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A chacun sa mort, Ross McDonald

Ecrit par Yan Lespoux 18.09.13 dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Polars, Roman, USA, Gallmeister

À chacun sa mort (The Way Some People Die, 1951), traduit de l’anglais (USA) par Jacques Mailhos, mai 2013, 301 pages, 10 €

Ecrivain(s): Ross McDonald Edition: Gallmeister

A chacun sa mort, Ross McDonald

 

Troisième volet des enquêtes du privé Lew Archer, À chacun sa mort fait provisoirement quitter au héros de Ross Macdonald les sphères de la haute société californienne sans pour autant l’extraire des affaires liées à des relations familiales perturbées.

Engagé par une veuve sans le sou dont la fille, Galatea, infirmière de son état et particulièrement séduisante, a disparu depuis plusieurs semaines, Archer se trouve entraîné dans une affaire qui voit s’accumuler meurtres et manipulations des quartiers résidentiels en déshérence, de Santa Monica aux bouges de San Francisco, en passant par les luxueuses villas de Palm Springs.

Séduit par la beauté de la jeune fille à la recherche de laquelle il se lance autant que par la glorieuse incertitude de l’enquête (« J’éprouvais cette espèce d’excitation plus visionnaire que divinatoire qui vous transporte lorsque tout peut arriver, et arrivera sans doute »), Archer se lance donc de nouveau tête baissée dans une affaire dans laquelle il pourrait laisser quelques plumes.

Détective aux méthodes parfois abruptes voire expéditives mais d’une grande rectitude morale, Lew Archer démêle ici patiemment, et en y laissant comme toujours quelques plumes, un écheveau diaboliquement agencé. Sautant d’un cadavre à l’autre, d’une fausse identité à une autre, écumant la Californie du sud au nord et du nord au sud dans une course qui semble ne jamais vouloir finir, Archer est entraîné dans une course d’autant plus captivante que Ross Macdonald s’ingénie à maintenir une tension constante agrémentée de scènes et de dialogues percutants tout en parsemant le parcours de son héros, comme d’habitude, de fausses pistes et de faux semblants.

Car c’est bien là ce qui transparaît au bout de trois volumes : la vision d’une société gangrénée par la recherche de la gloire et de l’argent où personne n’est jamais vraiment ce qu’il paraît être, à commencer par ce héros qui offre à l’extérieur l’image d’un détective aisément corruptible, semblable par bien des aspects à ceux qu’il traque, mais qui se révèle à la fois moins naïf et moins corrompu que ceux sur lesquels il enquête ou pour lesquels il travaille.

Si la forme obéit aux canons du genre, Ross Macdonald ajoute à cela un fond sociologique et psychanalytique bien discernable sans pour autant qu’il phagocyte le rythme de l’intrigue. Jamais pompeux, alternant avec aisance les métaphores et comparaisons bien senties qui révèlent au lecteur la face cachée de cette société californienne dissolue, il livre un polar incisif auquel la nouvelle traduction effectuée par Jacques Mailhos rend non seulement toute sa complexité mais aussi toute sa modernité.

 

Yan Lespoux

 


  • Vu : 1877

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A propos de l'écrivain

Ross McDonald

Ross Macdonald, 1915-1983, de son véritable nom Kenneth Millar, est un écrivain américain né et mort en Californie mais élevé au Canada, dans l’Ontario. Après un premier roman, The Dark Tunnel, publié en 1944, il met en scène pour la première fois en 1946 dans une nouvelle celui qui va devenir le personnage récurent de son œuvre, le détective Lew Archer, héros de 18 romans et d’une dizaine de nouvelles. Se plaçant résolument dans la lignée de Dashiell Hammet et surtout de Raymond Chandler, Ross Macdonald met en scène un détective dur à cuire plongé dans les secrets de familles de la bourgeoisie californienne.

A propos du rédacteur

Yan Lespoux

 

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Rédacteur

genres : roman noir, littérature américaine - histoire -

éditeurs suivis : Métailié, Seuil, Rivages, Gallimard.

Yan Lespoux, enseignant, docteur en histoire contemporaine.

Tient un blog consacré au roman noir et au polar (www.encoredunoir.com)