcourir dans tous les sens. On se dit, en feuilletant ce livre profondément humaniste, que les hommes, quels que soient leur âge et leur origine, sont partout les mêmes. On en ressort encore plus admiratif du génie humain qui a su composer sur un thème musical unique, commun à tous les hommes, autant de variations culturelles.

Qu’ils vivent dans des favelas ou dans des maisons sur pilotis, qu’ils s’habillent de lumière ou se couvrent le corps d’un sarouel, d’une gandoura et d’un chèche, qu’ils se régalent de phasme géant ou encore, comme au Bostwana, d’os de lièvre grillé, le quotidien des enfants de la planète, au-delà de la diversité des modes de vie et des conditions, se décline autour des mêmes besoins, des mêmes sourires, des mêmes peines.

Ici, au Ghana, en Afrique occidentale, la coutume veut que la mère donne à son enfant devenu grand le pagne qu’elle portait lorsqu’elle l’allaitait. Là, en Asie du Sud-Est, en Birmanie, au Laos ou en Thaïlande, les petits garçons de tous les milieux sociaux partent vivre dans un monastère afin de s’initier à la vie spirituelle, tandis que les filles Nénets apprennent à coudre dès leur plus jeune âge et que les couleurs peintes sur le corps des enfants Kayapos au Brésil leur tiennent lieu de vêtements.

Dans certaines régions du Bangladesh, on va à l’école en radeau, de même qu’en Amazonie un système de vidéoconférence permet à nombre d’élèves d’assister aux cours tout en restant dans la jungle. Vivant à l’est de la Birmanie, les mères Karens posent la première spirale au cou de leur fillette dès l’âge de cinq ans. Quelques mois plus tard, elle est remplacée par une plus grande et ainsi de suite, jusqu’à l’âge de dix-huit ans environ. Le cou peut alors atteindre vingt-cinq à trente centimètres, de quoi donner le vertige et le torticolis ! Où l’on apprend qu’à l’origine, cette « parure était censée protéger la gorge des femmes des crocs des tigres de la jungle. Elle était à l’image du légendaire dragon orné d’anneaux au cou, aux jambes et à la taille ».

Les dernières pages consacrées aux liens entre les générations et à la famille font douter, s’il en était besoin, de la prétendue supériorité de la civilisation occidentale qui ne sait plus très bien à quels saints se vouer. « Si tu ne sais pas quelle route prendre, regarde celle d’où tu viens », nous enseigne ce proverbe africain. La magnifique et émouvante photographie de la page 30 nous rappelle, en effet, que dans de nombreux pays les relations entre les générations sont privilégiées, qu’il s’agisse, comme chez les Wolofs, au Sénégal, de confier aux grands-mères l’éducation des petits enfants dès leur sevrage, ou d’apprendre à s’inscrire dans une lignée, à l’instar des Akhas qui doivent être capables de réciter les soixante noms de leurs ancêtres, notamment lors des cérémonies d’enterrement. Le culte des ancêtres, présent un peu partout dans le monde et pas seulement dans les religions animistes, permet ainsi à chacun de faire partie d’une chaîne immémoriale qui relie les vivants et les morts.

 

Olivier Verdun


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A propos de l'écrivain

Caroline Laffon

Caroline Laffon est réalisatrice de documentaires et auteur jeunesse. Elle s’intéresse plus particulièrement aux représentations culturelles de différentes sociétés, ainsi qu’à la transmission des savoirs pour tous les enfants

 

Biosphoto est une agence spécialisée qui possède un riche fonds iconographique  sur le monde et ses populations.

 

A propos du rédacteur

Olivier Verdun

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Rédacteur


Olivier Verdun est professeur de philosophie en Bretagne, après avoir longtemps vécu et enseigné à l'étranger. Il a publié deux recueils de poésie : Fragments de rêves / Débris d'azur (Edilivre, 2008) et Au gré des regs contondants, préfacé par Gérard Bocholier (Editions de l'Atlantique, 2010). Il est l'auteur d'articles philosophiques et de textes littéraires dans diverses revues, en France, en Belgique et au Québec. Plusieurs ouvrages sont en préparation croisant la poésie, la philosophie et la fiction.