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41, Rogelio Guedea

Ecrit par Yan Lespoux 07.01.13 dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Roman, Polars, Amérique Latine

41, Editions Ombres Noires, octobre 2012, traduit de l’espagnol (Mexique) par Florence Olivier, 224 p. 18,90 €

Ecrivain(s): Rogelio Guedea

41, Rogelio Guedea

 

 

Le corps de Ramiro Hernández Montes, frère d’un candidat au poste de gouverneur de l’État de Colima soutenu entre autres par les chefs de la police, est retrouvé dans le coffre d’une voiture, tué d’une balle de calibre 41 tirée dans l’oreille. Un modus operandi qui correspond à plusieurs meurtres commis dans la région et dont les victimes sont toutes des homosexuels. Les quatre policiers chargés de cette enquête sensible ne se font pas d’illusions : il convient d’étouffer l’affaire. Parallèlement à cette enquête, on suit les tribulations du Japonais, gamin livré à lui-même et initié par un adulte, le Métallo, au sexe et à la drogue en participant à des parties fines organisées dans la haute société de Colima.

En s’attaquant à ce genre de sujet glauque, Rogelio Guedea n’a choisi ni l’originalité ni la facilité. C’est que le thème de la corruption et des dérives sexuelles est rebattu et qu’il convient dès lors de vraiment l’aborder avec finesse pour offrir au lecteur une œuvre qui se démarque.

Plus que le fond, c’est la forme qui vient ici contribuer à la singularité du roman de Guedea. Celui-ci choisit d’alterner récits (qu’il fait aussi varier, passant des enquêteurs chargés de l’affaire Montes au Japonais) et procès-verbaux d’auditions livrés bruts. Cela confère au roman un rythme saccadé, parfois pesant (près de la moitié du roman est constituée par ces procès-verbaux), et dans lequel le lecteur doit accepter de se laisser entraîner sans savoir là où l’auteur cherche à l’amener. Car il est clair que la fausse anarchie du texte, qui mêle des situations que l’on peine à relier, est destinée à aboutir à un final que l’on espère surprenant et qui, dans une certaine mesure, l’est.

Rogelio Guedea maîtrise donc bien la construction de son roman et, par ailleurs, lorsqu’il s’extrait de ses rapports de police, se révèle avoir une plume agréable et un regard impitoyable sur une société corrompue s’engraissant sur le dos d’une population en grande partie abandonnée à la misère. « Derrière lui, les murs des habitations en ruines, où vivent des gens sans peau, semblent s’écailler. Ces pièces où grandissent des enfants aux pieds crevassés et aux ventres gonflés qui regardent toujours à travers les barreaux d’une cellule parce que tout ce qui vaut la peine dans ce monde ne leur appartient pas ».

Malheureusement, au total, et malgré les qualités que l’on a signalées, cette forme assez pesante ne sert pas forcément un fond assez peu original et la lecture s’avère souvent lassante. Et si, avant de se faire une idée définitive sur Guedea on attendra d’en lire un autre roman, on ne peut que conseiller pour le moment, sur une thématique proche, un livre autrement plus réussi : Les minutes noires, de Martín Solares.

 

Yan Lespoux


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A propos de l'écrivain

Rogelio Guedea

 

Rogelio Guedea, poète et romancier, est né en 1974 à Mexico, il a été fonctionnaire fédéral dans son pays avant de le quitter pour la Nouvelle-Zélande après avoir reçu de nombreuses menaces de mort.

 

A propos du rédacteur

Yan Lespoux

 

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Rédacteur

genres : roman noir, littérature américaine - histoire -

éditeurs suivis : Métailié, Seuil, Rivages, Gallimard.

Yan Lespoux, enseignant, docteur en histoire contemporaine.

Tient un blog consacré au roman noir et au polar (www.encoredunoir.com)