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La Une CED

52. dimanche (XLIX)

Ecrit par Didier Ayres , le Samedi, 22 Février 2014. , dans La Une CED, Ecriture, Ecrits suivis

 

le ravissement

parce que l’instant d’écrire est une espèce d’apogée, de point haut qui surplombe la réalité, la chose dite

c’est dans cet esprit que je parle d’un ravissement, d’une dépossession de soi par une activité sans corps, dématérialisée, inerte en un sens

déprendre, se défaire, se décaler soudain dans la masse forte et vivante du réel, pour saisir, étreindre, ôter, couper aussi en quelque sorte, revivre

produire du langage

c’est une sorte d’opération d’alchimie, une sidération, comme est étrange dans le meilleur des cas de faire sortir une langue de cristal du milieu du tourbillonnement instable du réel

c’est donc une forme violente qui accompagne l’écrire

A propos de Du côté de chez Drouant, Pierre Assouline

Ecrit par Michel Host , le Samedi, 15 Février 2014. , dans La Une CED, Les Chroniques, Chroniques régulières

 

Une lecture est une aventure personnelle, sinon « à quoi bon ? »

Michel Host

 

Au sujet d’un almanach mondain


Qu’on me pardonne de me mettre en avant à propos d’une publication, mais je suis dans le texte : laisser sans réplique la sottise, le mensonge et la calomnie n’étant pas mon genre, une fois encore je dois parler du Prix Goncourt après avoir publiquement juré de ne plus jamais le faire (Sud-Ouest dimanche, le 27/X/2000).

Monsieur Assouline m’en fournit le prétexte qui, dans son récent non-livre Du côté de chez Drouant, se fait ses dents gâtées sur ma personne (et sur quelques autres) – cinquante l’avaient déjà fait avant lui – dans les termes suivants :

52.dimanche (XLVIII)

Ecrit par Didier Ayres , le Samedi, 15 Février 2014. , dans La Une CED, Ecriture, Ecrits suivis

 

approcher

comment dire, écrire en quoi échoue en un sens écrire ?

est-ce la motilité native de la réalité qui ne laisse aucune chose stable, mais prise dans le temps ?

est-ce le langage qui est trop pauvre pour suivre les infinies nuances des mouvements intérieurs de la réalité ?

car, si l’on parle d’une chose simple comme le ciel, que peut-on retenir d’absolu ?

un peu de lumière azurée et des stries blanches ; la lune et sa vie diurne ; le soleil pâle de novembre qui tend à se défaire, à se détacher dans le néant

il y a donc une représentation qui ne peut être exécutée

Onfray ou la haine de la philosophie

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mardi, 11 Février 2014. , dans La Une CED, Les Chroniques, Chroniques régulières

 

L’imposture « philosophique » continue. Après Platon, Freud, Sartre, voici Sade. Et c’était après la Bible, Dieu et autres babioles. Le fonds de commerce est vaste et les perspectives marchandes alléchantes. La machine commerciale de M. Onfray porte un nom, l’imposture, et consiste en un procédé, attaquer l’un après l’autre les grands fondateurs de la culture occidentale. Non pas que M. Onfray ait en ligne de mire la pensée occidentale, ce serait une ambition défendable. Il n’a en ligne de mire qu’une chose : lui-même et les têtes de gondole de la philosophie des grandes surfaces.

M. Onfray sévissait encore l’autre soir et toujours chez son inséparable FOG (Franz-Olivier Giesbert), celui-là même qui l’avait poussé sur le devant de la scène « anti-freudienne » il y a quelque temps. D’approximations historico-philosophardes en contre-vérités et banalités affligeantes (« Il vaut mieux être heureux que malheureux » « il vaut mieux être heureux ensemble que tout seul » « commençons le bonheur par le faire au coin de sa rue »), notre géant de la pensée a fini par mettre le pourtant expérimenté et placide Jacques Attali hors de lui : il a fini par hurler qu’Onfray était affligeant de banalités éculées et un menteur, un menteur et un menteur ! A défaut d’un grand moment de pensée on a eu au moins un bon moment de télé et des bribes de vérité.

Pourquoi lever le petit doigt ?

Ecrit par Kamel Daoud , le Lundi, 10 Février 2014. , dans La Une CED, Les Chroniques, Chroniques régulières

 

Magnifique verdict de EM Cioran : « On ne réfléchit que parce qu’on se dérobe à l’acte. Penser, c’est être en retrait ». Que dire ? Rien, il faut agir. Mais vers quoi ? Comment ? C’est l’angoisse de l’intellectuel algérien post-90 : il est le fils de la guerre d’où il n’est pas sorti vivant, ni mort. Seulement assis sur un banc. En retrait. C’est l’une des grandes réussites du régime et du doute national : la bleuite qui ne tue pas mais immobilise, paralyse ou exile. Car le piège avait été énorme et sans solution : se battre pour la démocratie se concluait par un pacte avec les islamistes. Se ranger du côté des militaires, c’était comme marcher sur son propre corps et ses convictions. A la fin, ni mort, ni vivant, seulement empaillé. Penser sans cesse à que faire. Comment faire changer un pays ? Le rendre viable pour l’arbre et l’enfant ? Comment faire barrage aux hideux et aux abuseurs de la nation, violeurs de toutes sortes ?

Comme aimer un pays et revenir avec de meilleurs sentiments vers un peuple qui semble trahir les clercs et les détester sans raisons ? Et comment aimer sa mère sans accepter le beau-père (le régime) ? Et comment faire quelque chose d’utile, de direct, de simple sans se faire récupérer, se faire frapper sur les doigts, se faire avoir ? Penser à ne pas penser, dit le faux Zen de la démission.